Pour les banques centrales, la conduite de la politique monétaire dans un contexte d’incertitude est une réalité quotidienne. Cette incertitude peut prendre de nombreuses formes, qui vont d’une connaissance incomplète du modèle et des données économiques appropriés aux phénomènes économiques et géopolitiques futurs dont il est impossible de cerner l’ampleur et les effets avec précision. Ce document vise à résumer les grandes conclusions que l’on trouve dans la littérature sur ce qui constitue la politique monétaire optimale en contexte d’incertitude, et à les comparer au comportement des banques centrales dans les faits. À cette fin, nous étudions trois exemples de situations où l’incertitude a joué un rôle important dans la décision de la Banque du Canada en matière de politique monétaire, afin de voir dans quelle mesure la décision correspond aux prédictions de la littérature. Trois principes émergent de cette analyse. Premièrement, dans des circonstances particulières – par exemple, quand le taux directeur risque d’être soumis à la contrainte de la valeur plancher –, certaines sources considèrent que la banque centrale devrait adopter une attitude préventive dans l’établissement des taux d’intérêt, alors que d’autres justifient une approche attentiste. Si l’on choisit cette dernière approche, le principal défi consiste à trouver le juste équilibre, c’est-à-dire attendre des renseignements supplémentaires tout en évitant de réagir en décalage. Deuxièmement, le niveau de l’inflation au point de départ peut influer sur la décision d’appliquer une politique monétaire plus ou moins expansionniste ou restrictive dans une même situation, en fonction de la présence ou de l’absence d’incertitude, si les préférences de la banque centrale comportent des seuils pour ce qui est des fourchettes particulières établies pour la variable cible (comme le risque que l’inflation sorte de la fourchette visée). Troisièmement, les décisions de politique monétaire devraient être encadrées, autant que possible, par des modélisations et des simulations en bonne et due forme, afin d’assurer la rigueur et la cohérence de la prise de décisions au fil du temps. Nous proposons, enfin, des pistes de sujets qui pourraient faire l’objet de recherches dans l’avenir.