Rapport sur la politique monétaire – Avril 2026 – Annexe
Le protectionnisme américain devrait freiner la productivité du travail, et la croissance démographique devrait rester faible. On s’attend à ce que la croissance de la production potentielle canadienne s’affaiblisse en 2026, puis se redresse en 2027 et 2028 avec la reprise des investissements et les gains de productivité liés à l’intelligence artificielle.
Malgré une légère révision à la baisse de la croissance de la production potentielle sur la période de projection, le niveau estimé de la production potentielle canadienne a été revu à la hausse1. Cela tient en grande partie à une révision à la hausse des estimations historiques de la productivité tendancielle du travail2. La fourchette estimative du taux neutre est, quant à elle, inchangée3.
Production potentielle canadienne
La production potentielle correspond au niveau durable d’activité économique le plus élevé qui est compatible avec une inflation à la cible de 2 %.
La Banque s’attend à ce que la croissance de la production potentielle s’établisse en moyenne à 1,2 % en 2026, avant de se redresser modérément pour atteindre 1,3 % en 2027 puis 1,5 % en 2028 (tableau A-1 et graphique A-1).
| Part du PIB mondial* (en pourcentage) | 2025 | 2026 | 2027 | 2028 | |
|---|---|---|---|---|---|
| Canada | 1 | 2,3 (1,8) |
1,2 (1,3) |
1,3 (1,4) |
1,5 (1,7) |
| États-Unis | 15 | 2,4 (2,4) |
2,3 (2,3) |
2,4 (2,2) |
2,4 (2,2) |
| Zone euro | 12 | 1,1 (1,1) |
1,2 (1,0) |
1,2 (1,0) |
1,2 (1,0) |
| Chine | 19 | 4,5 (4,4) |
4,3 (4,2) |
4,3 (4,0) |
4,2 (3,9) |
| Monde | 100 | 3,2 (3,0) |
3,1 (3,0) |
3,1 (2,9) |
3,1 (2,9) |
* La part de chaque pays ou groupe de pays est calculée d’après les estimations du Fonds monétaire international concernant les produits intérieurs bruts (PIB) mesurés en parité des pouvoirs d’achat pour 2024, publiées en octobre 2025 dans les Perspectives de l’économie mondiale.
Nota : Les chiffres entre parenthèses sont basés sur le scénario 1 du Rapport d’avril 2025, qui sert de ronde de contrôle. Il intègre les effets de l’incertitude élevée entourant les politiques commerciales sur les investissements, ainsi que ceux des taux tarifaires sur l’acier et l’aluminium, plus faibles que les taux actuels, et des contre-mesures tarifaires. En revanche, le scénario 2 supposait des droits de douane généralisés entraînant des répercussions beaucoup plus importantes sur la productivité totale des facteurs tendancielle. Le scénario 1 est le scénario de contrôle le plus approprié, puisque l’hypothèse de droits de douane généralisés du scénario 2 ne s’est pas matérialisée. Pour en savoir plus sur l’évaluation de 2025, voir S. Boulanger, R. Dastagir, D. de Munnik, E. Ekanayake, K. Mo, W. Muiruri, F. Noor, S. Obaid et L. Poirier, « Évaluation de la croissance de la production potentielle mondiale : avril 2025 », note analytique du personnel de la Banque du Canada 2025-15 (juin 2025).
Source : calculs, estimations et projections de la Banque du Canada
Le facteur travail tendanciel devrait demeurer stable sur l’horizon de projection, en raison de la croissance démographique modérée et du vieillissement de la population. Les cibles d’immigration réduites et les mesures visant à diminuer le nombre de résidents non permanents devraient limiter la croissance démographique, tandis que le vieillissement de la population devrait entraîner une légère baisse de la tendance du taux d’activité.
Durant la période de projection, la croissance de la productivité tendancielle du travail devrait avoisiner 1,4 % en moyenne, portée à la fois par l’approfondissement du capital et les avancées technologiques, dont celles liées à l’adoption de l’intelligence artificielle (IA). L’IA devrait ainsi faire augmenter la croissance annuelle de la production potentielle de 0,2 point de pourcentage en moyenne sur l’horizon de projection.
