L’atteinte des objectifs des banques centrales en matière de stabilité des prix peut présenter des défis lorsque des risques pèsent sur la stabilité financière. Les banques centrales gèrent toutefois très différemment les unes des autres les arbitrages potentiels qui découlent de ces deux pôles. Dans cette étude, nous examinons les cadres de politique institutionnels et opérationnels de dix banques centrales de grandes économies avancées, puis évaluons l’incidence des risques relatifs à la stabilité financière sur leurs décisions de politique monétaire à la lumière de ces cadres. Pour ce faire, nous construisons un indice quantitatif qui vise à mesurer l’orientation de la politique des banques centrales en ce qui a trait à la stabilité financière. Cet indice varie dans le temps et englobe les deux points de vue adoptés par les banques centrales recensés dans la littérature : la prévention de la formation de bulles et le nettoyage des dégâts après l’éclatement des bulles. L’indice mesure trois aspects : 1) la nature des cadres législatifs, 2) la panoplie des outils réglementaires et 3) l’importance accordée à la stabilité financière dans les énoncés des banques centrales sur leur politique monétaire. Nous incluons ensuite notre indice dans une règle de Taylor modifiée, estimée au moyen d’un panel transnational comptant jusqu’à dix banques centrales, pour la période allant du premier trimestre de 2000 au quatrième trimestre de 2014. Nous constatons que durant les épisodes de risques d’instabilité financière élevés, soit lorsque l’écart du ratio crédit/PIB est fortement positif, les banques centrales qui choisissent de prévenir l’apparition de bulles (autrement dit celles pour lesquelles l’indice a une valeur élevée) semblent tenir compte de considérations liées à la stabilité financière dans les décisions relatives à leur taux directeur. Pour les banques centrales qui préfèrent nettoyer les dégâts après l’éclatement d’une bulle, ce constat ne s’applique pas. Selon la spécification de référence, lorsqu’il existe des risques pour la stabilité financière, le taux directeur des banques centrales qui optent pour la prévention est habituellement d’environ 0,3 point de pourcentage audessus de celui d’une banque centrale qui préfère nettoyer après-coup. Nous estimons également que la vigueur de cette réaction du taux directeur s’accroît en présence d’un boum des prix de l’immobilier résidentiel, mais que ce n’est pas le cas lors de l’occurrence simultanée d’un boum des cours des actions.