L’interdépendance entre assureurs et réassureurs à l’échelle mondiale n’est pas bien comprise, peut présenter un risque important pour le secteur et avoir des incidences macroéconomiques. Les modèles des relations complexes qui existent entre les réassureurs et d’autres acteurs du système financier et de l’économie réelle en sont aux balbutiements. Des segments du marché demeurent opaques pour les autorités de réglementation et les participants. C’est en particulier le cas des accords de contrepartie qui, chez les réassureurs, prennent la forme de contrats de rétrocession. Pour modéliser ces relations complexes, les auteurs créent plusieurs réseaux plausibles, chacun étant cohérent avec les données des états financiers des réassureurs. Ces réseaux sont soumis à des tests de résistance fondés sur des scénarios de pertes extrêmes mais vraisemblables. L’apport de cette analyse au corps de travaux existants est triple : a) elle applique à l’industrie de l’assurance la méthode des modèles de réseau communément utilisée dans les recherches sur le secteur bancaire; b) elle évalue la présence de liens croisés entre réassureurs non à l’aide des primes mais des réclamations potentielles; c) l’attention est portée sur le segment le plus opaque du marché mondial de l’assurance, à savoir les accords de contrepartie entre réassureurs internationaux (rétrocession). Les auteurs font deux constats : la contagion est plausible au sein du marché mondial de la réassurance, et l’ampleur des pertes en cas de perturbation dépend a) de la distribution des risques parmi les contreparties; b) de l’événement déclencheur de difficultés financières; c) du délai de règlement des réclamations et d) du degré de compensation multilatérale des expositions. Ces constats tendent à montrer qu’une étude approfondie des pratiques sectorielles dans ces quatre domaines permettrait d’améliorer l’évaluation des risques dans le secteur de l’assurance et de favoriser la stabilité financière.