Le Canada et les États-Unis ont tous deux profité du libre-échange pendant des décennies. Mais les droits de douane américains ont considérablement changé la relation entre les deux pays, et la population canadienne a réagi. Notre étude explore l’élan de solidarité en faveur de l’achat canadien un an plus tard, particulièrement son effet sur les habitudes de voyage et les dépenses en épicerie.

Depuis le début des tensions commerciales avec les États-Unis, la solidarité envers l’achat canadien ressort souvent dans des anecdotes et des réponses aux enquêtes sur les habitudes des consommateurs. Mais ce sentiment se reflète-t-il dans les données sur les dépenses?

En un mot, oui. Dans notre étude, nous examinons deux ensembles de données – un sur les habitudes de voyage et l’autre sur les dépenses d’épicerie. Nous constatons que les Canadiennes et Canadiens ont dépensé davantage pour des voyages au pays et des produits d’épicerie d’entreprises canadiennes, et moins pour des produits et services américains similaires.

Les habitudes de voyage ont beaucoup changé

Pour suivre les effets du mouvement « Achetez canadien », nous examinons notamment les données sur les voyages et le tourisme. Vu leur proximité géographique, les États-Unis sont depuis toujours l’une des destinations de voyage les plus prisées. Toutefois, depuis le début des tensions commerciales, les déplacements vers les États-Unis ont nettement diminué, en particulier ceux effectués par voie terrestre (graphique 1).



Les déplacements vers les États-Unis ont diminué de presque 10 millions en 2025 par rapport à 2024, ce qui représente un recul de 25 %. Plus précisément, les voyages par voie terrestre ont diminué de 8,4 millions, et ceux par voie aérienne, de 1,2 million – des réductions de 30 et de 12 % respectivement. Ce sont les plus fortes baisses en pourcentage sur un an enregistrées, sauf lors de la pandémie de COVID‑19, lorsque les déplacements transfrontaliers étaient pratiquement à l’arrêt.

Les gens ont plutôt opté pour des voyages au Canada et ailleurs qu’aux États-Unis. Les données de Statistique Canada montrent que, au cours des trois premiers trimestres de 2025 par rapport à la même période en 2024, les déplacements au pays ont augmenté de 4 %, et les dépenses en voyages et en activités touristiques, d’environ 10 %. Les voyages et les dépenses connexes au pays ont notamment bondi au deuxième trimestre de 2025 – de 11 et de 15 % sur un an, respectivement – alors que le mouvement « Achetez canadien » gagnait en vigueur.

Les produits canadiens ont la cote à l’épicerie

S’il est relativement simple de mesurer les changements dans les habitudes de voyage, ce l’est moins de déterminer si les consommateurs se tournent davantage vers les produits canadiens. Les informations dont nous disposons proviennent en grande partie des consommateurs eux-mêmes ou des détaillants plutôt que de données réelles sur les dépenses, lesquelles sont plus difficiles à trouver.

Pour combler cette lacune, nous utilisons des données détaillées sur les transactions provenant du groupe-témoin de consommateurs NielsenIQ Homescan. Chaque mois, environ 10 000 ménages canadiens faisant partie de ce groupe-témoin consignent leurs achats en balayant les codes-barres des articles achetés, généralement à leur retour du magasin. Les aliments représentent les trois quarts de toutes les dépenses figurant dans cet ensemble de données.

Nous prenons les codes-barres de l’ensemble de données et les relions à une base de données tenue par GS1, le registre mondial officiel des codes de produits. Les données de GS1 indiquent le pays où le produit a été homologué, pas nécessairement le pays où il a été fabriqué. Reconnaissant cette limite, nous utilisons le pays d’homologation comme moyen pratique (bien qu’imparfait) pour déduire l’origine de chaque produit. Nous classons ensuite les produits en trois groupes en fonction du pays : le Canada, les États-Unis et le reste du monde.

Nos résultats montrent que les ménages ont en effet délaissé les produits alimentaires américains au profit des produits canadiens. Le changement est modeste, mais clairement visible. En mars 2025, alors que les tensions commerciales s’intensifiaient, la part des produits canadiens dans les dépenses alimentaires a augmenté d’environ 2 points de pourcentage par rapport à janvier, tandis que celle des produits américains a connu une baisse d’ampleur comparable (graphique 2). Et cette tendance amorcée en mars n’a pas été de courte durée : elle a persisté tout l’été.



Le recul de la part produits américains achetés était plus prononcé dans certaines catégories, en particulier le café et les jus de fruits. Cela dit, il est important de noter que les changements dans les habitudes de consommation pourraient aussi refléter les effets des contre-mesures tarifaires imposées par le Canada sur certains produits alimentaires américains, comme le jus d’orange. Ces contre-mesures, qui ont engendré des hausses de prix, pourraient avoir incité les consommateurs à chercher des options moins coûteuses.

Dans les catégories hors aliments, où les substituts canadiens sont souvent plus difficiles à trouver, nous n’observons aucun changement comparable dans les habitudes de consommation.

Le mouvement « Achetez canadien » demeure fort

Selon la dernière enquête sur les attentes des consommateurs au Canada menée par la Banque du Canada, les répondants ont continué à privilégier fortement les biens et services canadiens au quatrième trimestre de 2025 (graphique 3). Par exemple, plus du tiers ont dit avoir l’intention d’accroître leurs dépenses consacrées aux voyages au pays, et près de la moitié ont indiqué prévoir réduire leurs dépenses pour des voyages à destination des États-Unis.



Les tensions commerciales avec les États-Unis provoquent des changements structurels dans l’économie canadienne. Les chaînes d’approvisionnement mondiales et les chaînes de production nationales sont en cours de reconfiguration, et les exportateurs créent de nouveaux partenariats. Si les consommateurs canadiens continuent à privilégier les biens et services canadiens aux dépens de l’offre américaine, cette réorientation des dépenses pourrait influer non seulement sur la composition du produit intérieur brut du Canada, mais aussi sur les pressions inflationnistes. Ce sont de bonnes raisons de surveiller les habitudes de consommation pour comprendre comment le mouvement « Achetez canadien » pourrait continuer d’influencer l’économie.


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DOI : https://doi.org/10.34989/saba-6