Conjoncture

Rapport sur la politique monétaire – Avril 2026 – Économie canadienne

On s’attend à ce que l’économie canadienne ait enregistré une croissance modeste au début de 2026. Après s’être maintenue près de 2 % pendant plus d’un an, l’inflation a augmenté en mars, sous l’effet de la guerre au Moyen-Orient qui a fait grimper les prix du pétrole. Elle devrait encore monter en avril.

L’économie continue de s’ajuster aux changements structurels. Les droits de douane américains et l’incertitude qui y est associée ont pesé sur les secteurs touchés, freinant les investissements et l’embauche. Certaines entreprises ont indiqué qu’elles diversifiaient leurs marchés d’exportation et reconfiguraient leurs chaînes d’approvisionnement. Parallèlement, l’intelligence artificielle (IA) entraîne plus d’automatisation et de numérisation.

On estime que l’activité économique a progressé modérément au premier trimestre de 2026. La croissance solide de la consommation et des dépenses publiques ainsi que l’effet stimulant des investissements en stocks ont été en partie contrebalancés par une chute de l’activité sur le marché du logement ainsi que des exportations.

L’inflation mesurée par l’indice des prix à la consommation (IPC) s’est accrue en mars en raison de la hausse des prix de l’essence, tandis que les mesures de l’inflation fondamentale sont demeurées près de 2 %.

La guerre au Moyen-Orient a des conséquences pour l’économie canadienne. La principale est la montée des prix des produits de base. Depuis le début de la guerre, les prix du pétrole ont monté en flèche. Bien que le Canada bénéficie de sa position d’exportateur net d’énergie, l’effet favorable sur la croissance devrait être limité. La hausse des prix de l’essence et des aliments pèse sur le pouvoir d’achat des ménages, et la demande étrangère pour les exportations canadiennes hors énergie va probablement s’affaiblir.

La guerre a également renforcé le climat général d’incertitude. Si les prix mondiaux du pétrole demeurent élevés plus longtemps que prévu dans le scénario de référence, des pressions plus généralisées sur les coûts pourraient se manifester, ce qui accroît le risque d’une inflation élevée persistante.

Activité économique

Le produit intérieur brut a augmenté de 1,7 % en 2025. La croissance a été inégale selon les composantes de la demande. La consommation et les dépenses publiques ont été solides. En revanche, les exportations et les investissements des entreprises se sont contractés dans le contexte des droits de douane américains et de l’incertitude entourant les politiques commerciales.

L’activité économique s’est repliée au dernier trimestre de 2025, surtout parce que les entreprises ont fortement puisé dans leurs stocks (graphique 1). La croissance de la demande intérieure finale a été vigoureuse, à 2,4 %, et les exportations ont été stimulées par les expéditions d’or.


La demande intérieure finale soutient la croissance au premier trimestre de 2026

Bien que l'économie ait amorcé le premier trimestre de 2026 en demi-teinte, les indicateurs récents sont plus positifs. Selon les estimations, l’économie a progressé d’environ 1,5 % au premier trimestre, ce qui correspond essentiellement aux attentes énoncées dans le Rapport de janvier. La croissance tient à la vigueur de la demande intérieure finale ainsi qu’à l’impulsion donnée par les investissements en stocks. Les exportations et le logement devraient freiner la croissance.

On estime que la croissance de la consommation est demeurée solide au premier trimestre de 2026, compte tenu des baisses de taux d’intérêt passées et des hausses antérieures des cours boursiers. Toutefois, la flambée des prix de l’essence a comprimé le budget des ménages à la fin du trimestre, ce qui a sans doute pesé sur les dépenses discrétionnaires – en particulier chez les ménages à faible revenu. La croissance des dépenses publiques reste soutenue, appuyée par les investissements provinciaux en infrastructures et les dépenses de défense du gouvernement fédéral. Les investissements des entreprises semblent avoir légèrement augmenté, bien que les intentions d’investissement demeurent faibles dans les secteurs touchés par les droits de douane.

