La productivité permet de mesurer la quantité de biens et de services produits par unité d'intrant main-d'oeuvre et biens d'équipement.
Les hausses de la productivité sont attribuables à l'amélioration, au fil du temps, de la capacité de l'économie à stimuler la production par l'utilisation plus efficiente de ces intrants (aussi connus sous le nom de facteurs de production).
La productivité peut être définie et mesurée de diverses façons.
La mesure de la productivité la plus courante et la plus simple est la productivité du travail, qui nous renseigne sur la quantité de biens et de services produits par travailleur ou par heure de travail.
Toutefois, la productivité du travail est un indicateur incomplet de l'efficience globale parce qu'elle peut être favorisée par les études et la formation des travailleurs, une augmentation de la quantité de capital (notamment des machines et du matériel de pointe) dont ils disposent, une organisation améliorée du processus de production, etc.
La productivité totale des facteurs constitue un meilleur indicateur de l'utilisation des ressources de production de l'économie, car elle vise à évaluer l'efficience avec laquelle la main-d'oeuvre et le capital sont combinés. Bien qu'elle soit très difficile à mesurer, la productivité totale des facteurs est généralement calculée comme le pourcentage d'accroissement de la production qui n'est pas attribuable aux changements liés à la main-d'oeuvre et au capital. Il est assez facile de mesurer les heures travaillées, mais pas la quantité de capital physique au sein de l'économie. Et il est encore plus difficile de mesurer l'amélioration dans le temps de la qualité des intrants.
Pour toutes ces raisons, les analystes portent habituellement leur attention sur le concept plus simple et plus facile à mesurer de la productivité du travail, qui présente, par surcroît, l'avantage de faciliter les comparaisons entre pays. Fait important, la productivité du travail est aussi plus directement liée à notre niveau de vie (mesuré par le revenu réel par personne).
Il y a certes d'autres facteurs que la croissance de la productivité qui influent sur notre niveau de vie, par exemple, l'évolution des termes de l'échange du Canada (les prix que nous obtenons pour nos ventes à l'étranger par rapport aux prix que nous payons pour nos importations) et celle des taux d'emploi (la proportion de la population qui travaille effectivement).
Il reste que la croissance de la productivité est la principale source d'amélioration de notre bien-être économique à long terme. Les gains de productivité permettent aux entreprises d'accorder des salaires réels (corrigés de l'inflation) plus élevés, tout en maîtrisant leurs coûts et en demeurant rentables et concurrentielles. La hausse de la productivité est donc essentielle à la progression soutenue des revenus réels et du niveau de vie au fil du temps.
La productivité du travail joue également un rôle dans la conduite de la politique monétaire parce qu'elle est une variable clé qui influe sur la production potentielle, et donc sur l'écart de production, qui constitue un indicateur important des pressions inflationnistes dans l'économie.
Les résultats du Canada au chapitre de la productivité ont été décevants au cours de la dernière décennie. La productivité du travail, qui avait montré des signes d'amélioration à la fin des années 1990, a progressé seulement d'environ 1 % par année, en moyenne, depuis 2000 moins de la moitié du taux d'augmentation de la productivité du travail aux États-Unis.
Bien que les raisons de cette piètre performance ne soient pas encore entièrement comprises, quatre facteurs semblent en cause. Premièrement, les travailleurs au Canada disposent de moins de matériel de haute technologie et de haute efficience pour accomplir leurs tâches. Deuxièmement, la fiche du pays en matière d'innovation a été plutôt médiocre, particulièrement chez les petites et moyennes entreprises. Troisièmement, la montée des prix du pétrole, du gaz naturel, des métaux et des minéraux réduit la productivité dans le secteur de production des matières premières, car elle encourage l'exploitation de ressources plus difficiles et plus coûteuses à extraire. Quatrièmement, notre économie a subi des changements structurels ces dernières années, notamment dans le sillage de la récession de 2008-2009. Ces changements impliquent une réaffectation considérable de la main-d'oeuvre et du capital entre les entreprises et les secteurs. À long terme, cela signifie une spécialisation économique et une utilisation des ressources de production plus efficientes; mais, à court terme, la productivité pourrait en faire les frais, puisque les employés réaffectés ont besoin de temps et de formation avant de devenir pleinement fonctionnels1.
Les effets de la restructuration devraient diminuer à moyen terme, et les investissements en machines et matériel devraient s'accroître et stimuler la productivité du travail. L'amélioration de la productivité du travail sera encore plus importante pour notre bien-être dans l'avenir, dans le contexte d'un scénario démographique moins favorable qui prévoit un fléchissement de la population active.
La meilleure façon pour la Banque de favoriser une hausse de la productivité et du niveau de vie des Canadiens est d'assurer un climat d'inflation basse et stable. Un faible taux d'inflation réduit l'incertitude à l'égard des prix futurs et aide à prévenir les cycles d'essor et de contraction de l'économie et à garder les taux d'intérêt à un bas niveau. Tous ces facteurs encouragent les investissements dans du nouveau matériel et de nouvelles technologies qui améliorent la productivité. La Banque contribue également à la fiabilité et à la stabilité du système financier canadien, qui joue un rôle essentiel dans l'affectation efficiente du crédit à des investissements productifs.
1. Pour plus de renseignements, consulter la livraison d'octobre 2009 du Rapport sur la politique monétaire et Lane, T. (2009). « L'économie canadienne au-delà de la récession », discours prononcé devant l'Association canadienne de science économique des affaires, Kingston (Ontario).
Autres ouvrages :
Dion, R. (2007). « La croissance de la productivité canadienne au cours de la dernière décennie : les résultats de la recherche récente », Revue de la Banque du Canada;
Duguay, P. (2006). « Productivité, termes de l'échange et ajustement économique », discours prononcé devant l'Association canadienne de science économique des affaires, Kingston (Ontario);
Dodge, D. (2005). « Investir dans la productivité », discours prononcé devant le Conseil canadien des sociétés publiques-privées, Toronto (Ontario);
Crawford, A. (2002). « Les tendances de la croissance de la productivité au Canada », Revue de la Banque du Canada;
Thiessen, G. (1999). « L'économie canadienne, la productivité et le niveau de vie des Canadiens », discours prononcé au Fraser Institute, Vancouver (Colombie-Britannique).