Introduction

Merci de cette invitation à prendre la parole ici aujourd’hui. Permettez-moi de commencer en félicitant mon hôte, la Chambre de commerce de Guelph, pour le travail impressionnant qu’elle effectue depuis des années afin de renforcer le milieu des affaires et l’économie de la région. Pour assurer la vitalité économique, il faut mettre en place des conditions propices; voilà à quoi s’emploient les membres de votre organisation depuis 1827, époque où Guelph n’était encore guère plus qu’une idée dans l’esprit de son fondateur, John Galt. Bien que Galt n’ait jamais réussi à fonder la banque qu’il savait nécessaire à la croissance, les premiers résidents ont créé une société de crédit immobilier pour y déposer leur épargne et y effectuer les emprunts nécessaires au financement de leurs fermes et de leurs entreprises. Cette société a été un pilier du développement économique de Guelph.

Aujourd’hui, je vais parler du système financier canadien, qui trouve ses racines dans ces débuts modestes à Guelph et dans d’autres collectivités partout au pays. Je vais traiter aussi du rôle que joue la Banque du Canada pour maintenir la stabilité de l’ensemble du système financier.

Au même titre que le réseau de transport, le système financier est une infrastructure fondamentale1. Il remplit des fonctions essentielles qui sont indispensables pour faciliter l’activité économique. En constante évolution, le système gagne en efficience par l’intégration de nouvelles technologies et d’autres innovations. Il est tout aussi vital pour l’économie que l’est notre réseau de routes et d’autoroutes.

Contrairement à d’autres banques centrales, comme la Réserve fédérale des États-Unis ou la Banque d’Angleterre, la Banque du Canada n’a pas la responsabilité de surveiller directement les banques et les compagnies d’assurance, mais elle contribue à favoriser la stabilité et l’efficience du système financier de différentes façons. Dans le cadre de ces efforts, elle adopte un point de vue qui embrasse la totalité du système et qui englobe l’ensemble des institutions financières et des marchés financiers aux échelons fédéral et provincial, en portant une attention particulière aux éléments « systémiques », c’est-à-dire les éléments essentiels au fonctionnement du système tout entier. De cette façon, la Banque est en mesure de dégager les liens qui existent non seulement entre les composantes du système financier, mais – ce qui est tout aussi important – entre le système financier et l’économie réelle, y compris les ménages et les entreprises non financières. Étant donné qu’elle dispose d’un bon aperçu de la manière dont tous les éléments s’articulent les uns aux autres, la Banque peut repérer les problèmes potentiels avant qu’ils ne s’aggravent et ainsi aider à maintenir la circulation des flux financiers2.

Deux fois par année, la Banque publie la Revue du système financier (RSF), un outil important dont elle se sert pour promouvoir la stabilité financière. La RSF résume l’analyse que fait la Banque des principales vulnérabilités et des principaux risques menaçant la stabilité du système financier canadien. Cette publication a pour objet de présenter aux acteurs des secteurs privé et public les résultats des évaluations réalisées par l’institution pour qu’ils puissent prendre les mesures appropriées afin d’atténuer ces vulnérabilités et de réduire leur exposition à ces dernières3.

En 2014, la Banque a intégré à la RSF un nouveau cadre visant à cerner et à soupeser les vulnérabilités ainsi qu’à évaluer les risques. Je vais aujourd’hui traiter de trois points principaux.

Tout d’abord, je donnerai un aperçu de ce cadre.

Ensuite, je vais illustrer sa mise en application, en passant en revue notre plus récente évaluation d’une vulnérabilité importante, à savoir l’endettement élevé des ménages. Cette évaluation se fonde sur de récentes recherches de la Banque portant sur l’ampleur croissante de ce phénomène.

Enfin, je vous exposerai brièvement les mesures prises par la Banque pour atténuer les vulnérabilités.

Évaluation des risques pesant sur la stabilité financière

Mieux nous comprenons la provenance des tensions dans le système financier et la manière dont celles-ci se propagent, mieux nous pourrons prévenir, ou à tout le moins limiter, les effets des crises financières. À cette fin, notre nouveau cadre éclaire et oriente notre processus d’évaluation des risques4. L’élément essentiel du cadre est la détermination explicite des vulnérabilités et des risques. Cette transparence encourage tous les acteurs du système financier à examiner de quelle façon il est possible d’atténuer les vulnérabilités et de réagir si les risques venaient à se matérialiser.

