Les changements institutionnels et la libéralisation des échanges sont généralement considérés comme deux grandes sources de la croissance du revenu par habitant dans le monde. Cependant, des travaux récents (p. ex., Rigobon et Rodrik, 2004) indiquent que le lien positif établi par Frankel et Romer (1999) entre commerce et croissance s'estompe si l'on tient compte de la qualité des institutions. Selon les auteurs de l'étude résumée ici, cette « énigme du commerce et de la croissance » peut être résolue dès lorsqu'on reconnaît que la qualité des institutions est l'un des déterminants de la propension à épargner et à investir, et donc l'un des déterminants d'un avantage comparatif durable. La première partie du document est consacrée à l'élaboration d'un modèle théorique où l'avantage comparatif sous-jacent d'un pays dépend des institutions de celuici. Selon ce modèle, les États dotés de bonnes institutions tendent à exporter des biens d'une intensité capitalistique (complexité) relativement plus élevée que les États ayant de faibles institutions. Le commerce pouvant amplifier l'effet que la qualité des institutions a sur le revenu, il accentue à terme les disparités de revenu qui auraient été observées si les nations étaient restées autarciques. Dans la deuxième partie, les auteurs se livrent à une analyse des données de plus de 80 pays couvrant une période de 20 ans; leurs résultats corroborent leurs hypothèses.