Plan de recherche à moyen terme de la Banque pour 2016-2018

Introduction

La crise financière mondiale et ses séquelles ont provoqué une remise en question fondamentale du mode de fonctionnement des banques centrales, et ce, à bien des égards.

La crise a en effet montré que le cadre de modélisation sur lequel les banques centrales fondaient habituellement leurs analyses stratégiques était insuffisant. Le principal paradigme de modélisation, soit les modèles d’équilibre général dynamique et stochastique (EGDS) néokeynésiens, a fait l’objet de critiques sous plusieurs aspects. Beaucoup de modèles reposaient sur des hypothèses comportementales irréalistes, ne rendaient pas bien compte de caractéristiques pertinentes de l’économie en raison d’un traitement souvent trop rudimentaire du secteur financier, supposaient des relations linéaires et ne permettaient pas une hétérogénéité suffisante entre les agents économiques. Même les cadres de modélisation axés sur le secteur financier n’ont pas été à même de prédire l’ampleur de la crise financière et ses effets. Le comportement des autorités de réglementation, des organismes de surveillance et des marchés financiers, ainsi que la contagion et l’interaction entre ces marchés et le secteur réel, sont tous des indices de la nécessité d’améliorer la modélisation financière.

La crise a également transformé l’environnement économique dans lequel les banques centrales évoluent. Le comportement de l’économie canadienne et mondiale après la crise a été surprenant à plusieurs égards. On peut mentionner, entre autres, les inquiétudes au sujet de l’instabilité financière qui ont continué de dominer sur la scène internationale, la croissance économique anormalement faible, l’inflation étonnamment basse, ainsi que le commerce qui s’est effondré et a mis du temps à se redresser. L’évolution considérable du cadre de réglementation financière a aussi eu des incidences sur le comportement des autorités en la matière. Enfin, une plus grande importance a été accordée aux politiques macroprudentielles de même qu’aux liens entre la politique monétaire et budgétaire.

La crise n’a pas été le seul facteur à l’origine des changements de l’environnement économique. Les progrès technologiques, par exemple, ont entraîné une mutation des systèmes de paiement dans les secteurs bancaire de détail et interbancaire et, éventuellement, de l’activité des banques centrales.

La conduite de la politique monétaire a également subi de profondes transformations. Des instruments non traditionnels ont été mis en place et les banques centrales ont modifié la façon dont elles communiquent. De plus, les objectifs de la politique monétaire continuent d’alimenter des débats, notamment en ce qui a trait à l’atteinte de l’équilibre entre les objectifs liés à la politique monétaire et à la stabilité financière. Certaines banques centrales, qui ont vu leur mandat et leurs moyens d’intervention s’élargir, ont été critiquées; on a entre autres redouté une politisation possible de la politique monétaire.

Programme de recherche

Mises ensemble, ces évolutions ont modifié notre perception des banques centrales. Cependant, beaucoup de changements et leurs conséquences n’ont pas encore été totalement compris, d’où la nécessité d’un programme de recherche novateur visant les objectifs suivants :

  • Remise en question des paradigmes existants, dont la prédominance des modèles EGDS néokeynésiens et la trop grande dépendance envers les modèles à agent représentatif
  • Rééquilibrage et enrichissement de la boîte à outils de modélisation des politiques, par l’entremise surtout d’une modélisation financière accrue
  • Meilleure compréhension des enjeux de stabilité financière afin de mieux cerner et évaluer les vulnérabilités et les risques, modéliser les incitations et les comportements, et clarifier les liens avec le secteur réel
  • Plus grande utilisation des connaissances issues d’autres disciplines telles que la psychologie ou les sciences naturelles
  • Clarification du rôle que la politique monétaire peut et doit jouer, des instruments qu’elle doit employer et de la façon dont elle doit interagir avec la politique de stabilité financière et les autres politiques
  • Meilleure compréhension des comportements et des liens économiques après la crise
  • Identification et résolution des lacunes en matière de données
  • Meilleure compréhension des conséquences des tendances et des changements susceptibles de transformer profondément les économies, les marchés et les banques centrales dans l’avenir
  • Atteinte d’un degré de flexibilité suffisant pour permettre, voire stimuler, la dimension expérimentale inhérente à tout processus de recherche

Le Plan à moyen terme (PMT) 2016-2018 de la Banque fait la synthèse de ces points, dans un souci de réinventer la perception du rôle des banques centrales et de la conduite de leurs politiques, et insiste en particulier sur le renforcement d’une culture d’innovation. Le plan de recherche énonce les principaux domaines où la recherche économique et financière peut contribuer à l’atteinte de ces objectifs tout en s’inspirant bien entendu, dans la mesure du possible, des travaux existants.