Les droits de douane américains devraient peser sur la croissance de la productivité tendancielle. Par exemple :
- La main-d’œuvre et les capitaux pourraient se déplacer des secteurs touchés par les droits de douane vers d’autres secteurs moins productifs, nécessitant potentiellement une période d’adaptation pour la main-d’œuvre.
- Les investissements pourraient diminuer considérablement dans les secteurs touchés par la situation tarifaire.
Certains de ces effets devraient s’atténuer au fil du temps, à mesure que la main-d’œuvre acquerra de nouvelles compétences et que les entreprises développeront de nouveaux marchés et produits. Dans l’ensemble, la production potentielle canadienne devrait se situer à un niveau plus faible que ce qu’on aurait observé en l’absence de droits de douane. Certains secteurs devraient enregistrer une contraction, et d’autres, une expansion à long terme.
La productivité tendancielle du travail pourrait s’avérer supérieure ou inférieure aux projections. D’un côté, les entreprises pourraient mieux s’adapter au nouvel environnement commercial ou adopter l’IA plus rapidement que prévu. D’un autre côté, les séquelles sur le marché du travail pourraient être plus marquées qu’escompté.
Le niveau actuel de la production potentielle est supérieur à la fourchette estimée dans le Rapport d’avril 2025 (tableau A-2). Les révisions à la hausse des données historiques du produit intérieur brut (PIB) canadien et du stock de capital, combinées à l’effet positif anticipé de l’IA, semblent indiquer une vigueur légèrement plus forte de la productivité tendancielle du travail.
| 2025 | 2026 | 2027 | 2028 | |
|---|---|---|---|---|
| Croissance annuelle | 2,3 (1,8) |
1,2 (1,3) |
1,3 (1,4) |
1,5 (1,7) |
| Croissance du facteur travail tendanciel | 1,3 (0,7) |
-0,3 (0,2) |
0,0 (0,2) |
0,1 (0,6) |
| Croissance de la productivité tendancielle du travail | 1,0 (1,2) |
1,5 (1,2) |
1,3 (1,2) |
1,5 (1,1) |
| Révisions du niveau de la production potentielle (en pourcentage) | 1,4 | 1,3 | 1,2 | 1,0 |
Nota : Les chiffres entre parenthèses sont basés sur le scénario 1 du Rapport d’avril 2025, qui sert de ronde de contrôle. Il intègre les effets de l’incertitude élevée entourant les politiques commerciales sur les investissements, ainsi que ceux des taux tarifaires sur l’acier et l’aluminium, plus faibles que les taux actuels, et des contre-mesures tarifaires. En revanche, le scénario 2 supposait des droits de douane généralisés entraînant des répercussions beaucoup plus importantes sur la productivité totale des facteurs tendancielle. Le scénario 1 est le scénario de contrôle le plus approprié, puisque l’hypothèse de droits de douane généralisés du scénario 2 ne s’est pas matérialisée. Pour en savoir plus sur l’évaluation de 2025, voir S. Abraham, D. Brouillette, A. Chernoff, C. Hajzler, S. Houle, M. Kim et T. Taskin, « La production potentielle au Canada : évaluation de 2025 », note analytique du personnel de la Banque du Canada 2025-14 (juin 2025).
Source : calculs, estimations et projections de la Banque du Canada
Production potentielle mondiale
La croissance de la production potentielle mondiale devrait rester globalement stable durant la période de projection, soit légèrement au-dessus de 3 % (graphique A-2). L’IA devrait stimuler la productivité, tant dans les économies avancées que dans les économies en développement. Par ailleurs, l’essor des investissements liés à l’IA devrait apporter un soutien supplémentaire à la croissance aux États-Unis. À l’inverse, le vieillissement de la population dans les grandes économies et les droits de douane américains élevés continueront vraisemblablement de faire souffler de puissants vents contraires à l’échelle mondiale.
La croissance de la production potentielle mondiale a été révisée à la hausse d’environ 0,2 point de pourcentage par an sur la période 2026-2028, par rapport au scénario 1 du Rapport d’avril 2025 (tableau A-1). Cette révision tient au fait que les gains tirés de l’IA font plus que compenser l’effet modérateur des droits de douane.
