Les mots qu’utilisent les banques centrales pour expliquer leurs décisions de politique monétaire ont un poids. Ils peuvent parfois faire réagir les marchés financiers – et les économistes – au même titre que les changements de taux directeur. C’est pourquoi nous avons créé un outil pour mesurer le ton des communications de la Banque du Canada sur la politique monétaire et évaluer son influence sur les perceptions des marchés.

Les banques centrales agissent sur les taux d’intérêt des prêts hypothécaires et des prêts aux entreprises en ajustant leur taux directeur. Mais ce n’est pas le seul outil à leur disposition. Leurs communications avec le public et les participants au marché jouent aussi un rôle important, car elles peuvent orienter les attentes concernant l’économie et l’inflation.

Les participants au marché prêtent une grande attention à ces communications, y compris celles de la Banque du Canada, afin d’entrevoir d’éventuels changements dans les perspectives ou l’orientation de la politique monétaire.

De son côté, la Banque analyse comment les marchés interprètent ses communications pour voir si elles sont perçues autrement que prévu et trouver des façons de les améliorer, au besoin.

Le ton employé dans les communications peut influer sur la manière dont elles sont comprises et interprétées. Il est difficile à mesurer de façon uniforme, puisqu’il se dégage de la formulation du texte et que les communications de la Banque sont fréquentes et nombreuses. Pour l’évaluer, nous recourons donc à des méthodes avancées d’apprentissage automatique. Nous comparons également le ton de la Banque à celui des économistes du secteur financier. Nous constatons que le ton de leurs commentaires tend généralement à se rapprocher de celui employé par la Banque dans ses décisions de taux directeur.

La mesure du ton passe par l’analyse des mots

Les décisions de politique monétaire sont complexes et reposent sur des facteurs économiques comme l’inflation, les conditions du marché du travail et la croissance économique. Les communications de la Banque relatives à ces décisions contiennent des signaux sur tous ces facteurs qui, ensemble, établissent le ton de ces messages.

En particulier, les annonces de politique monétaire utilisent des formulations pouvant être classées dans trois catégories :

  • Une formulation conciliante laisse supposer un assouplissement de la politique monétaire.
  • Une formulation neutre ne laisse supposer ni un assouplissement ni un resserrement de la politique monétaire.
  • Une formulation ferme laisse supposer un resserrement de la politique monétaire.

Pour mesurer le ton, nous utilisons un grand modèle de langage que nous affinons à l’aide d’exemples de ces trois types de formulations. Lors de l’analyse, le modèle lit le texte, classe chaque phrase dans une catégorie, puis lui attribue une valeur :

  • Les phrases conciliantes reçoivent une valeur de -1.
  • Les phrases neutres reçoivent une valeur de 0.
  • Les phrases fermes reçoivent une valeur de +1.

Nous calculons ensuite la moyenne des valeurs de toutes les phrases du texte pour obtenir un seul indice de ton compris entre -1 et +1 (figure 1).

Figure 1 : Comprendre la mesure du ton des communications sur la politique monétaire

-1 Conciliant 0 Neutre +1 Ferme Indice de ton

Aux fins de cette analyse, nous avons soumis au modèle tous les communiqués que la Banque a publiés au sujet de ses décisions de taux directeur entre 2002 et 2025.

Nos résultats montrent une forte relation entre le ton des communiqués de la Banque et les variations du taux directeur (graphique 1). Plus particulièrement, l’indice de ton a tendance à augmenter quand la Banque resserre sa politique monétaire et à baisser quand elle l’assouplit.

Le ton des négociants change après les annonces de taux

Nous appliquons la même approche aux commentaires rédigés par les économistes des négociants principaux canadiens sur le marché des obligations du gouvernement du Canada. Plus précisément, nous évaluons les commentaires publiés avant et après chaque annonce de taux directeur.

Ceux qui sont publiés dans les jours précédant une annonce exposent le point de vue de chaque négociant sur les perspectives et ses attentes quant à la décision de politique monétaire. Après l’annonce, les négociants expriment souvent leur interprétation de la décision et des messages de la Banque. Grâce à une comparaison avant-après, nous pouvons analyser l’évolution du ton de ces commentaires.

Les résultats de cette analyse sont présentés dans le graphique 2. Chaque point du graphique représente une annonce de taux directeur faite entre septembre 2020 et décembre 2025. Pour chaque annonce, nous établissons l’indice de ton moyen de tous les négociants.

  • L’axe horizontal montre dans quelle mesure le ton du communiqué de la Banque pour une annonce diffère du ton moyen des négociants avant une annonce. Une valeur positive indique que le ton du communiqué de la Banque est plus ferme que celui des négociants.
  • L’axe vertical montre le changement de ton dans les commentaires des négociants avant et après une annonce. Une valeur positive indique que les négociants ont, en moyenne, raffermi leur ton.

Le nuage de points suit une pente ascendante, ce qui signifie qu’après une annonce de taux directeur, les négociants ont généralement tendance à ajuster leur ton en fonction du communiqué de la Banque. Autrement dit, si le ton de la Banque est plus ferme que celui de leurs commentaires précédant l’annonce, les négociants sont susceptibles d’adopter un ton plus ferme après l’annonce (graphique 2, quadrant 1). La même corrélation s’observe pour un ton plus conciliant (graphique 2, quadrant 3).

Il en ressort que les négociants tirent des communications de la Banque de nouvelles informations sur l’économie qui influencent leur perception de l’orientation de la politique monétaire.

La publication de données économiques entre les annonces influe sur le ton des négociants

Les négociants ajustent aussi leur ton entre les annonces du taux directeur de la Banque, quand ils réagissent aux nouvelles données publiées sur les principaux indicateurs économiques et mettent à jour les analyses qu’ils fournissent à leurs clients.

Nous avons fait ce constat en suivant l’évolution du ton moyen des commentaires après la publication des données officielles de Statistique Canada. Les changements de ton sont plus fortement liés aux données concernant l’indice des prix à la consommation (IPC) et moins à celles sur le marché du travail ou le produit intérieur brut (PIB). Les résultats d’une régression montrent que, pour l’ensemble des négociants, le coefficient médian du ton des commentaires sur l’IPC est environ 1,5 fois supérieur à celui des commentaires sur le marché du travail et environ 3,0 fois supérieur à celui des commentaires sur le PIB.

Ces résultats illustrent comment notre mesure du ton permet de déterminer le moment et les raisons des changements d’interprétation des marchés.

Le ton compte

L’efficacité de la politique monétaire repose sur des communications claires et cohérentes. C’est ce qui aide les marchés et les ménages à mieux comprendre la lecture que fait la banque centrale de l’économie et les motifs de ses décisions de politique monétaire. Une telle clarté peut réduire l’incertitude économique et, ce faisant, favoriser la stabilité économique et financière.

Cette nouvelle mesure nous aide à déterminer si les communications de la Banque sont claires et comprises par les participants au marché. Et nos conclusions indiquent que c’est le cas.


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Avis de non-responsabilité

Les articles de Sparks et Bank traitent d’enjeux touchant l’économie et les politiques des banques centrales. Ils sont produits en toute indépendance du Conseil de direction de la Banque du Canada. Les opinions exprimées dans chaque article sont celles des autrices et auteurs uniquement, et ne reflètent pas nécessairement le point de vue officiel de la Banque.

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DOI : https://doi.org/10.34989/saba-10