Le plan est structuré en fonction des principaux défis présentés dans le PMT. Articulé autour des thèmes plutôt que des départements, il vise à cerner les synergies interdépartementales et interfonctionnelles possibles dans les travaux de recherche de la Banque.

Faire évoluer les cadres de conduite de la politique monétaire

1. Politique monétaire après la crise

Des années après la crise financière mondiale, l’économie n’est toujours pas revenue à la normale tant au Canada qu’à l’étranger, et les banques centrales de plusieurs économies avancées continuent de mettre en œuvre des politiques monétaires non traditionnelles pour soutenir une économie fragile.

L’économie canadienne devrait se renforcer au cours des prochaines années, mais les progrès à ce jour ont été plutôt timides, une reprise plus solide de l’économie mondiale se faisant toujours attendre. Dans ce contexte, nous devons absolument tirer les leçons nécessaires de la crise et comprendre comment la politique monétaire peut être améliorée à l’avenir.

En tant qu’institution publique, la Banque a le devoir de toujours explorer des moyens d’améliorer son cadre de conduite de la politique monétaire. C’est dans cette optique qu’elle mène et a mené un examen de l’efficacité de différents cadres tels que le niveau des prix, l’inflation moyenne ou le ciblage du revenu nominal. Elle peut également envisager des améliorations au régime actuel de ciblage de l’inflation, lequel occupe une place importante dans les travaux en vue du renouvellement de l’entente relative à la cible de maîtrise de l’inflation en 2016. Par exemple, on a fait valoir que la cible d’inflation devrait être haussée, eu égard au bilan tiré de la récente période de taux avoisinant la valeur plancher et aux signes révélant un recul du taux neutre réel. Il faut examiner cette proposition sous l’angle de ses coûts et avantages, et voir comment la transition vers une nouvelle cible peut être gérée.

De plus, l’évolution du rôle de la politique monétaire pendant la crise a influé fortement sur la façon dont les banques centrales communiquent avec leurs diverses parties prenantes et la place de premier plan qu’elles occupent désormais dans le débat économique public. Il en découle des questions sur le degré optimal de transparence et les voies de communication pertinentes que les banques centrales devraient emprunter.

Objectifs

  • Réévaluer la capacité de la politique monétaire de stimuler l’économie, compte tenu du fait que malgré plusieurs années de politique expansionniste, la reprise demeure atone dans de nombreux pays, en particulier ceux dont le système financier a été fragilisé ou qui ont dû procéder à un désendettement massif.
  • Analyser les effets et l’efficacité de l’adoption et de l’abandon de politiques monétaires non traditionnelles.
  • Analyser l’expérience des banques centrales qui ont mis en place de telles politiques et formuler une opinion sur la mesure dans laquelle elles devraient faire partie de la panoplie d’outils standards d’une banque centrale.
  • Évaluer l’efficacité de ces politiques dans le contexte d’une petite économie ouverte – la plupart des études existantes sont fondées sur des données américaines, quelques études provenant d’autres pays, dont le Royaume-Uni.
  • Explorer différents types de mesures non traditionnelles, notamment les achats massifs d’actifs, les indications prospectives et les taux directeurs négatifs.
  • Évaluer la valeur plancher au Canada ainsi que ses incidences sur la mise en œuvre de la politique monétaire et sur le système financier.
  • Examiner les implications pour la macroéconomie et les politiques publiques du bas niveau des taux directeurs au Canada et à l’échelle internationale.

2. Lien entre la stabilité financière et la stabilité des prix, et ses incidences sur la politique monétaire

Ainsi que l’ont démontré la crise financière mondiale et ses répercussions, la stabilité macroéconomique est nécessaire, mais ne suffit pas à assurer la stabilité financière. Par ailleurs, un système financier stable, efficient et qui fonctionne bien contribue grandement à la santé d’une économie. Par conséquent, les considérations liées à la stabilité financière sont un volet important du cadre de politique monétaire. D’un côté, les conditions du système financier peuvent avoir une incidence sur l’efficacité de la politique monétaire; de l’autre, la politique monétaire peut entraîner l’accumulation de déséquilibres financiers et, dès lors, influer sur la probabilité et la gravité des crises futures. En outre, la nécessité de mettre en œuvre des mesures de politique monétaire pour résoudre les préoccupations liées à la stabilité financière dépend de l’orientation des politiques microprudentielles et macroprudentielles, et de leur capacité à prévenir les crises.

