Cette étude tente de contribuer à la littérature sur les mesures de contrôle des capitaux en s’inspirant des travaux consacrés à l’estimation de la fonction de réaction des politiques monétaires. À partir d’une nouvelle base de données hebdomadaires sur les mesures de contrôle des capitaux prises par 21 économies émergentes entre le 1er janvier 2001 et le 31 décembre 2015, nous analysons les motifs – mercantilistes ou prudentiels – derrière le recours aux politiques de contrôle des capitaux. Nous proposons une nouvelle mesure indirecte des motifs mercantilistes : l’appréciation pondérée de la monnaie de l’économie émergente vis-à-vis de celle de ses cinq premiers concurrents commerciaux. Il ressort clairement de l’analyse que les mesures de contrôle des capitaux dans les économies émergentes ont, dans le passé, été systématiquement adoptées pour des motifs mercantilistes et macroprudentiels. Le choix des instruments mis en oeuvre est lui aussi systématique : les décideurs ont recours à la fois à des mesures de restriction des entrées de capitaux et à l’assouplissement des contrôles sur les capitaux sortants lorsqu’ils sont animés par des motifs macroprudentiels. En revanche, ils utilisent uniquement les restrictions des entrées de capitaux quand leurs décisions sont motivées par des préoccupations macroprudentielles. Nous montrons également que les mesures de contrôle ont un caractère acyclique pour la dette extérieure, mais des effets contra-cycliques à l’égard du crédit bancaire au secteur privé non financier. L’intégration d’un objectif explicite de stabilité financière dans le mandat des banques centrales, ou la création de structures interinstitutionnelles en faveur de la stabilité financière, accroît le poids des considérations macroprudentielles dans l’adoption de mesures de contrôle des capitaux. Ces mesures sont plus sensibles aux préoccupations mercantilistes dans les pays où le degré de transmission des variations du taux de change aux prix à l’exportation est plus élevé.