On s’attend à ce que les investissements résidentiels se soient contractés au premier trimestre. Les conditions d’abordabilité difficiles et la récente décélération de la croissance démographique restreignent la demande et pèsent sur l’activité dans le secteur du logement. Les températures inhabituellement froides ont également ralenti l’activité de revente.

Selon les estimations, les exportations ont diminué en raison des effets persistants des droits de douane américains et d’un recul temporaire des expéditions de véhicules automobiles lié au réoutillage des usines (graphique 2). L’augmentation des expéditions de produits énergétiques et les exportations vers de nouveaux marchés apportent un certain contrepoids.


Pressions sur la capacité

L’écart de production estimé pour le premier trimestre de 2026 se situe entre -1,5 et -0,5 %, ce qui est conforme à l’estimation présentée dans le Rapport de janvier. Plusieurs indicateurs dénotent une certaine marge de capacités excédentaires sur le marché du travail (graphique 3).


La croissance de l’emploi a ralenti

La croissance de l’emploi a globalement ralenti depuis le début de 2025, et l’emploi s’est contracté dans les secteurs durement touchés par la hausse des droits de douane américains (graphique 4). L’expansion démographique s’est également modérée et le taux d’activité a fléchi. Le taux de chômage s’est ainsi maintenu dans une fourchette d’environ 6½ à 7 % au cours des 12 derniers mois.


Le taux d’activité a continué de baisser ces 12 derniers mois, principalement en raison du vieillissement de la population. La détente sur le marché du travail a aussi joué un rôle dans cette baisse, bien que dans une moindre mesure, la faiblesse des embauches et la diminution du nombre de postes vacants réduisant vraisemblablement les incitations à chercher un emploi.

La plupart des mesures de la croissance des salaires se situent entre 3 et 3½ %. Les résultats des enquêtes de la Banque indiquent également une progression des salaires légèrement supérieure à 3 %.

Inflation

L’inflation a ralenti pour atteindre 1,8 % en février, avant de monter à 2,4 % en mars sous l’effet de la flambée des prix de l’essence (graphique 5). Elle devrait encore monter en avril, pour atteindre environ 3 %. Les mesures de l’inflation fondamentale se sont atténuées : l’IPC-tronq et l’IPC-méd s’établissent respectivement à 2,2 % et 2,3 %. De plus, leurs taux annualisés sur trois mois sont de 2 % ou moins. La part des composantes de l’IPC affichant une croissance des prix supérieure à 3 % a diminué, mais demeure au-dessus de sa moyenne historique, principalement en raison d’une inflation élevée dans de nombreuses catégories d’aliments (graphique 6).


Depuis novembre, l’inflation a ralenti ou est demeurée relativement stable dans les principales composantes de l’IPC, à l’exception de l’énergie (graphique 7). Hormis le taux d’augmentation des loyers et de certaines composantes alimentaires, qui demeure élevé, l’inflation dans les autres composantes se situe près des normes historiques.


La guerre fait monter les prix du pétrole et les coûts de transport. Les prix plus élevés de l’essence, du diesel et du carburant d’aviation ont entraîné l’instauration de suppléments pour le carburant sur certains biens et services. La suspension temporaire de la taxe d’accise fédérale sur le carburant amortira une partie de cette augmentation. Les prix des engrais ont aussi augmenté, et des pénuries pourraient exercer des pressions à la hausse sur les prix des aliments au fil du temps. Les perturbations du transport pourraient accentuer davantage les pressions sur les coûts.

Les résultats de nos enquêtes montrent que les attentes d’inflation à court terme des entreprises ont augmenté en mars et en avril (graphique 8). Les attentes à long terme demeurent pour leur part bien ancrées.


Produits de base

Les prix du pétrole ont fortement augmenté depuis janvier en raison de la guerre au Moyen-Orient. La guerre s’est également répercutée sur les prix d’autres produits de base dont la région est productrice, comme le gaz naturel et l’aluminium.