Objectifs

  • Renforcer notre évaluation des coûts et des avantages de l’utilisation de la politique monétaire pour soutenir la stabilité financière, grâce à l’amélioration des modèles actuels (p. ex., le modèle MP2) et à l’élaboration de modèles qui intègrent de nouveaux liens entre l’économie réelle ainsi que la sphère financière, et qui tiennent compte de la non-linéarité des réactions de l’économie.
  • Mettre au point un cadre pour analyser l’incidence de la politique monétaire sur les risques extrêmes dans les marchés financiers.
  • Mieux comprendre dans quelle mesure les politiques macroprudentielles sont efficaces pour atténuer les risques systémiques et leurs incidences sur la politique monétaire.
  • Analyser la combinaison optimale de politiques monétaires, macroprudentielles et budgétaires, y compris leurs interactions et leur coordination.
  • Tirer des enseignements des expériences des banques centrales dans la gestion des arbitrages complexes entre les objectifs de stabilité des prix et de stabilité financière.

3. Amélioration de notre compréhension de l’économie canadienne et mondiale après la crise, ainsi que des marchés des produits de base

Le comportement de l’économie canadienne et mondiale après la crise a été étonnant à plusieurs égards. La croissance économique a été souvent décevante, en dépit d’importantes mesures de détente monétaire, en particulier dans les pays dont le système financier a été fragilisé ou qui ont dû procéder à un désendettement massif. Cette situation soulève des questions au sujet de la production potentielle ainsi que du rôle de l’incertitude et de la formation des anticipations dans la dynamique macroéconomique. L’inflation a elle aussi évolué de façon surprenante, premièrement par l’absence de désinflation puis par le niveau étonnamment bas de l’inflation. On ne comprend pas tout à fait l’effondrement du commerce après la crise ni la lente reprise qui a suivi, sans compter que la persistante chute des prix des produits de base et en particulier du pétrole, récemment, a surpris bien des observateurs.

Il est par conséquent essentiel que nous comprenions mieux la dynamique de l’économie canadienne et mondiale. Le Canada et les autres économies avancées ont pris de l’expansion dans les services à forte valeur ajoutée, et la structure de la production à l’échelle mondiale a subi de profondes transformations. Ces deux facteurs ont à leur tour eu des incidences sur le profil de la croissance et du commerce. Ce qui se passe dans le secteur des exportations chez les principaux concurrents du Canada revêt une importance particulière à cet égard.

Objectifs

  • Étudier les flux de capitaux nets et bruts, le cycle financier mondial, les liens commerciaux et les répercussions dans les différentes régions du monde.
  • Analyser les conséquences sur l’économie mondiale des divergences entre les politiques monétaires et voir dans quelle mesure il faut s’attendre à davantage de retombées émanant des économies de marché émergentes.
  • Cibler de nouvelles techniques et données qui nous aideront à faire des estimations plus justes de la production potentielle, de la productivité et des ressources inutilisées sur le marché du travail, et de leurs liens avec l’inflation.
  • Étudier la détermination des taux de change et leurs effets sur le commerce et l’inflation.
  • Examiner la façon dont les attentes des agents économiques se forment et dont elles influent sur la dynamique de l’inflation, ainsi que le rôle de l’incertitude dans l’évolution de la dynamique macroéconomique.

Autres considérations importantes

Le comportement des ménages, qui aide lui aussi à mieux comprendre l’économie, s’est probablement altéré de bien des façons après la crise, notamment pour ce qui est de l’épargne, du taux d’activité et des finances. La répartition du revenu et de la richesse semble également avoir connu des transformations qui ont influé sur l’épargne et la consommation. Par ailleurs, les changements démographiques ont des effets sur la production potentielle, la consommation et le comportement financier des ménages. L’évolution du marché du logement, enfin, se répercute sur le comportement des consommateurs. Tous ces facteurs doivent être bien compris au vu de leur incidence sur la politique monétaire et éventuellement sur la stabilité financière.

On sait que les petites et moyennes entreprises (PME) sont le moteur de la croissance économique; elles créent en effet 80 % des emplois dans la fabrication au Canada. Tout important qu’il soit, ce secteur est volatil : certaines entreprises connaissent une croissance rapide et beaucoup ont une existence éphémère. Comme les PME ont généralement plus de difficulté à obtenir du financement que les grandes entreprises, des questions demeurent quant à l’accès au financement et à son incidence sur le démarrage, la croissance et l’échec de ces entreprises. De plus, selon les données dont nous disposerons, nous évaluerons le rôle des sociétés d’État fédérales (p. ex., BDC, Financement agricole Canada) dans la création d’entreprises et les capitaux de démarrage. Les travaux de recherche visent à améliorer notre compréhension de la contribution des PME à la production potentielle, à mieux délimiter leur influence sur la transmission de la politique monétaire et à évaluer l’importance des contraintes de financement pour le rendement, les défaillances et les faillites de ces entreprises.

