Le résumé qui suit rend compte des délibérations du Conseil de direction de la Banque du Canada ayant mené à la décision de politique monétaire annoncée le 18 mars 2026.

Il reflète les discussions et les délibérations qu’ont tenues les membres du Conseil de direction à la troisième étape du processus entourant les décisions de politique monétaire, soit après avoir reçu toutes les informations et recommandations pertinentes du personnel.

Les réunions concernées, présidées par le gouverneur Tiff Macklem, ont débuté le 13 mars 2026. La première sous-gouverneure Carolyn Rogers, le sous‑gouverneur Toni Gravelle, la sous‑gouverneure Sharon Kozicki, le sous‑gouverneur Nicolas Vincent, le sous‑gouverneur Rhys Mendes et la sous‑gouverneure Michelle Alexopoulos y ont participé.

Économie internationale

Le Conseil de direction a entamé ses délibérations par une discussion sur les évolutions récentes de l’économie mondiale et leurs implications pour les perspectives. La croissance mondiale avait continué d’avoisiner 3 %, comme prévu dans le Rapport sur la politique monétaire Toutefois, le déclenchement de la guerre en Iran avait accru l’incertitude entourant les perspectives mondiales. Les prix de l’énergie avaient monté en flèche, ce qui allait faire grimper l’inflation partout dans le monde. Les membres ont convenu que l’impact du conflit sur la croissance mondiale et l’inflation allait dépendre de la durée du conflit et de la mesure dans laquelle il s’étendrait ailleurs au Moyen-Orient.

Les échanges ont également porté sur un nouvel élément dans le dossier du commerce mondial, soit la décision de la Cour suprême des États-Unis d’invalider les droits de douane imposés en vertu de l’International Emergency Economic Powers Act et les plans de l’administration américaine pour les remplacer par d’autres mesures. Les membres s’entendaient pour dire que la situation n’avait pas d’incidence directe sur les droits de douane sectoriels touchant les exportations canadiennes et que les risques liés au commerce pour le Canada restaient inchangés par rapport à janvier.

Aux États-Unis, les indicateurs de l’activité économique s’étaient modérés depuis janvier, mais restaient solides. Les effets de la paralysie partielle du gouvernement américain sur la consommation et les dépenses publiques avaient été temporaires et avaient entraîné un ralentissement de la croissance au quatrième trimestre de 2025. Il était attendu que l’activité économique se redresse au premier trimestre de 2026 et qu’elle progresse à un rythme moyen d’environ 2 % pour ces deux trimestres. Les perspectives de l’économie américaine pour 2026 restaient conformes à la projection présentée dans le Rapport de janvier, en raison surtout de la consommation et des investissements majeurs liés à l’intelligence artificielle (IA). Les investissements à l’extérieur du secteur de l’IA étaient modérés, et les exportations demeuraient faibles. Le marché du travail s’était légèrement détendu et certains indicateurs donnaient à penser qu’il pourrait encore ralentir. Toujours aux États-Unis, l’inflation avait augmenté dans les derniers mois, en partie du fait que les droits de douane annoncés précédemment s’étaient répercutés sur les prix des biens compris dans la mesure de l’inflation fondamentale. Il était attendu que l’inflation américaine augmente au deuxième trimestre, vu la montée des prix de l’énergie causée par le conflit au Moyen-Orient.

Dans la zone euro, les données récentes avaient été contrastées et n’avaient pas changé les perspectives générales par rapport à celles présentées dans le Rapport de janvier. La demande intérieure et la stabilité des marchés du travail avaient continué de soutenir la croissance. Les membres ont souligné que les perspectives d’inflation dans la zone euro étaient vulnérables au choc des prix de l’énergie, en particulier en raison de la dépendance européenne aux importations de gaz naturel liquéfié.

En Chine, la croissance avait continué d’être tirée par les exportations vigoureuses, qui étaient partiellement compensées par la faible demande intérieure.