Notre cadre compte trois étapes (Figure 1) :

  1. Déterminer les vulnérabilités du système financier.
  2. Élaborer des scénarios de risque.
  3. Évaluer chaque scénario en jaugeant la probabilité que le risque se matérialise et l’incidence de cette matérialisation.

La première étape consiste à cerner les vulnérabilités, qui sont des conditions susceptibles d’amplifier les chocs et de les propager à l’ensemble du système financier. Au nombre des vulnérabilités potentielles, citons les forts niveaux d’endettement ou de levier financier, les asymétries de liquidité et d’échéances ainsi que la mauvaise évaluation des actifs. Les risques, pour leur part, sont des événements ou des dénouements qui pourraient compromettre la capacité du système financier de remplir ses fonctions essentielles. Ils se matérialisent lorsque des événements déclencheurs – autrement dit des chocs négatifs comme la récente baisse marquée des prix du pétrole – interagissent avec des vulnérabilités. Pour comprendre la différence entre une vulnérabilité et un risque, imaginez un pont dont les fondations sont fissurées. Voilà la vulnérabilité. Le risque est que le pont s’effondre si un événement déclencheur, comme un tremblement de terre, venait ébranler ses fondations.

En mettant en relief explicitement les vulnérabilités présentes dans le système financier canadien, le cadre nous permet de repérer les points de fragilité et d’en suivre l’évolution. Nous dressons une liste de vulnérabilités, puis nous les examinons par rapport à une grande variété d’institutions financières, de marchés, d’utilisateurs finaux et de systèmes de paiement (Tableau 1)5.

La deuxième étape consiste à élaborer un scénario de risque pour chacune des vulnérabilités les plus prononcées, y compris une liste des événements déclencheurs potentiels. Un scénario de risque décrit comment un événement déclencheur interagira avec une vulnérabilité et quelles en seront les conséquences pour le système financier.

À la troisième étape, nous jaugeons la probabilité que chaque risque se matérialise et son incidence s’il devait se concrétiser. L’évaluation des risques résume notre jugement sur le degré d’importance de ces derniers pour le système financier et leurs répercussions probables sur l’économie réelle.

Voilà brièvement en quoi consiste notre cadre. Examinons à présent la question du lourd endettement des ménages, une vulnérabilité importante que nous avons analysée dans la livraison de décembre de la RSF6.

Vulnérabilité importante : l’endettement des ménages

Le Canada a échappé à certaines des conséquences négatives les plus graves de la crise financière mondiale en raison de son solide cadre de réglementation et de surveillance financières ainsi que de l’efficacité des mesures adoptées par les pouvoirs publics. Au nombre de celles-ci, mentionnons la réduction par la Banque du Canada de son taux directeur afin de soutenir la demande globale et d’aider à atteindre la cible d’inflation7. Sous l’effet de ces mesures, l’économie canadienne s’est redressée relativement rapidement, stimulée par une solide croissance des dépenses des ménages s’appuyant sur la progression de leurs revenus et de leurs emprunts8.

L’alourdissement de la dette des ménages a toutefois eu pour conséquence d’accentuer la vulnérabilité de l’économie et du système financier aux chocs de revenus et de taux d’intérêt9. S’il est plombé par un fort endettement ou un niveau élevé de levier financier – un indicateur important de la vulnérabilité du système financier –, le secteur des ménages sera moins résilient. En période de tensions, les consommateurs les plus endettés auront tendance à réduire leurs dépenses bien davantage que ceux ayant une dette moindre ou nulle. C’est donc dire qu’un fort endettement des ménages peut amplifier l’incidence d’un choc. Dans les cas extrêmes, les chocs défavorables risquent d’entraîner une hausse des défauts de paiement des ménages. Il en découlerait alors des pertes pour les banques, les autres prêteurs et les assureurs hypothécaires. Dans le pire des cas, si les pertes et les répercussions étaient considérables, l’aggravation des tensions serait susceptible de réduire les volants de fonds propres constitués au sein du système financier en vue d’absorber les pertes, ce qui compromettrait le fonctionnement du système et aurait des effets négatifs non négligeables sur l’activité économique.

