
Les ménages canadiens remboursent habituellement leur prêt hypothécaire à temps. Mais certains prennent du retard dans leurs versements. Avant d’en arriver là, ils utilisent souvent davantage leurs cartes et marges de crédit, puis ne les remboursent plus à temps.
Pour beaucoup de Canadiennes et Canadiens, le prêt hypothécaire fait partie des plus grands engagements financiers d’une vie. La plupart arrivent à faire leurs versements à temps, mais ce n’est pas toujours le cas.
En général, le remboursement d’un prêt hypothécaire est une priorité pour les ménages. La plupart des propriétaires le savent bien : le fait de manquer des versements peut leur faire perdre leur logement et nuire à leur accès au crédit dans l’avenir. Comme les conséquences d’un défaut de paiement sur une carte de crédit ou d’autres dettes sont généralement moins graves, les ménages accordent souvent moins d’importance au remboursement de ces dettes.
Lorsque les propriétaires manquent un versement hypothécaire, c’est souvent après avoir manqué des paiements sur leurs cartes de crédit, prêts automobiles et autres produits de crédit. Nous nous sommes donc demandé si des tendances précises se dégageaient du recours au crédit avant un défaut hypothécaire.
Pour répondre à cette question, nous utilisons des données anonymisées de TransUnion Canada, une des deux grandes agences d’évaluation du crédit au pays. Plus précisément, nous avons analysé les antécédents de crédit de 9 millions de personnes qui détenaient un prêt hypothécaire entre 2015 et 2024. De ce nombre, près de 450 000 ont manqué un versement hypothécaire à un moment donné pendant ces dix années. Comme nous le soulignons dans notre document analytique du personnel, nous constatons que l’utilisation du crédit à la consommation par les titulaires de prêts hypothécaires évoluait de façon similaire au cours des deux années précédant le défaut de paiement d’un prêt hypothécaire (figure 1).
Première étape : Les ménages ont de plus en plus recours au crédit à la consommation
Environ deux ans avant de manquer un versement hypothécaire, les ménages tendent à intensifier leur utilisation de certains produits de crédit à la consommation, comme les cartes et les marges de crédit.
Le graphique 1 montre les taux d’utilisation de ces produits, qu’on calcule en divisant le solde dû par la limite de crédit autorisée. Ce taux commence à augmenter environ 24 mois avant que les ménages manquent un versement hypothécaire. Cela donne à penser qu’à peu près à ce moment, les ménages commencent à ressentir une pression financière croissante. Ils se tournent donc davantage vers leur crédit inutilisé pour couvrir leurs obligations financières – comme les assurances et les factures de services publics – et leurs dépenses courantes.
Ces résultats appuient les recherches antérieures qui révélaient que l’endettement par carte de crédit était un indicateur utile pour prédire si un ménage subirait des tensions financières.
Deuxième étape : Les ménages prennent du retard dans leurs paiements de crédit à la consommation
Entre un et deux ans avant de prendre du retard dans leurs versements hypothécaires, certains ménages commencent à manquer des paiements sur leurs produits de crédit à la consommation, en particulier les cartes de crédit (graphique 2). Ainsi, le crédit à la consommation donne souvent le premier indice de la difficulté d’un ménage à gérer ses obligations financières.
Troisième étape : Les ménages comptent encore plus sur le crédit à la consommation six mois avant de manquer un versement hypothécaire
Six mois avant qu’un ménage manque un versement hypothécaire, les comportements décrits ci-dessus deviennent plus prononcés. Les ménages utilisent de plus en plus leurs cartes et marges de crédit et n’arrivent plus à les rembourser à temps (graphiques 1 et 2). C’est un signe que leur situation financière est plus tendue et qu’ils pourraient être sur le point de manquer un versement hypothécaire.
L’utilité de ces résultats pour surveiller la santé financière des ménages
Les tendances du crédit à la consommation peuvent fournir à la Banque du Canada et aux institutions financières des signes de tensions financières avant qu’un ménage manque un versement hypothécaire. Ces signes avant-coureurs sont importants : sans eux, la détresse financière des ménages peut entraîner des pertes de crédit pour les banques. Si elles se généralisent, ces pertes à grande échelle peuvent déstabiliser le secteur bancaire, puisque les prêts hypothécaires constituent à la fois le principal passif des ménages et le principal actif des banques.
Le site Web de la Banque fournit maintenant de l’information sur plusieurs indicateurs dont il est question dans cet article, y compris des précisions sur l’utilisation des cartes de crédit. Pour voir les données, consultez notre page sur les indicateurs de stabilité financière.
Avis de non-responsabilité
Les articles de Sparks et Bank traitent d’enjeux touchant l’économie et les politiques des banques centrales. Ils sont produits en toute indépendance du Conseil de direction de la Banque du Canada. Les opinions exprimées dans chaque article sont celles des autrices et auteurs uniquement, et ne reflètent pas nécessairement le point de vue officiel de la Banque.Pour en savoir plus
DOI : https://doi.org/10.34989/saba-7
