Perspectives

Rapport sur la politique monétaire – Avril 2026 – Économie canadienne

L’économie canadienne continue de s’ajuster aux droits de douane américains et à l’incertitude commerciale, et l’activité économique suit une trajectoire plus basse qu’avant l’imposition de ces droits. La guerre au Moyen-Orient influe aussi sur les perspectives. L’inflation devrait augmenter à court terme, puis redescendre aux environs de 2 % au début de 2027, tandis que la croissance économique devrait rester modeste.

Les droits de douane américains et l’incertitude quant à l’avenir de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) sont les principaux facteurs influant sur les perspectives pour le Canada. On s’attend à ce que les droits de douane américains actuels restent en place et aient un effet négatif persistant sur l’activité économique.

Les répercussions de la guerre au Moyen-Orient sur l’inflation et l’activité économique dépendront de la durée et de la gravité du conflit. Cette guerre devrait faire monter l’inflation en 2026, surtout en raison des prix plus élevés du pétrole.

Les effets positifs et négatifs des prix plus élevés du pétrole sur l’activité économique canadienne devraient se contrebalancer en grande partie. D’une part, en tant qu’exportateur net d’énergie, le Canada devrait profiter de retombées. Ses recettes d’exportation devraient augmenter grâce aux entrées de fonds plus importantes pour l’achat de pétrole canadien. Une plus grande rentabilité pourrait également amener les producteurs de pétrole à accroître leurs investissements et à embaucher plus de main-d’œuvre, ce qui engendrerait des retombées positives sur les industries fournisseuses du secteur pétrolier. Les sociétés du secteur de l’énergie verseraient des dividendes aux investisseurs canadiens, et les gouvernements recevraient davantage de recettes fiscales et de redevances

D’autre part, les prix plus élevés du pétrole risquent de réduire le pouvoir d’achat des ménages qui, en raison de la hausse des prix de l’essence, auraient alors moins d’argent pour leurs autres dépenses. Certains ménages et certaines entreprises s’en tireraient mieux que d’autres. De façon générale, le Canada devrait s’en sortir mieux que beaucoup d’autres pays étant donné son statut d’exportateur net d’énergie.

Les perspectives d’inflation et de croissance économique sont très incertaines. Elles sont tributaires de l’issue des négociations de l’ACEUM et de l’évolution de la guerre au Moyen-Orient.

La croissance de la production potentielle devrait ralentir en 2026, compte tenu de l’ajustement structurel de l’économie canadienne causé par les droits de douane américains. Elle devrait ensuite se redresser en 2027, à mesure que l’économie continuera de s’adapter au nouveau régime commercial. On s’attend par ailleurs à des gains de productivité résultant de l’adoption de technologies d’intelligence artificielle par les entreprises. La croissance démographique devrait rester modérée, mais augmenter lentement durant la période de projection (Annexe : Production potentielle et taux d’intérêt nominal neutre).

Perspectives économiques

La croissance du produit intérieur brut (PIB) devrait passer de 1,2 % en 2026 à 1,6 % en 2027, puis à 1,7 % en 2028 (graphique 15). Comme la croissance prévue du PIB est légèrement plus forte que celle de la production potentielle, l’offre excédentaire devrait se résorber peu à peu. Les perspectives reposent sur l’hypothèse que le prix du Brent passera graduellement d’environ 90 $ US au deuxième trimestre de 2026 à 75 $ US d’ici le milieu de 2027 et qu’il restera à ce niveau, ce qui correspond à la plus récente courbe des contrats à terme (Hypothèses tarifaires et autres).

Le présent rapport comporte aussi un scénario indicatif de maintien durable des prix du pétrole à un niveau élevé, afin d’en montrer les effets possibles sur l’économie canadienne (Point de mire : La guerre au Moyen‑Orient – Canaux de transmission et risques pour l’inflation).


La croissance des exportations devrait reprendre

Durant la période de projection, les exportations devraient croître à un rythme modeste, mais selon une trajectoire plus basse qu’avant l’imposition des droits de douane américains. On s’attend à ce que la croissance des exportations de produits de base non énergétiques augmente lentement. Les exportations de pétrole devraient remonter, ce qui aurait toutefois un effet limité, puisqu’on présume que la flambée des prix du pétrole sera en grande partie temporaire.

Les exportations hors produits de base devraient rebondir, les entreprises continuant de s’adapter peu à peu au nouveau contexte commercial (graphique 16). Dans le cadre de la plus récente enquête de la Banque sur les perspectives des entreprises, par rapport aux trimestres précédents, moins d’exportateurs ont indiqué avoir des réserves à entrer sur le marché américain. Moins d’exportateurs ont par ailleurs mentionné que les clients américains hésitaient à faire appel à des fournisseurs canadiens. Le dollar canadien est resté généralement stable depuis le début de la guerre, alors qu’il avait tendance à s’apprécier par le passé quand les prix du pétrole montaient. Un dollar canadien pratiquement inchangé a contribué à préserver la compétitivité des exportations hors produits de base et à faire que les consommateurs sentent plus directement l’effet des prix plus élevés du pétrole1.

La croissance des importations devrait augmenter durant la période de projection, portée par le raffermissement de la demande intérieure et la reprise de la croissance des exportations.


La croissance des investissements devrait s’intensifier

À mesure que les entreprises continueront de s’adapter au nouveau contexte commercial, les investissements devraient se redresser. La plus récente enquête sur les perspectives des entreprises fait état d’une amélioration des intentions d’investissement, compte tenu de la vigueur attendue de la demande intérieure. Les programmes ciblés du gouvernement fédéral favorisent aussi les investissements2. On prévoit en outre une hausse des dépenses publiques en infrastructures.

