Pour pouvoir juger de la situation financière d'une banque centrale, il est bon de comprendre comment les activités qu'elle exerce viennent appuyer son mandat. Le bilan de la Banque est relativement simple, par comparaison à celui des grandes institutions financières canadiennes, et les éléments d'actif et de passif y figurant soutiennent une ou plusieurs fonctions de l'institution.

Le poste le plus important de ce bilan est le passif correspondant aux billets de banque canadiens, dont l'émission relève de la fonction Monnaie. La valeur nominale des billets émis constitue un actif pour la population canadienne mais un passif financier pour la Banque. Celui-ci a tendance à augmenter au fil du temps, de pair avec la hausse de la demande de billets, laquelle est directement liée à la croissance de l'économie canadienne. Ce passif a pour contrepartie les actifs financiers de la Banque sous forme d'obligations d'État et de bons du Trésor. Pour gérer les variations saisonnières de la demande de billets, la Banque acquiert des bons du Trésor et d'autres actifs à court terme – notamment au moyen d'opérations de pension à plus d'un jour – dont l'échéance coïncide avec le moment attendu de la résorption des pics saisonniers.

Les actifs financiers de la Banque aident cette dernière à jouir d'une indépendance d'action dans la conduite de la politique monétaire en lui procurant un flux de revenus dissocié du processus budgétaire du gouvernement. Une partie de ces revenus sert à financer les opérations et les réserves de la Banque; le reste du résultat net est remis au Receveur général en versements périodiques tout au long de l'année.

Le cadre adopté par le Canada pour la mise en oeuvre de la politique monétaire exige qu'une petite part des actifs de la Banque puisse servir de garantie pour des cessions en pension. Ce cadre, qui repose sur la poursuite d'une cible d'inflation et un taux de change flexible, permet d'influer sur les taux d'intérêt à court terme par le truchement du taux du financement à un jour. Tout au long de l'année, à des dates préétablies, la Banque annonce sa cible pour ce taux, qui est le taux des prêts à un jour que les institutions financières s'accordent mutuellement. Elle fixe aussi pour le taux à un jour une fourchette opérationnelle dont les limites déterminent le taux auquel les adhérents de l'Association canadienne des paiements peuvent tenir des dépôts à la Banque (taux cible des fonds à un jour minoré de 25 points de base) et celui auquel ils peuvent obtenir d'elle des avances garanties (taux cible majoré de 25 points de base). Au besoin, la Banque offre également de procéder à des prises en pension ou à des cessions en pension pour maintenir le taux à un jour près du niveau visé.

Les actifs financiers de la Banque appuient aussi la fonction Système financier. La banque centrale consent quotidiennement des avances de fonds relativement modestes selon les termes de son mécanisme permanent d'octroi de liquidités. Les intermédiaires financiers sont habituellement en mesure de se prêter des fonds entre eux sans avoir à faire un usage abondant des mécanismes d'octroi d'avances garanties et de dépôt offerts par la Banque. Cependant, les avances accordées peuvent devenir substantielles dans les cas exceptionnels où la Banque doit fournir une aide d'urgence à une institution financière aux prises avec des problèmes de liquidité. La dernière fois que cela s'est produit remonte à 1986. Pour financer ses avances de fonds, la Banque peut procéder à des ventes de bons du Trésor sur le marché, à des mises en pension de titres d'État et à l'émission de passifs rémunérés.

Le portefeuille de placements de la Banque, qui relève de la fonction Gestion financière, est constitué principalement de titres d'État dans des proportions reflétant en gros la structure de la dette intérieure négociable du gouvernement fédéral. Le bilan de la Banque n'entre donc pas en ligne de compte dans les activités relatives à la gestion de la dette et à la planification budgétaire du gouvernement. Afin de soutenir l'efficience du marché des effets émis par ce dernier, la Banque administre aussi un programme de prêt de titres, qui l'amène à devenir temporairement une source secondaire de titres. Quand les bons du Trésor ou les obligations d'émissions particulières se font rares sur le marché secondaire et que ces effets se négocient sur le marché des pensions en deçà d'un taux plancher prédéterminé, la Banque prête à un jour jusqu'à 50 % de son portefeuille de titres de ces émissions en échange d'autres instruments.

Contrairement à celui de la plupart des autres banques centrales, le bilan de la Banque du Canada ne comprend pas de réserves de change. Les réserves officielles de liquidités internationales du Canada sont détenues dans un compte distinct, le Compte du fonds des changes, que la Banque gère au nom du gouvernement fédéral.