En ce qui concerne les marchés des produits de base, les principales questions portent sur les interrelations et corrélations entre les marchés (physiques) des produits de base et les marchés financiers connexes, les supercycles et les facteurs déterminants des prix. Il importe en outre de mieux comprendre la dynamique actuelle de l’offre et de la demande, par exemple l’évolution du rôle de l’Arabie saoudite en particulier et de l’OPEP en général au chapitre de l’offre de pétrole, la flexibilité de la production du pétrole de schiste ou les plans des pays du G20 visant l’élimination progressive des subventions relatives aux combustibles fossiles. En raison de l’importance des produits de base pour l’économie canadienne, ces facteurs auront des répercussions sur tout le pays, qui varieront cependant selon les régions.

Les prix des produits de base ont également un lien avec le marché du travail. Ainsi, les prix élevés du pétrole, qui ont entraîné des mouvements entre les catégories d’emploi et les régions, pourraient avoir incité les jeunes à faire leur entrée tôt sur le marché du travail, ce qui a eu des effets sur leur niveau de scolarité et aura peut-être une incidence durable sur leur employabilité. Il est par conséquent important d’analyser les ajustements aux chocs des prix des produits de base afin de voir quel est le meilleur moyen de les faciliter.

4. Conception de la prochaine génération de modèles à l’appui de la politique monétaire

L’analyse de la macroéconomie et de l’évolution financière au Canada et ailleurs, ainsi que de leurs conséquences stratégiques, dépend dans une très large mesure de la qualité des outils et des modèles employés. La crise a mis au jour plusieurs lacunes dans nos modèles, en lien notamment avec les hypothèses comportementales sous-jacentes, une modélisation minimaliste du secteur financier et l’incapacité à tenir compte des non-linéarités et de l’hétérogénéité des agents.

Objectifs

  • Déterminer si les nouveaux paradigmes tels que les modèles multi-agents doivent être mis en œuvre et si, le cas échéant, ceux-ci doivent compléter ou remplacer les modèles EGDS dominants et les modèles de simulation de crise financière.
  • Exploiter de petits modèles d’avant-garde qui peuvent être adaptés à des secteurs ou des mécanismes d’intérêt particuliers (p. ex., prévisions et analyse stratégique, modèles à transition lisse et modèles à changement de régime, perturbations ou crises mineures et graves).
  • Explorer des hypothèses comportementales plus réalistes, par exemple quant au rôle que jouent l’incertitude et les attentes dans la compréhension de la dynamique macroéconomique.
  • Faire appel à des solutions plus perfectionnées qui rendent compte de façon plus précise d’événements économiques considérables.
  • Explorer de nouvelles techniques et sources de données pour faire des prévisions dans l’immédiat et à plus long terme concernant des variables macroéconomiques importantes à l’échelle canadienne et internationale.

Parallèlement, nous nous emploierons à améliorer les modèles en place. En raison de l’importance des prix des produits de base pour l’économie canadienne, nous étofferons nos modèles en vue de la détermination des prix mondiaux du pétrole et des produits non énergétiques, et de leur lien avec le dollar canadien et l’économie du pays. Étant donné le caractère ouvert de notre économie, cette recherche améliorera également le cadre actuel de modélisation des interactions et des liens commerciaux entre les régions dans le contexte de l’économie mondiale, en plus de tenir compte de l’impact des changements d’ordre macroéconomique, financier et politique sur l’économie canadienne et de leurs répercussions sur les politiques.

Intégrer les considérations relatives à la stabilité financière

1. Détermination des vulnérabilités et analyse des risques pour la stabilité financière

Afin d’intégrer les considérations relatives à la stabilité financière aux conseils stratégiques et aux opérations de la Banque, nous devons renforcer notre capacité de cerner les grandes fragilités du système financier, leur évolution au fil du temps et la manière dont différents chocs peuvent interagir avec ces fragilités pour perturber le bon fonctionnement du système.

À cet effet, la Banque a mis en œuvre récemment un cadre d’évaluation des risques qui vise à assurer une détection plus méthodique des vulnérabilités du système financier canadien ainsi qu’une plus grande rigueur quantitative dans l’évaluation de la probabilité et de la gravité des risques pour la stabilité financière. Bien que des progrès aient été réalisés dans l’élaboration et la mise en œuvre de ce cadre, il reste beaucoup de travail à faire. Par ailleurs, notre compréhension des risques systémiques hors du périmètre de la réglementation, soit dans les marchés financiers et l’économie réelle, demeure embryonnaire.

