Dans le domaine de l’économie, les femmes rédigent moins d’articles de recherche et sont moins souvent citées que les hommes, en moyenne. Mais cette tendance semble être en train de changer. Un ensemble de données nouvellement compilé sur le personnel de recherche des meilleures universités du monde entier montre où il existe des écarts individuels entre les hommes et les femmes.

Je m’estime chanceuse d’avoir étudié – et de maintenant travailler – avec de brillantes économistes. Bien des femmes qui m’ont précédée dans le domaine ont toutefois vécu une expérience très différente. En effet, l’économie a longtemps été une discipline dominée par les hommes et, même si les progrès vers la parité des sexes ont été constants, ils ont été somme toute lents. Même de nos jours, les femmes demeurent sous-représentées en économie.

La comparaison entre les hommes et les femmes à un niveau individuel montre que des inégalités persistent dans le domaine. C’est ce que mes collègues et moi avons constaté en nous intéressant aux chercheuses et chercheurs en économie des meilleures universités du monde entier. Nous avons analysé les travaux de recherche de ces universitaires – notamment les articles parus dans des revues spécialisées à comité de lecture et les documents de travail – ainsi que les citations de leur travail dans les recherches d’autres économistes.

Nos résultats donnent à penser que réduire ces inégalités pourrait prendre du temps. Tout n’est pas sombre pour autant : nos données laissent aussi entrevoir une tendance positive à qui sait les déchiffrer.

En moyenne, les femmes économistes rédigent moins d’articles et sont citées moins souvent que leurs homologues masculins

À partir des sites Web des cinquante meilleures universités au monde – parmi lesquelles figurent deux universités canadiennes –, mes collègues et moi avons constitué un ensemble de données unique sur tous les membres des corps professoraux ayant un profil Google Scholar. Nous avons ainsi pu comparer les travaux individuels des hommes et des femmes et leur influence sur d’autres recherches à l’aide de mesures simples et transparentes. Notre échantillon comprenait 1 718 professeurs d’économie occupant un poste permanent à temps plein. De ce nombre, environ 360 (ou 21 %) étaient des femmes.

Nos résultats montrent qu’en moyenne, une femme économiste figurant dans notre ensemble de données a rédigé 45 % moins d’articles et a été citée 20 % moins souvent par article que son homologue masculin (graphique 1).



Ces écarts reflètent en partie le fait qu’en moyenne, les chercheuses en économie ont beaucoup moins d’expérience que leurs collègues masculins. Dans notre ensemble de données, les femmes représentaient 26 % des professeurs adjoints, mais seulement 15 % des professeurs titulaires.

Les écarts sont plus grands chez les économistes qui ont plus d’expérience

Une tendance claire se dégage des données lorsqu’on tient compte de l’évolution de la carrière. Parmi les chercheuses et chercheurs en début de carrière, et particulièrement chez les professeurs adjoints, les écarts dans le nombre d’articles rédigés sont minimes, voire inexistants. En moyenne, une économiste qui commence aujourd’hui sa carrière universitaire rédige presque le même nombre d’articles que son homologue masculin à la même étape de sa carrière (graphique 2). Elle est également citée presque aussi souvent par article rédigé (graphique 3).

En revanche, il existe des disparités importantes entre les sexes parmi les chercheuses et les chercheurs dont la carrière est bien établie, comme les professeurs titulaires. En moyenne, une professeure titulaire rédige environ 30 % moins d’articles qu’un homme occupant le même poste (graphique 2), même si chacun de ces articles est cité presque aussi fréquemment que ceux de son homologue masculin (graphique 3).





Par conséquent, les deux facteurs suivants semblent expliquer pourquoi les femmes rédigent en moyenne moins d’articles :

  • en moyenne, elles ont moins d’expérience
  • les chercheuses d’expérience rédigent moins d’articles que leurs homologues masculins

De nos jours, la différence de rendement entre les femmes et les hommes qui commencent leur carrière dans le domaine de l’économie est nettement moins marquée qu’auparavant. Les données sur les travaux de recherche par département universitaire peuvent nous aider à comprendre ce changement.

Plus les femmes sont représentées dans un département, plus les écarts sont faibles

Les résultats de l’analyse des données pour chaque département sont particulièrement révélateurs. Dans les départements davantage paritaires, les femmes et les hommes rédigent un nombre similaire d’articles et sont cités presque aussi souvent. Cette tendance suggère un effet de masse critique, c’est-à-dire que les écarts individuels dans le nombre d’articles rédigés et de citations semblent se resserrer plus rapidement à partir du moment où les femmes représentent une part importante du corps professoral. Atteindre la masse critique peut contribuer à l’évolution des normes et au renforcement des réseaux de collaboration, en plus d’influencer la façon dont la recherche est évaluée et reconnue.

Ces résultats départementaux contrastent grandement avec les tendances observées dans les différents sous-domaines de l’économie. Les écarts individuels dans le nombre d’articles rédigés et de citations présentent des similarités remarquables d’un sous-domaine à l’autre, même si les femmes sont mieux représentées dans des champs tels que la microéconomie, l’économie du travail et l’économie de la famille, et moins dans d’autres champs tels que la macroéconomie et la finance.

Ces résultats semblent indiquer que ce qui importe le plus, c’est la représentation des femmes dans un département d’économie donné, plutôt que dans l’ensemble de la profession ou même dans un sous-domaine. Cette interprétation est cohérente avec un grand nombre d’études qui soulignent le rôle des réseaux professionnels et du mentorat dans l’avancement. Ainsi, les femmes économistes voient généralement leur carrière décoller lorsque la collaboration vient améliorer leur capacité d’agir.

Quelles conclusions en tirer?

La bonne nouvelle, c’est que les femmes économistes commencent aujourd’hui leur carrière sur un meilleur pied d’égalité que leurs prédécesseures. Si la tendance se maintient, on pourrait voir une convergence appréciable vers la parité dans le domaine.

Pour autant, la seule augmentation du nombre de femmes dans le domaine de l’économie ne suffit pas à accroître leur contribution à la recherche économique ou leur influence sur la discipline. Pour que les progrès se poursuivent, il faut créer des occasions pour les femmes de collaborer. La mise en place d’une telle culture pourra contribuer à faire intervenir de nouveaux points de vue dans l’analyse économique et les conseils en matière de politiques, deux éléments qui sont au cœur du mandat de la Banque du Canada.


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DOI : https://doi.org/10.34989/saba-8