Afin de saisir toute l’étendue de cette possible menace pour le système financier, nous devons considérer à la fois la viabilité de la dette des ménages et l’incidence d’une éventuelle augmentation des défaillances sur le système financier. Ce point soulève trois questions essentielles :

  1. Quels ménages détiennent la dette?
  2. Quelle est la probabilité que les membres des ménages fortement endettés perdent leur emploi?
  3. Dans quelle mesure les ménages fortement endettés sont-ils capables d’assurer le service de leur dette?

Quels ménages détiennent la dette?

Les données tirées de l’enquête Canadian Financial Monitor d’Ipsos Reid pour la période de 2002 à 2014 révèlent que la dette des ménages au Canada s’est non seulement alourdie considérablement, mais aussi concentrée avec le temps parmi les ménages dont le niveau d’endettement est plus élevé.

À titre d’exemple, la dette détenue par les ménages canadiens dont le ratio de la dette au revenu brut est inférieur à 250 % n’a progressé que légèrement ces douze dernières années si l’on tient compte de l’inflation. Par contre, la dette des ménages dont le ratio de la dette au revenu brut est égal ou supérieur à 250 % s’est accrue de près de 75 % durant la même période.

Au sein de ce groupe se trouve un sous-groupe de ménages fortement endettés, définis comme étant ceux dont le ratio de la dette au revenu brut est égal ou supérieur à 350 % (Graphique 1)10. La plupart des personnes qui se classent dans ce sous-groupe sont jeunes (moins de 45 ans). La taille de ce sous-groupe a doublé, passant d’environ 4 % durant la période qui a précédé la crise (2005-2007) à approximativement 8 % des ménages endettés en 2012-2014, ce qui représente quelque 720 000 ménages détenant une dette de près de 400 milliards de dollars, soit environ un cinquième de la dette globale des ménages.

Si on examine de plus près les caractéristiques de ces ménages fortement endettés, on constate que, comparativement aux emprunteurs moins endettés, les emprunteurs lourdement endettés sont généralement plus jeunes, ont un revenu et des avoirs moindres, et sont moins susceptibles d’avoir suivi des études ou une formation postsecondaires. En outre, la proportion d’emprunteurs fortement endettés est beaucoup plus grande en Colombie-Britannique, en Alberta ou en Ontario, provinces où les prix des logements sont les plus élevés (Graphique 2)11, 12.

Quelle est la probabilité que les membres des ménages fortement endettés perdent leur emploi?

Les membres des ménages fortement endettés sont plus à risque de perdre leur emploi parce qu’ils sont généralement plus jeunes et sont moins susceptibles d’avoir suivi des études ou une formation postsecondaires.

Dans quelle mesure les ménages fortement endettés sont-ils capables d’assurer le service de leur dette?

Selon les résultats d’une analyse effectuée par la Banque, les ménages fortement endettés seraient moins à même de rembourser leur dette après un choc13. La part médiane du revenu brut des ménages lourdement endettés devant être consacrée au service de leur dette a nettement diminué au cours des dix dernières années, pour passer de 43 % à 34 %, en raison principalement d’un important recul des taux d’intérêt. Toutefois, les actifs financiers liquides que détiennent ces ménages demeurent relativement modestes : ils suffisent à assurer le service de leur dette pendant environ 6,5 mois seulement14.

Cela dit, l’endettement et la proportion de paiements en retard sont loin d’être aussi élevés au Canada aujourd’hui qu’ils l’étaient pour les ménages américains au début de la crise financière. Par exemple, si l’on compare la situation des États-Unis en 2007 à celle du Canada durant la période allant de 2012 à 2014, on constate qu’un plus fort pourcentage des ménages américains étaient endettés, qu’une plus grande proportion d’entre eux étaient lourdement endettés et que la proportion de ménages américains fortement endettés affichant un ratio du service de la dette de 40 % ou plus était deux fois plus importante qu’au Canada (Tableau 2).

Scénario de risque : ménages fortement endettés

Pour évaluer le risque associé à la vulnérabilité découlant des ménages fortement endettés, il faut commencer par élaborer un scénario de risque plausible, puis l’analyser. Un certain nombre d’éléments déclencheurs pourraient entraîner la matérialisation de ce risque, mais le plus probable serait une profonde récession qui causerait une hausse brutale et généralisée du chômage, laquelle réduirait la capacité des ménages d’assurer le service de leur dette.