Objectifs

  • Combler les lacunes en matière de données relevées dans le processus d’évaluation des vulnérabilités et renforcer encore davantage notre cadre d’évaluation des risques par l’établissement et l’intégration de modèles et d’outils complétant notre jugement qualitatif (p. ex., la probabilité du scénario de risque) pour un éventail plus vaste de secteurs et de marchés.
  • Acquérir une plus grande compréhension des vulnérabilités et des risques découlant du secteur bancaire parallèle et déterminer si ces risques peuvent également se manifester dans le secteur des entreprises. Comme les importantes fluctuations des prix sont tout à fait courantes sur les marchés financiers, il est difficile de faire la distinction entre le processus normal de découverte des prix et les bulles d’actifs.
  • Approfondir notre compréhension des vulnérabilités du système financier canadien. Par exemple, faire des observations plus détaillées de la répartition de la dette des ménages et des caractéristiques des foyers endettés afin d’en apprendre davantage sur la capacité de remboursement des ménages vulnérables et, par conséquent, sur la mesure dans laquelle l’endettement des ménages constitue un risque systémique pour la stabilité financière du Canada.
  • Améliorer notre compréhension du mécanisme par lequel les risques de liquidité et de crédit transmettent les chocs financiers à l’économie en général.
  • Examiner les vulnérabilités découlant des liens entre les secteurs économiques, les infrastructures financières, les marchés et les institutions.

2. Évaluation des effets des changements apportés à la réglementation

Depuis la crise financière, une vaste réforme mondiale du cadre de réglementation et de surveillance financières a été entreprise. Les principaux éléments de cette réforme sont notamment les suivants : amélioration de la transparence et de la communication de l’information; normes resserrées en matière de fonds propres, de liquidité et de levier; régimes de résolution crédibles et efficaces applicables aux grandes institutions financières; réglementation et surveillance accrues des institutions financières d’importance systémique; renforcement de l’infrastructure des principaux marchés financiers; mesures favorisant la conformité aux normes internationales de réglementation et de surveillance prudentielles. Également, afin de protéger le secteur bancaire contre les périodes de croissance excessive du crédit total qui ont souvent été associées à l’accumulation de risques à l’échelle du système, Bâle III intègre un nouvel outil macroprudentiel, le volant contracyclique.

Objectifs

  • Évaluer l’incidence de certains changements apportés à la réglementation.
  • Analyser la conception et le degré de complexité optimaux des règlements en matière de fonds propres bancaires, ainsi que leur efficacité dans la réduction du risque systémique, y compris l’effet de l’instauration de régimes de résolution sur la perception qu’a le marché des institutions d’importance systémique jugées trop grandes pour faire faillite, l’efficacité variable d’un pays à l’autre selon le régime de résolution en place, et la manière dont l’incidence initiale des programmes de recapitalisation interne peut être cernée au moyen des instruments du marché financier.
  • Examiner les effets non désirés possibles sur l’efficience ou la compétitivité du système financier canadien de même que sur les entités et les activités du secteur bancaire parallèle.
  • Mieux comprendre les comportements ou les réactions des institutions financières face aux changements apportés à la réglementation ainsi que les possibilités d’arbitrage réglementaire et de retombées réglementaires à l’échelle internationale.
  • Évaluer l’effet de ces règlements sur la liquidité des marchés obligataires canadiens, étant donné qu’ils exigent une plus grande transparence des opérations sur instruments financiers et sur les marchés.
  • Explorer les conséquences du traitement potentiel du risque souverain selon les exigences du Comité de Bâle sur le contrôle bancaire pour la mise en œuvre et la diffusion de la politique monétaire. De façon plus générale, analyser la mesure dans laquelle les changements réglementaires ont atténué les préoccupations liées à la stabilité financière, d’où la possibilité qu’il soit moins nécessaire que la politique monétaire tienne compte des considérations en la matière.