Les prix du pétrole sont élevés et volatils

Les prix du Brent, représentés par le prix des contrats à terme à échéance rapprochée, tournent autour de 100 $ US le baril. C’est beaucoup plus que le prix de 60 $ US qui était postulé dans le Rapport de janvier (graphique 9). La montée des prix mondiaux s’explique par les lourdes restrictions des expéditions de pétrole passant par le détroit d’Ormuz et par les arrêts de la production qui en résultent. De plus, à cause des perturbations, il est devenu coûteux d’obtenir des barils physiques sur le marché au comptant. Cette situation a entraîné un bond encore plus marqué du prix du baril de Brent pour livraison immédiate. L’écart entre le prix au comptant du Brent et le prix du contrat à terme à échéance rapprochée s’est élargi pour dépasser 40 $ US le baril (graphique 10).


Dans le scénario de référence, on présume que les prix du Brent vont diminuer graduellement, passant de 90 $ US en moyenne au deuxième trimestre de 2026 à 75 $ US d’ici le milieu de 2027 (Hypothèses tarifaires et autres). Cela suppose une certaine normalisation de l’offre à mesure que les exportations de pétrole brut passant par le détroit d’Ormuz reprendront progressivement. Ce profil est essentiellement conforme à la courbe des contrats à terme pour le Brent. Toutefois, les perspectives concernant les prix du pétrole sont sujettes à un degré élevé d’incertitude et pourraient changer subitement selon la tournure des événements (Points de mire : La guerre au Moyen-Orient – Canaux de transmission et risques pour l’inflation).

Les prix du gaz naturel ont divergé à l’échelle mondiale

L’offre mondiale de gaz naturel liquéfié (GNL) a diminué à la suite de la mise à l’arrêt du terminal de GNL au Qatar et des fermetures répétées du détroit d’Ormuz. En conséquence, les prix du gaz naturel ont monté en flèche en Europe et en Asie (graphique 11).

En revanche, les prix du gaz naturel en Amérique du Nord ont baissé en raison de l’abondance de la production intérieure et des capacités limitées d’exportation de GNL, qui réduisent l’exposition aux pressions sur les prix mondiaux.


Les prix des produits de base non énergétiques n’ont pratiquement pas changé

L’indice des prix des produits de base non énergétiques de la Banque est essentiellement inchangé par rapport à celui publié en janvier. Les prix des métaux communs avaient augmenté d’environ 15 % en 2025 en raison des perturbations de l’approvisionnement dans plusieurs mines et des investissements mondiaux importants dans les infrastructures, notamment l’IA et les technologies vertes. Ils ont peu changé depuis la parution du Rapport de janvier. Une exception notable, toutefois, est le prix de l’aluminium, qui a augmenté d’environ 10 % à cause des perturbations de l’approvisionnement au Moyen-Orient. Parallèlement, les prix des métaux précieux, dont l’or, ont partiellement renversé leurs fortes hausses passées (graphique 12).

L’impact de la guerre au Moyen-Orient sur les prix des produits de base agricoles a été limité jusqu’à présent. La région du Golfe représente environ 30 % des exportations mondiales d’urée, un engrais largement utilisé. Les prix des engrais ont considérablement augmenté depuis le début de la guerre en raison des perturbations du transport maritime et de la hausse des prix du gaz naturel, un intrant essentiel à la production. Si la situation persiste, ces évolutions pourraient raviver les pressions à la hausse sur les prix agricoles plus tard dans l’année.


Conditions financières

Les marchés tablent sur une hausse des taux directeurs de la part des grandes banques centrales, reflétant les risques d’inflation accrus découlant de la guerre au Moyen-Orient. Cela a favorisé une hausse des rendements obligataires mondiaux (graphique 13, figure a). Les marchés boursiers mondiaux ont chuté de près de 10 % au début de la guerre, mais la plupart se sont redressés complètement à la suite des annonces de cessez-le-feu (graphique 13, figure b). Les écarts de crédit se sont un peu creusés depuis la parution du Rapport de janvier.

Le dollar américain s’est apprécié par rapport à la plupart des grandes monnaies depuis janvier, renversant l’affaiblissement qu’il avait connu plus tôt au début de 2026. Le dollar canadien a généralement tourné autour de 73 cents américains.

Graphique 13 : Les rendements obligataires et les indices boursiers canadiens et américains ont augmenté depuis la parution du Rapport de janvier

Données quotidiennes

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