Depuis le début de la guerre en Iran, les conditions financières mondiales s’étaient quelque peu resserrées par rapport à leurs niveaux jusque-là accommodants. Les rendements obligataires mondiaux étaient plus élevés, les marchés boursiers plus bas et les écarts de crédit plus larges. Les membres ont reconnu que le resserrement avait été modeste et que les marchés financiers avaient été relativement ordonnés malgré une forte hausse de la volatilité.

Les membres ont discuté des perturbations de l’approvisionnement en pétrole et en gaz naturel causées par le conflit au Moyen-Orient, de la flambée subséquente des prix mondiaux de l’énergie et de leur incidence probable sur l’économie mondiale. Les effets sur l’inflation allaient varier d’un pays à l’autre : ils seraient plus prononcés dans les économies importatrices d’énergie, comme la zone euro et la majeure partie de l’Asie, que chez les exportateurs nets d’énergie. Il a également été question du risque que les perturbations du transport dans le détroit d’Ormuz fassent augmenter les coûts de produits de base non énergétiques, comme les engrais. Les risques entourant la croissance mondiale et l’inflation allaient dépendre de la durée de ces perturbations et de l’ampleur des bouleversements de la production dans la région.

Les membres ont évalué la possibilité que les risques d’une seconde vague d’effets inflationnistes découlant du choc des prix de l’énergie soient plus limités que lors d’épisodes passés. De nos jours, étant donné que l’économie mondiale utilise moins de pétrole par unité de production qu’autrefois, la transmission de la hausse des prix du pétrole à ceux des biens et services non énergétiques est plus limitée. Et les risques de spirales salaires-prix et de désancrage des attentes d’inflation sont vraisemblablement plus bas en raison des changements structurels sur le marché du travail et des cadres de politique monétaire basés sur le ciblage de l’inflation utilisés depuis de nombreuses années. Le Conseil a tout de même reconnu que la perception publique de l’inflation était demeurée élevée après le pic enregistré en 2022, et que les prix de l’essence avaient toujours eu une grande incidence sur l’évaluation de l’inflation par les ménages.

Le dollar canadien était resté relativement stable par rapport au dollar américain, s’établissant à un peu plus de 73 cents. Mais comme le dollar américain, il s’était apprécié vis-à-vis de la plupart des autres monnaies depuis le début du conflit au Moyen-Orient.

Économie canadienne et perspectives d’inflation au pays

Le Conseil a ensuite porté son attention sur l’évolution récente de l’économie canadienne. Après avoir affiché une croissance robuste au troisième trimestre de 2025, le produit intérieur brut (PIB) s’était contracté de 0,6 % au quatrième trimestre, mais cette contraction était surtout attribuable à un important ajustement des stocks. La demande intérieure finale était demeurée solide.

Les données recueillies depuis la parution du Rapport de janvier donnaient à penser que l’économie progresserait dans la première moitié de 2026, mais plus lentement que prévu. Les membres s’entendaient pour dire que le choc des prix de l’énergie causé par la guerre en Iran ferait monter l’inflation à court terme. À ce stade précoce du conflit, l’impact sur la croissance économique était incertain.

Pour évaluer l’état de l’économie avant le choc des prix de l’énergie, le Conseil a discuté des indicateurs économiques les plus récents. Les données sur le commerce de détail et d’autres indicateurs laissaient croire que la consommation progressait à un rythme solide. Mais dans l’ensemble, l’activité économique semblait plus lente que prévu dans le Rapport de janvier.

Les membres ont noté que l’activité sur le marché du logement demeurait faible, particulièrement à Toronto et à Vancouver. Les prix avaient baissé et l’activité de revente était restée modérée.

En janvier, les exportations de biens avaient chuté plus fortement que prévu en raison d’importantes diminutions des exportations d’or, de véhicules automobiles et d’aéronefs. Les membres ont souligné que la faiblesse des exportations était en grande partie attribuable à des facteurs temporaires qui se résorberaient vraisemblablement dans les mois à venir. Néanmoins, abstraction faite de la volatilité, la croissance des exportations au premier trimestre semblait en voie d’être plus faible que ce qui avait été prévu en janvier.