3. Évaluation de l’orientation stratégique du programme d’emprunt intérieur du gouvernement

Dans la foulée des réformes de la réglementation destinées à favoriser la stabilité financière, et de l’émergence du dollar canadien comme monnaie de réserve du fait de la relative robustesse de l’économie du pays pendant la crise financière, la demande de titres du gouvernement du Canada s’est accrue considérablement à la fois chez les investisseurs canadiens et étrangers (publics et privés). Parallèlement, le gouvernement prévoit des excédents budgétaires à brève échéance et vise une réduction de l’encours de la dette à moyen terme. L’accroissement de la demande et la réduction potentielle de l’offre soulèvent des questions quant au niveau optimal et à la structure de la dette publique, notamment parce que ces titres d’emprunt peuvent être utilisés à d’autres fins que le financement de l’État, par exemple : établir le prix d’autres instruments financiers à l’aide d’une courbe des taux sans risque; servir de garantie pour répondre aux exigences réglementaires accrues applicables aux institutions financières; et fournir un actif auquel la banque centrale peut avoir recours dans le cadre de ses activités normales ou non traditionnelles liées à la politique monétaire.

Objectifs

  • Approfondir notre compréhension de la valeur sociale que les titres du gouvernement du Canada peuvent procurer (en particulier en ce qui concerne la promotion de la stabilité financière), du fonctionnement des marchés secondaires pour ces titres et du comportement des agents actifs sur ces marchés. La Banque sera ainsi en mesure de conseiller le gouvernement sur le profil d’émission et l’encours de la dette dans une optique de bon fonctionnement des marchés, compte tenu des arbitrages entre le coût et le risque.
  • Analyser les incidences qu’un encours déterminé de titres du gouvernement canadien peut avoir sur la politique monétaire.

Assurer la fiabilité et l’efficacité des systèmes de paiement

1. Demande d’argent liquide et conséquences des nouveaux systèmes et des nouvelles technologies de paiement

La technologie a évolué rapidement dans le secteur de la monnaie et des paiements électroniques au cours des dernières années et cette tendance est appelée à se poursuivre. Cette évolution est susceptible de modifier radicalement le mode de paiement des biens et services, non seulement sur Internet, mais également dans les points de vente traditionnels. La possibilité d’utiliser des moyens de paiement autres que les billets émis par la Banque du Canada a des effets directs sur la demande de billets canadiens qui pourraient à leur tour influer grandement sur la taille de notre bilan et les recettes de seigneuriage. La demande d’argent liquide est également influencée par d’autres facteurs, dont l’économie souterraine, l’évolution démographique ou les taux d’intérêt. Nous utiliserons les données d’enquêtes sur les habitudes de paiement des consommateurs et les données internes sur la circulation des billets pour étudier les tendances actuelles et futures relatives à la demande et à l’utilisation des billets.

Les répercussions potentielles de l’utilisation à grande échelle de l’argent et des paiements électroniques vont cependant au-delà de ces considérations. Il pourrait y avoir en effet des conséquences majeures pour les systèmes de paiement d’importance systémique ou la réglementation des nouveaux modes de paiement. De même, le changement des habitudes de prêt et d’épargne métamorphoserait le fonctionnement des institutions financières traditionnelles, auquel cas des répercussions se feraient sentir sur la stabilité financière.

Objectifs

  • Mieux comprendre les tendances en matière d’adoption et d’utilisation, ainsi que leurs conséquences pour la politique monétaire et les autres politiques des banques centrales relatives à l’émission de la monnaie, aux systèmes de paiement d’importance systémique et à la stabilité financière.
  • Déterminer si la Banque doit envisager d’utiliser sa propre monnaie numérique, quelle forme celle-ci aurait, le cas échéant, et quelle serait la stratégie employée.
  • Aider la Banque à bâtir un cadre stratégique régissant la monnaie et les paiements électroniques.

2. Appui aux changements visant à renforcer l’infrastructure des marchés financiers canadiens

Les infrastructures de marchés financiers (IMF), qui sont au cœur du système financier de chaque pays, facilitent la compensation, le règlement et l’enregistrement de paiements, d’opérations sur titres ou sur dérivés, ou d’autres transactions financières. Elles permettent aux consommateurs et aux entreprises d’acheter des biens et des services, de procéder à des placements ainsi que de virer des fonds de manière sûre et efficiente. Elles jouent par conséquent un rôle essentiel dans la mise en place d’un système financier efficient et stable.

Les IMF connaissent une période de grandes transformations sous l’impulsion de facteurs tels que la croissance du flux international des biens et des services, la nouvelle réglementation financière (p. ex., les principes pour les infrastructures de marchés financiers ou PIMF) et l’évolution constante des technologies numériques.

Objectifs

  • Comprendre les conséquences de ces transformations et appuyer les changements afin de renforcer l’infrastructure des marchés financiers du Canada.
  • Soutenir l’Association canadienne des paiements dans la modernisation des principaux systèmes de paiement (Système automatisé de compensation et de règlement et Système de transfert de paiements de grande valeur) et renforcer les systèmes de paiement transfrontaliers.
  • Orienter la mise en œuvre de normes de surveillance pour les systèmes de paiement, de compensation et de règlement désignés, notamment les PIMF.
  • Orienter l’élaboration d’un cadre de résolution pour les IMF.