Dans l’ensemble, la Banque s’attend à ce que la guerre au Moyen‑Orient stimule légèrement la croissance des investissements dans le secteur pétrolier. Elle suppose toutefois que ce sera en grande partie temporaire, car les prix du pétrole devraient redescendre aux environs de 75 $ US d’ici le milieu de 20273.

La consommation augmente légèrement

Dans un contexte d’expansion démographique modérée, la croissance de la consommation devrait se situer, en moyenne, juste au-dessus de 1 % durant la période de projection (graphique 17).

On s’attend à ce que la croissance de la consommation par habitant se modère jusqu’au milieu de 2027. La hausse des prix de l’essence causée par la guerre au Moyen-Orient risque d’éroder le pouvoir d’achat des consommateurs. Cependant, les récentes mesures fédérales (p. ex., l’Allocation canadienne pour l’épicerie et les besoins essentiels ainsi que la suspension temporaire de la taxe d’accise sur le carburant) devraient apporter un soutien à court terme. La croissance de la consommation devrait plus tard ralentir en raison de l’impact des récentes baisses de prix des logements sur la richesse immobilière.

Tout au long de la période de projection, l’amélioration des termes de l’échange résultant des prix plus élevés du pétrole devrait accroître la richesse, ce qui favorisera la consommation. La consommation par habitant devrait également être portée par la hausse des salaires réels découlant des gains de productivité attendus.


L’activité sur le marché du logement demeure modérée

L’investissement résidentiel devrait être modéré pendant la période de projection. On s’attend à ce que la demande de logements augmente légèrement, en raison de la faible croissance démographique et du peu d’intérêt des investisseurs. Les problèmes d’abordabilité devraient aussi continuer de peser sur l’activité. De plus, l’offre excédentaire importante de petits appartements en copropriété dans certains grands centres est susceptible de limiter la construction de nouveaux logements.

Perspectives d’inflation

Dans son scénario de référence, la Banque suppose que l’inflation mesurée par l’indice des prix à la consommation (IPC) global culminera à environ 3 % en avril, compte tenu des prix plus élevés du carburant et de la fin des effets de glissement annuel découlant du retrait de la taxe sur le carbone pour les consommateurs (graphique 18). Puisque le dollar canadien est généralement stable depuis le début de la guerre, les prix plus élevés du pétrole font peser une plus forte pression à la hausse sur l’inflation mesurée par l’IPC que par le passé.


L’inflation devrait s’atténuer légèrement en mai, en partie en raison de la suspension temporaire de la taxe d’accise fédérale sur le carburant4. Si les prix du pétrole baissent comme prévu dans le scénario de référence, l’inflation devrait ralentir pour atteindre 2½ % en juin, puis revenir à la cible de 2 % au début de 2027. D’autres facteurs pourraient contribuer à cette pression à la baisse (graphique 19). En voici quelques-uns :

  • On s’attend à un ralentissement de la hausse des prix des services hors logement et des biens hors aliments et énergie, dans un contexte où l’offre excédentaire limite la croissance des coûts unitaires de main-d’œuvre. Toutefois, la restructuration du commerce mondial et la hausse des coûts de l’énergie devraient maintenir les pressions sur les coûts hors main-d’œuvre à un niveau élevé.
  • La hausse des loyers devrait continuer de s’atténuer, l’offre de logements augmentant alors que la croissance démographique reste modeste.
  • L’augmentation des prix des aliments devrait ralentir un peu, mais les pressions sur les coûts devraient demeurer fortes en 2026 en raison des prix élevés du carburant et des engrais.

La hausse des prix du pétrole fera augmenter les coûts des producteurs d’autres biens et services. Cependant, les entreprises indiquent que la faible demande limitera probablement leur capacité à répercuter ces coûts plus élevés sur leur clientèle. La majeure partie de cette transmission de coûts aura lieu en 2026 et devrait faire grimper l’inflation mesurée par l’IPC de 0,3 point de pourcentage (graphique 20).


L’inflation devrait ensuite se maintenir aux environs de 2 % en 2027 et 2028. Les pressions à la hausse sur l’inflation comprennent les coûts des intrants plus élevés, à l’heure où les entreprises canadiennes réorientent leurs chaînes d’approvisionnement vers d’autres pays que les États-Unis et importent plus de biens directement au Canada. Les pressions à la baisse découlent de l’offre excédentaire causée par les droits de douane américains, qui a affaibli la demande pour les exportations canadiennes.

  1. 1. Avant 2015, le dollar canadien s’appréciait quand les prix du pétrole montaient. Or, depuis ce temps, les investissements pétroliers diminuent en contexte de hausse des prix du pétrole, en raison de l’efficience accrue du capital, des impératifs réglementaires et de la perception que les prix du pétrole vont rester bas. La baisse des dépenses d’investissement, quant à elle, a réduit la demande de dollars canadiens, ce qui a affaibli la relation entre prix du pétrole et taux de change.[]
  2. 2. Ces programmes comprennent le Fonds pour la diversification des corridors commerciaux et le Fonds de réponse stratégique.[]
  3. 3. Par ailleurs, les gains d’efficience réalisés dans l’extraction pétrolière au cours des dix dernières années ont diminué les besoins en capitaux pour chaque baril supplémentaire produit.[]
  4. 4. Cette mesure est entrée en vigueur le 20 avril 2026. Étant donné sa mise en œuvre tardive dans le mois, son effet complet sur l’IPC ne se fera sentir qu’en mai.[]

Sur cette page
Table des matières