La rigidité à la baisse des salaires nominaux (RBSN) a souvent été invoquée pour justifier le ciblage d’un taux d’inflation positif. Il est communément admis qu’une inflation positive peut, en exerçant une pression à la baisse sur les salaires réels, « huiler les rouages » du marché du travail et faciliter les ajustements de ce marché durant les récessions. Le relèvement de la cible d’inflation aurait ainsi pour effet d’atténuer le chômage de long terme et d’accélérer la reprise économique après un choc défavorable. Dans le prolongement des travaux de Daly et Hobijn (2014), nous réexaminons ces questions à l’aide d’un modèle tenant compte des motifs de précaution qui influent sur les comportements de fixation des salaires. Nous confirmons que la RBSN engendre une relation de long terme négative entre l’inflation et l’emploi, ce qui concorde avec les résultats de contributions antérieures à la littérature sur le sujet. Nous constatons cependant que le nombre de travailleurs contraints par la RBSN à la suite d’un choc de demande négatif augmente avec l’inflation, ce qui compense les effets bénéfiques d’une cible d’inflation plus élevée. Il en découle, contrairement aux conclusions d’études antérieures qui passent sous silence les comportements dictés par la prudence, que les variations de la cible d’inflation ont relativement peu d’effet sur la vitesse à laquelle le taux de chômage retrouve ses niveaux d’avant-crise.