Un an plus tard – Évaluer l’incidence des restrictions commerciales américaines sur les secteurs canadiens

Rapport sur la politique monétaire – Avril 2026 – Point de mire

Les restrictions commerciales sectorielles nuisent à l’économie canadienne. Les exportations d’acier et de bois d’œuvre ont diminué considérablement, tandis que d’autres ont mieux résisté. Dans l’ensemble, la baisse des exportations n’a pas été aussi marquée qu’on l’attendait, ce qui témoigne à la fois de la capacité d’adaptation des entreprises et de l’effet des politiques publiques.

Au cours des douze derniers mois, les droits de douane américains ont affiché une hausse marquée dans plusieurs secteurs canadiens. Dans l’ensemble, les secteurs visés par des droits de douane spécifiques représentent, à l’échelle du pays, environ 1 % de la production et de l’emploi et près de 15 % des exportations1. Selon les données les plus récentes, les exportations des secteurs de l’aluminium, de l’acier, du bois d’œuvre et des véhicules automobiles ont fléchi depuis l’imposition des droits de douane (graphique 26).


L’acier a été durement touché

La plupart des exportations canadiennes d’acier aux États-Unis sont frappées par d’imposants droits de douane de 50 %, tandis que les produits dérivés de l’acier sont visés par des droits de douane de 25 %. Les exportations d’acier ont ainsi chuté de moitié. La production et l’emploi ont aussi diminué, mais de façon moins prononcée. Cela s’explique en partie par l’effet des mesures gouvernementales, comme la politique « Achetez canadien », les contre-mesures tarifaires imposées aux États-Unis et le resserrement des contingents tarifaires sur les importations, qui favorisent la production intérieure. Par conséquent, les données sur les stocks montrent peu de signes d’une accumulation généralisée. Toutefois, selon des consultations auprès du secteur, il y a un risque que les exportations diminuent encore, puisque certains contrats arriveront à échéance en 2026.

Les exportations de bois d’œuvre résineux continuent leur déclin

La production de bois d’œuvre canadien suit une tendance à la baisse depuis plusieurs années, en partie à cause de différends commerciaux qui ont débuté bien avant l’imposition des récents droits de douane. Les États-Unis ont haussé leurs droits de douane dans ce secteur en octobre 2025. En février 2026, les exportations de bois d’œuvre étaient inférieures d’environ 20 % aux moyennes de 2024. Les niveaux d’emploi dans ce secteur continuent de descendre en suivant à peu près la baisse de la production. Les stocks sont stables, ce qui n’indique pas d’accumulation généralisée qui pourrait ensuite nécessiter de réduire encore la production.

Après une baisse marquée, les exportations d’aluminium se sont redressées

Les producteurs canadiens d’aluminium sont actuellement assujettis à des droits de douane de 50 % sur leurs ventes aux États-Unis, leur principal marché d’exportation. Par ailleurs, les produits dérivés composés essentiellement d’aluminium sont frappés par des droits de douane de 25 %. Les exportations ont brusquement chuté après l’introduction de ces mesures tarifaires, et en juillet 2025, elles étaient de 50 % inférieures à leurs niveaux de 2024. Les producteurs se sont adaptés en réorientant leurs ventes vers l’Europe, malgré des marges bénéficiaires plus faibles. Après l’épuisement des stocks d’aluminium aux États-Unis, les exportations canadiennes ont rebondi, regagnant plus de la moitié de leurs pertes initiales.

Les consultations auprès du secteur indiquent que la demande d’aluminium canadien continuera de se redresser en raison des perturbations de la production au Moyen-Orient. Elles semblent aussi montrer que l’emploi lié à la production et à la transformation de l’aluminium a gardé sa résilience. Toutefois, il y a eu des mises à pied dans des entreprises manufacturières plus en aval de la chaîne de valeur, qui sont confrontées à des coûts d’intrants supérieurs pour l’aluminium.

Les exportations de cuivre ont bondi

En revanche, les exportations de cuivre vers les États-Unis dépassent de 40 % leur moyenne de 2024. Malgré les droits de douane de 50 % imposés sur certains types de produits, les producteurs se sont adaptés en augmentant plutôt les exportations qui échappent aux mesures tarifaires.

Les exportations de véhicules automobiles se maintiennent

La construction automobile subit actuellement des mesures tarifaires américaines complexes. Les véhicules automobiles conformes à l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) sont visés par des droits de douane de 25 % sur leur contenu produit à l’extérieur des États-Unis.

Les exportations sont légèrement sous leurs niveaux de 2024. Cela tient compte en partie des politiques fédérales venant compenser une part du fardeau tarifaire des entreprises qui atteignent les cibles de production intérieure. En moyenne, la production a généralement suivi les exportations, tandis que l’emploi est resté plus stable pendant cette période.

Des risques subsistent

Dans l’ensemble, les secteurs touchés par des droits de douane spécifiques ont enregistré des baisses de la production et de l’emploi conformes à celles des exportations. Rien n’indique une accumulation rapide des stocks. S’ils se mettent à augmenter, cela pourrait signifier que les niveaux de production actuels sont trop élevés et appeler des réductions de la production et de l’effectif.

L’environnement commercial pourrait changer à nouveau. Selon les consultations auprès des secteurs, les entreprises considèrent la révision à venir de l’ACEUM comme un risque. Beaucoup ont dit qu’il serait difficile de diversifier leurs échanges ailleurs qu’aux États-Unis en raison des obstacles à franchir, comme les importants coûts de transport vers les marchés plus éloignés.

  1. 1. La production touchée par les droits de douane est calculée selon la valeur ajoutée, tandis que les exportations touchées par les droits de douane sont calculées selon la valeur brute.[]

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