Tenir compte des incidences des différents scénarios possibles pour l’avenir

1. Anticipation de l’incidence des tendances et changements importants sur les économies, les marchés et les banques centrales

La Banque doit être en mesure de prévoir les tendances et les changements importants qui pourraient avoir une incidence profonde sur les économies, les marchés et les banques centrales. Des travaux de recherche seront consacrés à l’examen des incidences de ces scénarios possibles pour l’avenir. Il s’agit généralement de versions extrêmes des scénarios susmentionnés, par exemple de tendances en cours susceptibles d’avoir des incidences plus marquées sur les politiques des banques centrales. Un défi important à cet égard consiste à choisir le type de scénario à analyser, étant donné la multitude d’évolutions possibles et la difficulté de quantifier leur probabilité et l’ampleur de leurs effets. C’est pourquoi nous trouvons ci-après des exemples plutôt qu’une liste exhaustive des scénarios qui pourraient être explorés.

  • Parmi ces évolutions, mentionnons la transformation du système monétaire et financier international, qui se manifeste notamment par le nouvel ordre économique mondial découlant de l’importance accrue des économies de marché émergentes. Parmi les scénarios possibles pour l’avenir, on pourrait voir une internationalisation du renminbi et un changement marqué du contenu des réserves en devises remettant en cause la place dominante du dollar américain. Par ailleurs, les institutions monétaires pourraient être davantage influencées par les marchés émergents, qui jouent un rôle grandissant. On peut tirer des leçons utiles d’exemples antérieurs de transformation de cette envergure.
  • La reprise décevante des économies avancées après la crise renvoie l’image inversée du poids croissant des marchés émergents dans l’économie mondiale. L’atonie de la croissance et la faiblesse de l’inflation ont amené à craindre que la stagnation dans les économies avancées s’inscrive dans la durée, ce qui aurait des conséquences pour la conduite de la politique monétaire. Bien que ce scénario reste peu probable, nous tenterons d’en évaluer les incidences dans le cadre de nos travaux de recherche.
  • Plusieurs scénarios susceptibles d’avoir des effets considérables sur l’économie canadienne sont liés aux progrès technologiques. La fracturation hydraulique, par exemple, entraîne une augmentation de la production d’énergie aux États-Unis, à tel point que ce pays pourrait devenir un exportateur net d’énergie. Si les États-Unis deviennent indépendants pour l’approvisionnement en énergie, le Canada s’en ressentira étant donné que l’énergie compte pour le quart environ de toutes ses exportations et que les entreprises du secteur pétrolier et gazier réalisent une part substantielle des investissements privés. Faire du commerce avec une économie en phase descendante dans la chaîne de valeur ajoutée peut également poser de nouvelles difficultés aux exportateurs canadiens. Nous pourrions même en arriver à une situation où l’évolution technologique ferait baisser les prix du pétrole à des niveaux auxquels la majeure partie de la production canadienne deviendrait non rentable.
  • Le développement de l’impression 3D dans le secteur de la construction est un autre exemple de la confluence de la technologie et de la macroéconomie. Cette technologie a évolué rapidement : les imprimantes peuvent maintenant construire des éléments plus volumineux et atteindre une plus grande précision plus rapidement et à moindre coût. Des ingénieurs néerlandais et chinois ont déjà conçu des imprimantes à grande échelle capables de construire (ou d’« imprimer ») une petite maison en moins d’une semaine. Ces capacités pourraient avoir des effets non négligeables sur la productivité et le niveau de l’emploi dans le secteur de la construction de même que sur le prix moyen des maisons. Ces effets pourraient par ricochet avoir des conséquences importantes pour la production potentielle et, dans la mesure où des prix des maisons nettement inférieurs se traduisent par des prêts hypothécaires moins élevés, pour l’efficacité de la politique monétaire par l’entremise du marché du logement. L’impression 3D pourrait également entraîner un vaste mouvement de rapatriement des activités de fabrication qui aurait de profondes répercussions sur le volume et l’orientation du commerce international.
  • Ultimement, une cryptomonnaie pourrait remplacer peu à peu les billets émis par la Banque du Canada comme unité de compte, moyen d’échange et réserve de valeur. On pourrait assister également à la disparition complète de l’argent comptant dans certaines sociétés, ce qui pourrait contribuer à réduire l’économie souterraine, modifiant ainsi l’environnement économique dans lequel les banques centrales évoluent. La pertinence de la valeur plancher serait également touchée. Dans ce contexte, nous analyserons la faisabilité et l’attrait de diverses propositions visant à supprimer la valeur plancher aux fins de la politique monétaire par la réduction ou l’élimination de l’argent liquide.
  • Enfin, en poussant à l’extrême les plans actuels de diminution de l’encours de la dette du gouvernement du Canada, il est utile d’envisager un scénario selon lequel cette dette n’existerait plus ainsi que ses incidences sur les marchés financiers et la politique monétaire.
  • Une autre série de scénarios se rapporte à la Banque du Canada elle-même. Plusieurs possibilités peuvent être explorées, notamment une union monétaire entre le Canada et les États-Unis, l’émission d’argent électronique par la Banque, l’adoption d’un rôle macroprudentiel par l’institution ou un changement de sa gouvernance.