Pour mesurer l’effet qu’aurait un tel choc sur la stabilité du système financier, nous avons simulé une augmentation importante – 5 points de pourcentage – et persistante du taux de chômage15. Bien que la probabilité d’une hausse de cette ampleur soit faible, il s’agit d’un scénario semblable à celui du choc défavorable utilisé par le Fonds monétaire international en 2014 dans le cadre de son évaluation de la stabilité du secteur financier canadien16.

Les résultats de nos simulations indiquent qu’à la suite de ce choc, le taux d’arriérés des ménages pourrait grimper sensiblement, pour atteindre jusqu’à 1,8 % après trois ans, par rapport à 0,4 % en 2014. Environ 20 % de cette hausse estimée serait attribuable à l’accroissement de l’endettement et à sa plus grande concentration parmi les ménages fortement endettés depuis 200717.

Quelle serait l’incidence sur le système financier et l’économie?

Quelles pourraient être les conséquences pour le système financier si la vulnérabilité associée aux ménages fortement endettés venait à être exacerbée?

L’augmentation des prêts aux ménages en souffrance pourrait contraindre un certain nombre de propriétaires de logement vulnérables à vendre leur logement, ou les empêcher de rembourser leurs prêts hypothécaires ou d’autres prêts à la consommation18. Si les défauts de paiement venaient à s’accélérer ou si de nombreux ménages étaient forcés de vendre leur logement, les prix des logements pourraient accuser une baisse marquée partout au Canada, particulièrement à Vancouver et à Toronto, où une croissance exceptionnelle des prix a été récemment enregistrée.

Un fléchissement généralisé des prix des logements aurait, à son tour, des effets directs substantiels sur les établissements prêteurs et les assureurs hypothécaires canadiens. Les résultats des tests de résistance effectués montrent toutefois que les volants de sécurité du système financier sont suffisants pour que ce dernier puisse faire face à un tel scénario19. Par exemple, les six plus grandes banques canadiennes, qui possèdent environ 70 % de l’encours des prêts hypothécaires, ont rehaussé la qualité et le niveau de leurs fonds propres ces dernières années, et leur portefeuille est bien diversifié sur le plan des secteurs et des régions. De plus, la plupart des prêts hypothécaires qu’elles détiennent sont soutenus par les programmes d’assurance hypothécaire bénéficiant de la caution de l’État ou par le niveau élevé de l’avoir propre foncier des propriétaires de logement.

Néanmoins, si une telle chute des prix des logements survenait, les répercussions sur l’ensemble de l’économie et du système financier du Canada seraient de grande ampleur.

Quelle est la probabilité de matérialisation de ce risque?

En dépit de la chute des cours du pétrole et de certains produits de base non énergétiques, la probabilité que ce risque se matérialise demeure faible. La détérioration des termes de l’échange du Canada a enclenché une chaîne longue et complexe d’ajustements au sein de l’économie, le capital et la main-d’œuvre faisant l’objet d’une réaffectation entre le secteur des ressources et le secteur hors ressources. Les répercussions négatives de ce choc ont été ressenties plus vivement dans les régions productrices de pétrole, où le nombre de demandes de prestations d’assurance-emploi a augmenté. Le secteur hors ressources, toutefois, devrait gagner encore en vigueur, à la faveur du renforcement de l’économie mondiale – plus particulièrement l’économie américaine –, des effets stimulants de la dépréciation du dollar canadien, et des conditions monétaires et financières expansionnistes. D’ailleurs, les baisses de taux d’intérêt opérées par la Banque en 2015 ont contribué à réduire la probabilité de matérialisation de ce risque. Bien que l’économie canadienne semble avoir stagné au quatrième trimestre de l’année dernière, la Banque s’attend à ce que la croissance se redresse, pour s’établir à 1 % au premier trimestre de 2016, puis à ce qu’elle dépasse 2 % pendant le reste de l’année.

Quelle est l’évaluation du niveau de ce risque?

Le Conseil de direction de la Banque juge que, même si la probabilité de sa matérialisation est faible, ce risque est considéré comme « moyennement élevé » en raison de l’incidence considérable qu’il pourrait avoir sur l’économie (Tableau 3).

