Rapport sur la politique monétaire – Avril 2026 – Point de mire
La guerre au Moyen-Orient influe sur l’économie canadienne de différentes façons. L’inflation sera plus élevée à court terme, mais l’ampleur et la persistance de la hausse sont incertaines. L’incidence nette sur la croissance devrait être faible.
La guerre au Moyen-Orient a des conséquences pour l’économie canadienne principalement en raison de la hausse des prix de l’énergie. En tant qu’exportateur net d’énergie, le Canada devrait s’en sortir beaucoup mieux que les pays qui dépendent fortement des importations d’énergie. L’ampleur de cet avantage variera selon la durée pendant laquelle les prix resteront élevés. Dans le scénario de référence, les prix baissent assez rapidement par rapport aux sommets récents, de sorte que l’incidence sur le produit intérieur brut (PIB) est faible. S’ils restent élevés, l’activité économique au Canada pourrait être un peu plus forte. Les prix plus élevés de l’énergie et des produits agricoles devraient faire monter l’inflation mesurée par l’indice des prix à la consommation (IPC) à court terme et accroître le risque que l’inflation persiste au-dessus de la cible.
L’économie canadienne est touchée par plusieurs canaux de transmission
PIB réel
En tant qu’exportateur net d’énergie, le Canada a connu historiquement une croissance économique plus forte associée aux prix élevés de l’énergie, en particulier lorsqu’ils ont augmenté de façon prolongée en raison de la forte demande mondiale. Dans de tels cas, l’amélioration des termes de l’échange a fait croître les profits dans le secteur de l’énergie, ce qui a favorisé une hausse de la consommation, des investissements des entreprises et des recettes publiques. Le dollar canadien a aussi eu tendance à s’apprécier.
Toutefois, dans le scénario de référence, l’incidence positive sur la croissance devrait être faible. La récente hausse des prix du pétrole reflète une perturbation de l’offre mondiale plutôt qu’une demande globale plus forte, de sorte que les exportations hors énergie n’augmentent pas. De plus, vu les intérêts étrangers de plus en plus importants dans les entreprises pétrolières et gazières canadiennes, la part des profits supplémentaires comptabilisés au pays est moindre dans la situation actuelle. Par conséquent, les effets positifs sur l’emploi, la consommation et l’investissement seront probablement plus modérés que par le passé.
Les prix plus élevés de l’énergie et de l’alimentation réduiront le pouvoir d’achat des ménages, et certains consommateurs devront diminuer leurs dépenses dans d’autres domaines.
Dans le secteur de l’énergie, puisque la hausse des prix du pétrole est vue comme temporaire et que de nombreuses sociétés se sont mises à verser des dividendes plus élevés, on s’attend à ce que la poussée à court terme des investissements soit limitée. L’amélioration de l’efficience du capital permet aussi aux entreprises d’accroître leur production en investissant moins que par le passé. Plusieurs facteurs limiteront probablement l’appréciation du dollar canadien, notamment :
- les attentes selon lesquelles la hausse des prix du pétrole sera de courte durée
- des sorties de dividendes plus importantes
- une augmentation plus modérée des investissements directs étrangers
- les effets de refuge associés à la guerre
Dans l’ensemble, le dynamisme de l’activité dans le secteur de l’énergie et l’effet modérateur qu’engendrent les prix à la consommation plus élevés sur les dépenses des ménages se compensent largement.
Inflation
Dans le scénario de référence, l’inflation mesurée par l’IPC sur un an monte temporairement à 2,6 % au deuxième trimestre, puis baisse jusqu’à la fin de 2026 dans la mesure où les prix du pétrole devraient se modérer. Cette hausse à court terme tient surtout aux prix plus élevés du pétrole, qui font grimper les coûts de l’essence, des autres moyens de transport et des aliments. L’inflation fondamentale en 2027 est aussi légèrement plus élevée.