Les baisses de l’emploi observées en janvier et en février avaient annulé une grande partie des gains réalisés au quatrième trimestre de 2025. Les membres ont reconnu que ce manque de vigueur sur le marché du travail était attendu. Les pertes d’emploi avaient été généralisées dans l’ensemble des branches d’activité, touchant surtout le secteur privé et les emplois à temps plein. Les données indiquaient une faiblesse persistante dans les secteurs qui dépendent le plus des échanges commerciaux et dans d’autres secteurs, comme celui du commerce de gros et de détail. La croissance des salaires avait évolué de façon conforme aux attentes.

Le Conseil a ensuite évalué l’inflation et les signes de pressions inflationnistes tels qu’ils se présentaient avant le choc des prix de l’énergie. Selon les données les plus récentes, l’inflation mesurée par l’indice des prix à la consommation (IPC) global était descendue à 1,8 % en février, contre 2,3 % en janvier, ce qui cadrait avec les attentes et reflétait la fin du congé de TPS un an plus tôt. L’inflation mesurée par l’IPC hors effet des variations d’impôts indirects s’établissait à 1,9 %, et les mesures de l’inflation fondamentale avaient décéléré et s’approchaient de 2 %. Le contexte d’inflation plus favorable était bienvenu, mais les membres ont noté qu’il serait de courte durée, puisque l’inflation globale était appelée à augmenter dans les mois à venir en raison des prix plus élevés de l’essence. La discussion a aussi porté sur la façon dont les prix élevés de l’énergie et des engrais pourraient se répercuter sur les prix d’autres biens et services, comme le transport aérien et les aliments.

Le Conseil a discuté des canaux par lesquels le choc pourrait se transmettre à l’économie canadienne. Comme le Canada est un exportateur net d’énergie, les prix plus élevés du pétrole allaient faire augmenter les recettes d’exportation, hausser les revenus et donc soutenir le PIB. Cependant, les prix plus élevés de l’essence pourraient restreindre les dépenses des consommateurs et faire augmenter les coûts pour de nombreuses entreprises. Les effets sur l’économie et l’inflation dépendraient aussi, d’une part, de la réaction du taux de change à l’évolution des prix du pétrole, et d’autre part, des conditions financières.

Les membres ont convenu que ces effets pourraient modifier la composition de la croissance. Mais il était encore trop tôt pour en évaluer l’incidence nette sur les perspectives de croissance, compte tenu de la grande incertitude entourant la durée et la portée du conflit en Iran.

Considérations relatives à la politique monétaire

Le Conseil a discuté en profondeur des implications de l’évolution récente de l’économie pour l’orientation de la politique monétaire.

Les membres ont évalué l’équilibre des risques entourant les perspectives. La guerre en Iran avait clairement ajouté une nouvelle couche d’incertitude, mais il était entendu qu’il ne fallait pas perdre de vue les autres risques auxquels l’économie était déjà exposée : l’évolution de la politique commerciale des États-Unis, la révision à venir de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique et les changements structurels en cours.

Comme rien ne permettait de savoir si le conflit au Moyen-Orient allait prendre fin rapidement ou durer un certain temps, les membres ont convenu qu’il était trop tôt pour discerner l’impact net de la combinaison de ces forces. Il a été noté que l’éventail des issues possibles pour l’économie canadienne s’était encore élargi depuis la parution du Rapport de janvier.