- Aux États-Unis, la croissance de la production potentielle se maintient autour de 2,4 %, dynamisée par l’approfondissement du capital lié à l’IA et l’adoption généralisée de cette technologie. Cet effet est toutefois en partie compensé par le ralentissement du facteur travail tendanciel, attribuable aux politiques d’immigration plus strictes et au vieillissement de la population. La hausse des droits de douane américains devrait également freiner légèrement la croissance de la productivité.
- En Chine, la croissance de la production potentielle devrait fléchir progressivement au cours de la période de projection. On s’attend à ce que la productivité tendancielle s’améliore peu à peu, soutenue par l’adoption de l’IA. En revanche, le facteur travail tendanciel devrait poursuivre son recul de pair avec le vieillissement de la population.
- Dans la zone euro, la croissance de la production potentielle devrait se maintenir près de 1,2 % sur l’horizon de projection. L’utilisation accrue de l’IA devrait stimuler la productivité. Comme dans les autres grandes économies, le vieillissement de la population devrait atténuer en partie ces gains.
Les perspectives entourant la production potentielle mondiale sont sujettes à des risques à la hausse et à la baisse, parmi lesquels figurent ceux-ci :
- Les conflits géopolitiques, comme la guerre au Moyen-Orient, pourraient accentuer les pénuries d’énergie et d’autres intrants.
- Une hausse des investissements dans les secteurs de l’énergie ou de la défense pourrait faire augmenter la croissance de la production potentielle.
Taux neutre
Le taux neutre désigne le niveau auquel le taux directeur devrait s’établir à long terme, une fois que la production a atteint durablement son niveau potentiel et que l’inflation est à la cible, et après dissipation des effets de tous les chocs cycliques.
Le Canada étant une petite économie ouverte, son taux neutre est influencé par le taux neutre mondial. Comme variable d’approximation de ce dernier, la Banque se sert du taux neutre des États-Unis, qu’elle estime dans une fourchette de 2,5 à 3,5 %, soit légèrement supérieure à celle de 2,25 à 3,25 % présentée dans le Rapport d’avril 2025. Cette révision à la hausse s’explique principalement par les gains de productivité aux États-Unis découlant des investissements dans l’IA et de l’adoption de cette technologie. Ces gains ne sont que partiellement atténués par la révision à la baisse de la croissance démographique.
Comme dans le Rapport d’avril 2025, la Banque estime que le taux nominal neutre au Canada se situe dans une fourchette de 2,25 à 3,25 %. Dans l’ensemble, les évolutions observées depuis se compensent :
- Les pressions haussières tiennent à deux facteurs. Le premier facteur a trait aux répercussions liées à un taux neutre américain plus élevé. Le second facteur est lié à la légère hausse de la croissance de la productivité tendancielle du travail; celle-ci est attribuable aux révisions à la hausse des données historiques du PIB canadien et du stock de capital et à l’effet positif anticipé de l’adoption de l’IA.
- Les pressions baissières découlent de la croissance démographique à long terme plus lente que prévu.
Globalement, les risques pesant sur le taux neutre du Canada sont considérés comme équilibrés. D’un côté, les droits de douane américains pourraient faire baisser la demande d’actifs canadiens sur les marchés financiers américains, ce qui exigerait un taux neutre plus élevé pour attirer des investisseurs d’ailleurs. De l’autre, une incertitude commerciale accrue pourrait inciter les entreprises et les ménages canadiens à épargner davantage par précaution, ce qui exercerait des pressions à la baisse sur le taux neutre.
Notes
- 1. Pour en savoir plus, voir A. Chernoff, C. Hajzler, S. Houle, G. Ruggero, O. Senyuta, K. Sohal, W. Steingress et T. Taskin, « La production potentielle au Canada : évaluation de 2026 », document analytique du personnel de la Banque du Canada (à paraître).[←]
- 2. Le produit intérieur brut a aussi été revu à la hausse.[←]
- 3. Pour en savoir plus, voir F. Alves, W. Beaudoin, H. Desgagnés, W. Dong, J. D. Schneider, A. Toktamyssov, E. Trostin et H. Twieling, « Évaluation des taux neutres aux États-Unis et au Canada : mise à jour de 2026 », document analytique du personnel de la Banque du Canada (à paraître).[←]