Un scénario indicatif où la hausse des prix de l’énergie est persistante
Il subsiste une incertitude considérable quant à la durée du conflit et à son incidence sur les prix de l’énergie et la croissance mondiale. En particulier, dans le scénario de référence, pour la deuxième moitié de 2026 et en 2027, la trajectoire de l’inflation dépend fortement de l’hypothèse selon laquelle les prix du pétrole commenceront à se normaliser relativement vite. Les répercussions sur les coûts de production et de transport et sur l’activité économique au Canada sont également très incertaines; elles dépendront de l’évolution des comportements d’établissement des prix des entreprises ainsi que des dépenses des ménages.
Si le conflit s’intensifie ou se prolonge plus que prévu, l’inflation mesurée par l’IPC pourrait augmenter davantage et rester élevée plus longtemps, malgré une croissance mondiale plus faible et un recul de la demande visant les exportations hors énergie du Canada. Cette situation accroîtrait la probabilité qu’il y ait des pressions importantes sur les coûts venant de perturbations de l’expédition, d’une hausse des coûts de transport et d’assurance ainsi que de pénuries d’intrants intermédiaires importés essentiels, comme les semi-conducteurs. Ces pressions pourraient aussi se répercuter davantage sur les prix d’une gamme de biens et services élargie. Dans ce contexte, les mouvements vers les valeurs refuges limiteraient probablement l’appréciation du dollar canadien par rapport au dollar américain, ce qui nuirait à la compensation des pressions grandissantes sur les coûts. Cela implique que l’hypothèse de référence concernant le taux de change Canada–États-Unis se transpose dans le scénario indicatif.
Pour illustrer approximativement les réactions de la production et de l’inflation à une telle situation, la présente section décrit un scénario indicatif où les prix du pétrole se situent à 100 $ US le baril pendant toute la période de projection et au-delà. Vu la hausse persistante des prix du pétrole, les recettes publiques sont plus élevées que dans le scénario de référence. On suppose que la moitié des recettes supplémentaires associées aux redevances dans le secteur de l’énergie et aux taxes sont retransférées aux ménages canadiens. La répercussion des coûts sur les prix est plus importante et dure plus longtemps que dans le scénario de référence.
Dans ce scénario, la croissance du PIB canadien change peu à court terme par rapport au scénario de référence, car il faut du temps pour que les prix plus élevés de l’énergie se traduisent par une augmentation de l’activité (graphique 24). En 2027 et en 2028, la croissance du PIB dépasse légèrement celle du scénario de référence en raison d’une hausse des transferts de l’État aux ménages, des investissements des entreprises et des exportations d’énergie.
Graphique 24 : Dans un scénario indicatif, la croissance du PIB est plus forte à moyen terme, poussée par une hausse de la demande intérieure et des exportations d’énergie
Données trimestrielles
Sources : Statistique Canada et calculs, estimations et projections de la Banque du Canada
Dernières valeurs du graphique : 2028T4
Dans la première année du scénario, les pressions inflationnistes sont plus grandes que dans le scénario de référence, principalement en raison de l’incidence directe des prix plus élevés du pétrole sur ceux de l’essence et des aliments. L’inflation culmine à 3,1 % au premier trimestre de 2027 et avoisine 3 % pendant plus d’un an (graphique 25). Il s’agit d’un niveau plus élevé et beaucoup plus persistant que dans le scénario de référence. Les pressions sur les coûts se généralisent graduellement, étant donné que les coûts de la distribution intérieure et les prix des biens intermédiaires importés sont plus élevés. Par conséquent, l’inflation sur un an reste haute bien au-delà de la première année du scénario, sous l’effet de pressions inflationnistes accrues qui persistent en dehors des secteurs des aliments et de l’énergie. L’un des facteurs importants est que les attentes d’inflation à long terme au Canada restent bien ancrées près de 2 %. Néanmoins, un resserrement de la politique monétaire est nécessaire, ce qui entraîne des hausses consécutives du taux directeur. Les taux d’intérêt plus élevés limitent considérablement l’augmentation du PIB et l’inflation retourne à la cible de 2 %.