Les membres ont échangé leurs points de vue sur l’importance relative des différents risques entourant les perspectives d’inflation. Un des points de vue était que la hausse à court terme de l’inflation globale ferait augmenter les risques d’inflation au cours de la période de projection. Les prix plus élevés de l’essence, combinés à l’augmentation encore rapide des prix des produits essentiels comme l’épicerie, pourraient faire monter les attentes d’inflation. C’était d’autant plus pertinent que l’expérience de la forte inflation en 2022-2023 était encore bien présente dans l’esprit des gens. Les membres ont toutefois souligné qu’au-delà d’une courte période, l’incidence des prix plus élevés de l’énergie sur l’inflation courante pourrait être limitée. L’économie partait d’une situation d’offre excédentaire, avec l’inflation proche de la cible, ce qui pourrait limiter la transmission de la hausse des coûts de l’énergie aux autres biens et services. Les membres ont discuté de la mesure dans laquelle ces conditions sous-jacentes sont déterminantes dans la façon dont les attentes d’inflation influencent les pratiques d’établissement des prix et des salaires. En règle générale, des attentes d’inflation plus élevées facilitent la transmission des hausses de coûts par les entreprises. Mais quand l’économie est au ralenti, les entreprises cherchent souvent des moyens d’éviter d’augmenter leurs prix pour ne pas perdre de clients. De la même façon, les pressions à la hausse sur les salaires sont moins probables dans une économie faible.

Dans l’ensemble, les membres s’entendaient pour dire qu’il était trop tôt pour savoir comment ces risques allaient évoluer. Leur avis était qu’à court terme, les risques pesant sur la croissance semblaient plutôt baissiers, tandis que le choc des prix du pétrole représentait un risque à la hausse supplémentaire pour l’inflation.

Le Conseil a considéré le rôle de la politique monétaire lorsqu’un choc d’offre frappe l’économie. Les membres ont noté que les pressions inflationnistes découlant de la hausse des prix de l’énergie allaient faire monter l’inflation au-dessus de la cible vu le contexte d’offre excédentaire. Cette situation crée un arbitrage difficile pour la politique monétaire. D’un côté, relever le taux directeur pour faire baisser l’inflation pourrait affaiblir davantage l’économie. D’un autre côté, le baisser pour soutenir l’économie pourrait faire monter l’inflation encore plus.

Le Conseil s’est appuyé sur les récents travaux d’analyse menés par la Banque sur la conduite de la politique monétaire face aux chocs d’offre, résumés dans le dernier discours de la sous-gouverneure Sharon Kozicki. Il a été question des moyens de diagnostiquer le choc d’offre et d’évaluer les risques. Les approches évoquées comprenaient l’utilisation de nouveaux modèles améliorés, la réalisation d’analyses de scénarios, le suivi étroit des données à haute fréquence et des microdonnées pour déceler les signes d’ajustement des prix par les entreprises, et la poursuite des échanges avec les entreprises.

Décision de politique monétaire

Compte tenu des évolutions les plus récentes, le Conseil a évalué l’orientation de la politique monétaire.

Étant donné la possibilité d’une croissance plus faible à court terme et des risques d’une hausse de l’inflation découlant des prix plus élevés de l’énergie, les membres ont estimé qu’il était trop tôt pour évaluer l’incidence de ces risques sur les perspectives et la façon dont ils se matérialiseraient. Il a donc été convenu de maintenir le taux directeur inchangé à 2,25 %.

Le Conseil a souligné qu’il serait important de faire savoir aux Canadiennes et Canadiens qu’il regarderait au-delà de l’impact immédiat du choc des prix du pétrole sur l’inflation. Cela dit, il réagirait, au besoin, pour s’assurer que les hausses de prix ne se propagent pas à d’autres biens et services et ne se transforment pas en inflation persistante. Les membres ont reconnu disposer d’une certaine flexibilité parce que l’inflation était proche de la cible et que les mesures de l’inflation fondamentale semblaient indiquer que les pressions étaient limitées. Cela leur permettrait donc de prendre le temps de voir comment la guerre en Iran allait évoluer et ce que cela signifierait pour les perspectives.

En même temps, le Conseil a reconnu le besoin de s’appuyer plus que d’habitude sur son jugement et d’adopter une approche axée sur la gestion des risques dans la conduite de la politique monétaire. Les membres étaient d’accord pour n’écarter aucune option tout en surveillant de près le déroulement du conflit au Moyen-Orient, la politique commerciale des États-Unis et les nouvelles données. Le Conseil allait rester prêt à réagir au besoin, selon l’évolution des perspectives.

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