Atténuation de la vulnérabilité : le rôle de la Banque du Canada

Même si la légère hausse prévue de l’activité économique contribuera à la stabilisation de la dette des ménages à mesure que la production, les revenus et les taux d’intérêt progresseront, la croissance économique pourrait ne pas suffire à elle seule à atténuer cette vulnérabilité. D’autres politiques doivent être adoptées pour agir en complément de l’incidence de la croissance économique. Pour favoriser la stabilité du système financier, une panoplie de mesures peuvent être déployées et l’ont d’ailleurs déjà été20. En voici quelques-unes :

  • Inciter les emprunteurs et les prêteurs à la prudence – Par l’intermédiaire de la RSF et d’autres communications avec le public, la Banque a informé les ménages et les établissements prêteurs de son analyse. Ce faisant, elle les a sensibilisés à l’endettement élevé des ménages dans un effort visant à les inciter à faire preuve de prudence21. Plus particulièrement, les emprunteurs et les prêteurs doivent tenir compte de l’effet de la hausse future des taux d’emprunt sur le coût du service de la dette hypothécaire et d’autres prêts.
  • Renforcer la discipline du marché au moyen d’une transparence accrue – En rendant publiques ses analyses et ses évaluations, la Banque s’emploie aussi à informer de cette vulnérabilité, d’une part, les organismes responsables de l’évaluation de la qualité du crédit des consommateurs et, d’autre part, les analystes des banques ainsi que les investisseurs.
  • Affermir la réglementation et la surveillance du secteur financier – Comme je l’ai fait remarquer précédemment, lesinstitutions financières et les marchés financiers du Canada étaient relativement bien réglementés et supervisés avant la crise financière mondiale. Depuis, le cadre de réglementation et de surveillance a été davantage renforcé. La Banque, ainsi que d’autres autorités publiques, a aidé à l’élaboration de normes mondiales plus strictes et fait la promotion de leur mise en œuvre au Canada22. Un exemple éloquent est la mise en œuvre des réformes réglementaires de Bâle III, qui exigent des banques qu’elles accroissent la quantité et la qualité de leurs fonds propres et qu’elles se conforment à de nouvelles exigences en matière de liquidités et de levier financier. Par conséquent, les banques canadiennes sont désormais en meilleure posture pour faire face à des replis imprévus de l’activité économique.

La Banque collabore également avec d’autres organismes publics fédéraux et provinciaux pour évaluer, au moyen de tests de résistance, la capacité des institutions financières à résister à divers chocs macroéconomiques. Ces tests, qui incorporent les vulnérabilités existantes, ont pour objectif d’encourager les institutions elles-mêmes, ainsi que les organismes de surveillance, à adopter des mesures correctives visant à améliorer la résilience, au besoin23.

  • Adopter des mesures macroprudentielles – Au sortir de la crise, la dette des ménages et les prix des logements ont recommencé à croître plus rapidement que le revenu disponible à la suite de la baisse des taux d’intérêt et de la reprise de l’économie canadienne. Le gouvernement fédéral et certains organismes ont travaillé de concert pour atténuer cette vulnérabilité systémique grandissante. L’analyse de cette vulnérabilité par la Banque a contribué à éclairer leurs décisions.

Par exemple, le gouvernement fédéral a resserré les règles de l’assurance hypothécaire bénéficiant de la caution de l’État à quatre reprises en cinq ans à partir de 2008. En décembre 2015, il a apporté un cinquième changement prévoyant une augmentation de la mise de fonds exigée pour les habitations dont le prix se situe entre 500 000 dollars et 1 million de dollars.

Pour sa part, le Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF) a publié de nouvelles lignes directrices concernant la souscription de prêts hypothécaires et l’assurance hypothécaire en application des normes mondiales plus strictes24. En décembre, le BSIF a annoncé qu’il publierait, aux fins de consultation publique, les règles proposées en ce qui a trait à la quantité de fonds propres que les banques et les assureurs hypothécaires doivent détenir eu égard à leurs portefeuilles de prêts hypothécaires assurés vulnérables.

Ces mesures contribuent à limiter l’accès à l’emprunt aux ménages dont le crédit est de tout premier ordre, par exemple ceux ayant un pointage de crédit élevé. Elles s’inscrivent ainsi en complément de la politique monétaire expansionniste de la Banque du Canada en ce que leur effet cible mieux les ménages qui ont la capacité d’emprunter25.

