Les économistes font appel à de nombreuses méthodes pour mesurer le rythme auquel croît l'économie. La plus courante repose sur le calcul du produit intérieur brut réel ou PIB réel. Le PIB est la valeur totale des biens et des services produits par notre économie. Le terme « réel » signifie que ce total est corrigé de l'incidence de l'inflation.

Il y a au moins trois façons de mesurer la croissance du PIB réel. Il est important de savoir laquelle est utilisée et de bien saisir les différences qui existent entre elles. Voici les trois mesures les plus répandues :

  • le taux de croissance trimestriel annualisé
  • le taux de croissance sur quatre trimestres ou taux de croissance « en glissement annuel »
  • le taux de croissance annuel moyen

On calcule le taux de croissance trimestriel annualisé en comparant le PIB réel de deux trimestres consécutifs, puis en ramenant le résultat sur une base annuelle. Par exemple, au deuxième trimestre de 2001, le PIB a augmenté de 0,1 % par rapport au trimestre précédent. Si la croissance économique avait suivi ce rythme pendant toute l'année, le taux annuel aurait été de 0,4 %, valeur qui correspond donc au taux de croissance trimestriel annualisé pour le deuxième trimestre.

Cette mesure est populaire auprès des médias. Elle est très utile pour donner un aperçu de l'évolution économique récente. Mais elle est aussi sujette à la volatilité (voir colonnes dans le graphique), parce que l'influence de tout facteur non récurrent propre au trimestre considéré (des conflits de travail, par exemple) est amplifiée lorsque le taux est annualisé.

On obtient le taux de croissance sur quatre trimestres, ou taux de croissance en glissement annuel, en comparant le niveau du PIB pour un trimestre donné à ce qu'il était au même trimestre de l'année précédente. Par exemple, le PIB au deuxième trimestre de 2001 était 2,1 % plus élevé qu'au deuxième trimestre de 2000. Cette mesure est privilégiée par les entreprises, qui présentent généralement leurs propres résultats trimestriels de cette façon afin de faire abstraction des variations saisonnières1.

Le taux de croissance en glissement annuel tend à être un peu moins volatil que le taux de croissance trimestriel annualisé (voir la courbe du graphique), parce qu'il n'a pas pour effet d'amplifier l'influence de facteurs particuliers. Mais cette mesure est aussi moins pertinente à court terme, puisqu'elle témoigne de l'évolution économique de l'année écoulée, et non simplement de celle des trois derniers mois.

Enfin, le taux de croissance annuel moyen est la moyenne des taux de croissance en glissement annuel de l'année considérée. Dans le Rapport sur la politique monétaire de novembre, on peut lire que la Banque s'attend à un taux de croissance annuel moyen pour 2001 d'environ 1,5 %. Pour la première moitié de l'année, les taux de croissance en glissement annuel publiés par Statistique Canada sont de 2,5 % au premier trimestre et de 2,1 % au deuxième. En ce qui concerne les deux derniers trimestres, si l'on suppose un profil d'évolution conforme aux attentes décrites dans le Rapport de novembre (p. ex., –0,5 % et 0 % respectivement, en rythme annuel), on obtient un taux de croissance en glissement annuel de 0,9 % au troisième trimestre et de 0,5 % au quatrième. La moyenne des quatre taux de croissance en glissement annuel pour 2001 équivaut au taux de croissance annuel moyen de 1,5 % (traits horizontaux dans le graphique).

Les mesures de la croissance économique - Graphique

* Les taux de croissance projetés tiennent compte des chiffres du « premier scénario »

Chacune de ces mesures comporte des avantages et des inconvénients. Comme elles ne sont pas interchangeables, leur combinaison peut aboutir à des résultats incohérents à première vue, ainsi que l'illustre le tableau ci-après. Dans ce tableau, les chiffres pour les premier et deuxième trimestres de 2001 sont ceux publiés par Statistique Canada. Pour les six trimestres suivants, soit du troisième trimestre de 2001 au dernier de 2002, les deux scénarios présentés contiennent des chiffres hypothétiques, fournis à titre explicatif. Le premier scénario est généralement conforme aux perspectives économiques énoncées dans le Rapport de novembre : une croissance nulle ou légèrement négative au second semestre de 2001 et un rythme d'expansion de 2 % pour la première moitié de 2002 et de 4 % pour la deuxième2. Le taux de croissance annuel moyen pour l'an prochain est de 1,5 %. Cela peut sembler bas, mais, comme le montrent les taux de croissance trimestriels annualisés, pour parvenir à cette moyenne annuelle, il faudra un profil d'évolution trimestriel considérablement plus fort tout au long de 2002. Cette situation s'explique par le fait que la croissance annuelle moyenne est tirée vers le bas par la très faible progression attendue au deuxième semestre de 2001.

Pour illustrer notre raisonnement, nous avons fixé arbitrairement à 3 %, dans le second scénario, les taux de croissance trimestriels annualisés des troisième et quatrième trimestres de 2001, tout en conservant les mêmes chiffres pour 2002. On entame ainsi l'année 2002 à un niveau plus élevé, de sorte que le taux de croissance annuel moyen (2,5 %) est de un point de pourcentage plus élevé bien que le profil trimestriel en 2002 soit le même que dans le premier scénario.

Le tableau fait ressortir un autre point. Dans le premier scénario, les taux de croissance annuels moyens pour 2001 et 2002 sont identiques, mais les profils trimestriels pour ces deux années sont très différents. Au cours de 2001, la croissance se ralentit, tandis qu'elle accélère durant 2002.

La Banque du Canada se sert du taux de croissance annuel moyen comme indicateur sommaire des grandes tendances économiques. Les moyennes annuelles lui sont également utiles quand elle compare ses projections avec celles d'autres prévisionnistes. Quant aux deux autres mesures, elle y a recours pour se faire une idée de l'évolution économique à court terme.

PREMIER SCÉNARIO
2001 (ch. hypothétiques après le 2e tr.) 2002 (ch. hypothétiques)
1er tr. 2e tr. 3e tr. 4e tr. 1er tr. 2e tr. 3e tr. 4e tr.
Taux de croissance trimestriel annualisé 2,0 0,4 -0,5 0,0 1,0 3,0 4,0 4,0
Taux de croissance en glissement annuel 2,5 2,1 0,9 0,5 0,2 0,9 2,0 3,0
Taux de croissance annuel moyen 1,5 1,5
SECOND SCÉNARIO
2001 (ch. hypothétiques après le 2e tr.) 2002 (ch. hypothétiques)
1er tr. 2e tr. 3e tr. 4e tr. 1er tr. 2e tr. 3e tr. 4e tr.
Taux de croissance trimestriel annualisé 2,0 0,4 3,0 3,0 1,0 3,0 4,0 4,0
Taux de croissance en glissement annuel 2.5 2.1 1.8 2.1 1.9 2.5 2.7 3.0
Taux de croissance annuel moyen 2,1 2,5
  1. Les données relatives au PIB publiées par Statistique Canada sont déjà désaisonnalisées. []
  2. En fournissant le taux de croissance trimestriel moyen pour chaque semestre de l'année, la Banque du Canada cherche à atteindre un équilibre entre la volatilité et l'actualité des données. Les résultats sont moins volatils que les taux de croissance trimestriels annualisés et plus à jour que les taux de croissance en glissement annuel. []