Il est communément admis que c’est par le jeu des anticipations du marché et des variations de la demande de stockage que s’opère l’ajustement du prix de l’éthanol de maïs (et donc du prix du maïs) aux modifications des politiques de soutien aux biocarburants, sans que l’on ait bien réussi jusqu’à présent à mesurer ces anticipations et à démontrer empiriquement le bien-fondé de cette explication. À l’aide d’une méthode récemment proposée, nous estimons les prix anticipés de l’éthanol, de l’essence non finie et du pétrole brut par le marché à des horizons de trois mois à un an. Nous quantifions la part des variations de prix anticipée et non anticipée par le marché et retraçons l’évolution de la prime de risque de ces marchés. Nous montrons que le Renewable Fuel Standard (RFS) aurait induit une hausse du prix anticipé de l’éthanol de pas moins de 1,50 $ l’année qui a précédé et celle qui a suivi sa mise en oeuvre. Notre analyse de la structure par terme des anticipations appuie la thèse selon laquelle le raffermissement de la demande de stockage d’éthanol à compter de 2005 serait à l’origine du renchérissement de l’éthanol. Selon nos résultats, rien n’indique que le durcissement du RFS en 2008 ait changé les attentes du marché. Par contre, notre analyse donne à penser que l’incertitude associée à la manière de franchir l’obstacle posé par la saturation du marché liée à la concentration réglementaire des essences en biocarburants (blend wall) a, à la mi-2013, fait monter la prime de risque sur le marché à terme de l’éthanol de pas moins de 50 cents pour les échéances les plus lointaines. Enfin, nous présentons certaines constatations à l’encontre de l’hypothèse d’un étroit lien entre les anticipations des prix de l’éthanol et celles des prix du maïs et, par conséquent, la demande de stockage de maïs en 2005-2006.