Promouvoir l’innovation et la mise en commun des connaissances

1. Exploration et exploitation du potentiel des nouvelles sources de données

Traditionnellement, les décisions de politique monétaire reposent sur des données économiques tirées d’enquêtes et de dossiers administratifs, et leur publication est décalée. Toutefois, le recours croissant à Internet par les consommateurs, les détaillants et les utilisateurs des médias sociaux a créé des sources de données utiles pouvant servir de complément aux données traditionnelles.

Ces « mégadonnées » ouvrent de nouvelles perspectives de recherche susceptibles de mieux faire comprendre le comportement des agents économiques, une condition préalable essentielle à la formulation de politiques monétaires efficaces. Les données sur les prix recueillies dans les sites Web des détaillants, par exemple, peuvent servir à étudier le comportement en matière d’établissement des prix. Le fait que des groupes entiers d’agents économiques expriment maintenant leurs points de vue en ligne par l’entremise, notamment, des médias sociaux peut fournir une source importante de données indiquant comment la politique monétaire est perçue et si elle est crédible. Il va sans dire que seules les mégadonnées permettent de comprendre les transactions sur Internet, dont les prêts de pair à pair qui connaissent une popularité croissante, et les données fournies par les satellites pourraient faciliter l’étude de la croissance économique.

Les travaux de recherche exploitent de plus en plus les données granulaires, par exemple les données de haute fréquence, qui peuvent aider à mieux saisir les comportements des marchés financiers, ou les microdonnées qui sont indispensables pour analyser le comportement de groupes hétérogènes d’agents économiques. Ainsi, l’analyse des incidences de l’endettement des ménages nécessite des données pertinentes, car il est important de cerner les caractéristiques des ménages vulnérables et de comprendre leur comportement. De façon plus générale, le recours à une source de données exhaustives sur la consommation, la richesse et le revenu des ménages donnerait des résultats extrêmement utiles. Mais comme une telle source de données n’existe pas, la Banque peut envisager de mener une enquête à cette fin.

Les microdonnées sur les prix de détail peuvent nous renseigner quant aux effets de la politique monétaire sur l’indice des prix à la consommation, et les données relatives aux prix des importateurs et des producteurs canadiens peuvent jeter un éclairage sur la mesure dans laquelle le taux de change influe sur les prix intérieurs.

Les données historiques, enfin, peuvent se révéler utiles pour analyser les incidences d’événements rares comme les crises, pour lesquels il existe peu d’observations sur des horizons temporels plus récents.

2. Création de synergies entre les utilisateurs de données ou de méthodes analogues

Une amélioration notable des travaux de recherche sur les sujets précités est réalisable si la Banque réussit à créer plus de synergies entre les utilisateurs de données ou de méthodes analogues au sein de ses départements et fonctions.

Les données d’enquêtes, qui sont utilisées dans plusieurs secteurs, constituent un exemple de synergie possible. L’expertise de la conception des enquêtes, les connaissances détaillées sur les enquêtes ainsi que l’expérience de la mise en application d’approches économétriques pour analyser les données peuvent être mises en commun, et des synergies entre les enquêtes connexes peuvent être explorées (p. ex., l’enquête sur les coûts des différents modes de paiement et l’enquête sur les perspectives des entreprises, ou l’enquête de 2016 sur les modes de paiement et l’enquête sur les attentes des consommateurs).

Les recherches portant sur les PME, dont il a été question précédemment, constituent un autre exemple où la collaboration pourrait aider à améliorer le travail des chercheurs de divers secteurs de la Banque.

En phase avec ces objectifs, l’établissement de groupes de travail ou « groupes de réflexion » comptant des représentants des différents départements et fonctions est envisagé pour plusieurs volets du programme de recherche.