Rapport sur la politique monétaire – Déclaration préliminaire à la conférence de presse
Bonjour. Je suis ravi d’être ici avec la première sous-gouverneure Carolyn Rogers pour parler de notre décision de politique monétaire.
Aujourd’hui, le Conseil de direction a maintenu le taux directeur à 2,25 %.
Notre prévision pour la croissance économique et l’inflation au Canada n’a pas beaucoup changé depuis notre projection d’octobre. Alors que l’économie canadienne continue de s’ajuster aux restrictions commerciales américaines, nous nous attendons à une croissance modeste du PIB et à ce que l’inflation reste près de la cible de 2 %.
Mais une incertitude accrue pèse sur notre prévision et l’éventail des issues possibles est plus large que d’habitude. La politique commerciale des États-Unis reste imprévisible et les risques géopolitiques sont élevés.
Nos décisions de politique monétaire visent à maintenir l’inflation près de la cible de 2 % tout en aidant l’économie à traverser cette période de changement structurel. Le Conseil de direction estime que le taux directeur actuel demeure approprié, à condition que l’économie évolue de manière généralement conforme aux perspectives publiées aujourd’hui. Compte tenu de l’incertitude accrue, nous surveillons les risques de près. Si les perspectives changent, nous sommes prêts à réagir.
Je vais vous parler de ce que nous avons observé dans l’économie depuis la publication du Rapport sur la politique monétaire d’octobre et de ce que nous prévoyons.
Les droits de douane et l’incertitude perturbent encore l’économie canadienne. Après un solide troisième trimestre, la croissance a vraisemblablement stagné au quatrième trimestre. Les exportations continuent d’être ébranlées par les droits de douane américains, alors que la demande intérieure semble être en train de se redresser.
Les dépenses des ménages devraient encore afficher une croissance modérée, soutenues par les baisses passées de taux d’intérêt et le revenu disponible qui augmente.
Les droits de douane américains et l’incertitude connexe ont freiné les investissements des entreprises. Nous nous attendons tout de même à un modeste raffermissement des investissements à mesure que les entreprises s’ajusteront au nouveau contexte commercial et que les gouvernements augmenteront les dépenses en infrastructures.
L’incidence des droits de douane américains est également visible sur le marché du travail. L’emploi s’est affaibli durant la première moitié de 2025, les secteurs durement touchés par les droits de douane ayant réduit leur production et supprimé des emplois. Au cours des derniers mois, le nombre global d’emplois a augmenté, sous l’effet des embauches dans le secteur des services, comme la santé, et le ralentissement de la croissance démographique réduit le nombre de nouvelles personnes qui entrent sur le marché du travail. Le taux de chômage reste néanmoins élevé, à 6,8 %. Le chômage chez les jeunes est particulièrement haut et relativement peu d’entreprises disent avoir l’intention d’accroître leur main-d’œuvre au cours des prochains mois.
Dans l’ensemble, la croissance économique devrait se redresser graduellement. La Banque du Canada prévoit une croissance annuelle moyenne du PIB de 1,1 % en 2026 et de 1,5 % en 2027, ce qui est généralement conforme à notre projection d’octobre.
En ce qui concerne l’inflation, elle s’est établie à 2,1 % en moyenne l’an passé et se situe dans la fourchette de 1 à 3 % depuis maintenant deux ans. Pour ce qui est des récents mouvements, l’inflation mesurée par l’indice des prix à la consommation (IPC) s’est accrue pour atteindre 2,4 % en décembre, stimulée par les effets de glissement annuel liés au congé de TPS/TVH accordé l’hiver dernier. Les mesures de l’inflation fondamentale privilégiées par la Banque ont baissé, passant de 3 % en octobre à environ 2½ % en décembre. La Banque s’attend à ce que l’inflation mesurée par l’IPC reste près de la cible de 2 % durant la période de projection, les pressions sur les coûts liées aux droits de douane étant compensées par l’offre excédentaire.
L’incertitude entourant ces perspectives est inhabituellement élevée.
Les risques géopolitiques sont considérables et la révision à venir de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique représente un risque important pour les perspectives.
Il est également trop tôt pour déterminer comment l’économie canadienne va s’ajuster aux droits de douane actuels et à l’incertitude qui subsiste. D’un côté, la transition vers le nouveau contexte commercial pourrait être moins difficile qu’on s’y attend, étant donné la plus grande vigueur des dépenses des entreprises et des ménages. De l’autre, le marché du travail pourrait continuer à s’affaiblir à mesure que les effets de la réorganisation du commerce s’approfondissent, ce qui ferait baisser les dépenses des ménages. Les conditions financières pourraient aussi se resserrer si la volatilité réapparaît sur les marchés.
En tenant compte à la fois de notre prévision de référence et des risques, le Conseil de direction a discuté de la trajectoire future de la politique monétaire. Même si le Conseil estime que le taux directeur actuel est approprié sur la base de nos perspectives, le consensus a été que l’incertitude élevée fait qu’il est difficile de prédire le moment ou la direction du prochain changement de taux.
Permettez-moi de conclure. L’économie canadienne s’ajuste aux vents contraires de nature structurelle liés au protectionnisme américain. Les entreprises réorganisent les chaînes d’approvisionnement et investissent dans de nouveaux marchés. Nous nous attendons aussi à une certaine réaffectation des capitaux et de la main-d’œuvre à mesure que de nouvelles possibilités s’ouvriront. Cette restructuration – qui comprend une plus grande diversification des échanges et une meilleure intégration des marchés internes – favorisera une certaine relance de notre capacité de production. Mais de tels changements prennent du temps.
La politique monétaire ne peut pas compenser les dommages structurels causés par les droits de douane ni cibler les secteurs de l’économie durement touchés. Mais elle peut apporter un soutien en aidant l’économie à traverser cette période de changement structurel, tout en maintenant l’inflation près de la cible de 2 %.
La Banque s’engage à préserver la confiance des Canadiennes et Canadiens dans la stabilité des prix pendant cette période de bouleversements mondiaux.
Sur ce, la première sous-gouverneure et moi répondrons avec plaisir à vos questions.