  • Maintenir l’orientation de la politique monétaire vers l’objectif approprié – Depuis la crise, la Banque a maintenu son taux directeur à un niveau relativement bas, par rapport aux moyennes historiques, dans le but de stimuler la croissance économique et, ce faisant, d’atteindre son principal objectif, soit ramener l’inflation à la cible de 2 % dans un délai raisonnable. Comme la Banque met en œuvre sa politique monétaire en respectant un cadre de gestion des risques, elle reconnaît que l’endettement élevé des ménages pourrait représenter un risque pour la stabilité financière. Bien que nous disposions de la latitude nécessaire pour choisir une trajectoire de taux d’intérêt différente dans le but de freiner l’accroissement de la dette des ménages et d’atténuer les vulnérabilités du système financier, nous avons axé nos efforts sur l’atteinte de la cible d’inflation de 2 %. Nous croyons qu’il existe d’autres mesures, notamment des politiques publiques et des mesures correctives privées, mieux adaptées au ciblage et à la réduction de ces vulnérabilités que la politique monétaire, laquelle a une incidence sur l’ensemble de l’économie et constitue donc un instrument très peu nuancé pour agir sur la stabilité financière26.

Permettez-moi de résumer brièvement mes principaux points. La vulnérabilité financière liée à l’endettement élevé des ménages a augmenté au cours de la dernière décennie. Cette situation tient, en partie, au fait que la dette s’est concentrée davantage parmi les ménages très endettés, particulièrement ceux dont la capacité d’assurer le service de leur dette les rend plus vulnérables à un ralentissement économique. Par conséquent, notre évaluation de cette vulnérabilité dépend non seulement de l’ampleur de la dette des ménages, mais aussi de sa répartition.

Le système financier canadien est toutefois très résilient et pourrait résister à l’interaction d’un événement déclencheur avec cette vulnérabilité. Les autorités publiques du pays ont d’ailleurs adopté les mesures d’atténuation appropriées à cet égard. En outre, cette vulnérabilité devrait se stabiliser à mesure que l’économie et les revenus des ménages se renforceront et que les taux d’intérêt se normaliseront.

Malgré tout, la Banque se préoccupe de l’endettement élevé des ménages et continuera de surveiller la situation de près.

Conclusion

Permettez-moi de conclure.

Le mandat de la Banque du Canada consiste à favoriser la prospérité économique et financière du pays. Les personnes qui ont fondé la Banque du Canada dans le sillage de la Grande Dépression comprenaient très bien que stabilité financière et stabilité économique sont indissociables. L’une est la condition sine qua non de l’autre.

Mais l’histoire a démontré que la stabilité économique, appuyée par la conduite d’une politique monétaire appropriée permettant d’atteindre une inflation basse et stable, n’est pas suffisante pour assurer la stabilité financière. C’est une leçon importante qui a été tirée des crises financières mondiales de la fin des années 1920 et 2000. D’autres politiques doivent être mises en œuvre pour aider à préserver la stabilité financière, soit l’adoption de mesures de réglementation et de surveillance efficaces à l’égard du système financier ainsi que la réalisation d’un suivi étroit et la prise de mesures correctives au moment opportun pour atténuer les vulnérabilités financières émergentes.

La Banque du Canada apporte une contribution considérable à ces autres efforts visant à assurer la stabilité financière.

Premièrement, nous nous appuyons sur notre point de vue systémique et notre nouveau cadre afin de cerner et d’évaluer les vulnérabilités et les risques, ce qui nous permet de dégager les liens qui existent au sein du système financier ainsi qu’entre ce dernier et l’économie réelle.

Deuxièmement, nous collaborons avec des organismes partenaires de manière à mettre en commun avec eux et le grand public les résultats de nos recherches et de nos analyses pour que nous puissions collectivement atténuer les vulnérabilités émergentes.

La collaboration étroite de la Banque avec d’autres organismes a contribué à ce que le Canada connaisse une remarquable période de stabilité financière au cours des 25 dernières années. Cet effort collectif de surveillance et d’atténuation des vulnérabilités financières, telles que l’endettement élevé des ménages, est essentiel pour maintenir la stabilité et l’efficience du système financier ainsi que pour favoriser la croissance économique du Canada.

Merci.

Je tiens à remercier Don Coletti, Marc-André Gosselin, Gino Cateau et Brian Peterson de l’aide qu’ils m’ont apportée dans la préparation de ce discours.