Nous présentons dans cette étude un nouveau test pour le modèle de taux de change fondé sur la théorie du bouc émissaire (scapegoat model of exchange rates). Le test vise à renforcer le lien entre cette théorie et sa traduction empirique. Ce nouveau test comporte plusieurs étapes. En premier, la prime de risque de change et l’incidence structurelle inobservée et changeante dans le temps des variables macroéconomiques fondamentales sur le taux de change sont estimées ainsi qu’une composante inobservée du modèle. Ensuite, les termes représentant le bouc émissaire dans l’équation du taux de change du modèle sont estimés en tenant compte des restrictions déduites des estimations obtenues à la première étape. Ces termes sont des variables macroéconomiques fondamentales (des boucs émissaires potentiels) en interaction avec les paramètres des anticipations, lesquelles sont approximées au moyen de données d’enquête. Nous procédons à une estimation en différentes étapes à l’aide d’une méthode d’échantillonnage bayésienne de Gibbs pour huit pays (cinq développés et trois émergents) qui sont comparés aux États- Unis sur la période 2002T1-2014T4. Les variables fondamentales macroéconomiques examinées sont le taux de croissance du PIB réel, le taux d’inflation, le taux d’intérêt nominal de long terme et le ratio balance courante/PIB. Nous calculons les probabilités a posteriori concernant les chances de voir ces variables fondamentales être considérées comme des boucs émissaires. Pour le taux d’inflation, ces probabilités sont beaucoup plus élevées que les probabilités a priori de 0,5 imposées pour cinq des huit pays (notamment les pays anglo-saxons). Nous trouvons peu d’éléments pour conforter l’idée que les autres variables macroéconomiques sont des boucs émissaires.