Rapport sur la politique monétaire – Avril 2026
Les risques entourant l’inflation sont inhabituellement élevés. Le principal risque est lié aux relations commerciales avec les États‑Unis. La guerre au Moyen‑Orient représente un nouveau risque.
L’incertitude entourant la politique commerciale américaine et la guerre au Moyen-Orient est exceptionnellement élevée. Le scénario de référence suppose un maintien des politiques commerciales actuelles ainsi qu’une normalisation des conditions sur les principales routes maritimes et une baisse des prix mondiaux du pétrole dans la seconde moitié de l’année.
Tant pour la politique commerciale américaine que pour la guerre, il existe deux couches d’incertitude : l’évolution des chocs et la manière dont ils se transmettent dans l’économie à mesure que les entreprises, les ménages et les gouvernements s’y ajustent. Les perspectives d’inflation dépendent du dénouement de ces incertitudes.
Principaux risques à la hausse concernant l’inflation
La guerre au Moyen-Orient pourrait alimenter encore plus l’inflation
Une guerre qui dure ou qui s’aggrave pourrait perturber encore plus les marchés de l’énergie et les chaînes d’approvisionnement mondiales, ce qui entraînerait des pressions sur les prix plus généralisées et plus persistantes. Des prix de l’énergie plus élevés feraient augmenter les coûts de production et de transport à l’échelle mondiale. Ils pourraient être davantage répercutés sur les prix à la consommation qu’on le suppose dans le scénario de référence (Point de mire : La guerre au Moyen-Orient – Canaux de transmission et risques pour l’inflation).
Le dérèglement des chaînes d’approvisionnement pourrait aussi être plus étendu que prévu. Les perturbations des routes maritimes et de l’approvisionnement en engrais et autres produits chimiques pourraient accentuer les pressions à la hausse sur les prix des aliments et d’autres biens non énergétiques.
Pour ce qui est du Canada, des prix mondiaux du pétrole durablement plus élevés stimuleraient l’activité, en particulier du côté des investissements dans le secteur pétrolier et gazier. Dans le scénario de référence, les attentes d’inflation à long terme restent bien ancrées. Cependant, une augmentation plus forte des prix de l’essence et des aliments pourrait faire monter les attentes plus que prévu. C’est parce que ces achats de tous les jours pèsent généralement plus lourd que d’autres biens et services dans l’opinion des ménages relativement à l’inflation globale. La flambée d’inflation de 2022 étant encore bien présente à l’esprit des gens, les ménages et les entreprises sont peut-être plus attentifs aux hausses de prix à court terme. Cela accroît le risque que les attentes plus élevées se répercutent sur les pratiques d’établissement des salaires et des prix. Ce risque augmente dans l’hypothèse où les pressions sur les prix attribuables à la guerre s’avèrent plus persistantes ou plus fortes que prévu.
La restructuration pourrait coûter plus cher que prévu
L’économie s’adapte aux effets des droits de douane américains. Les entreprises cherchent de nouveaux marchés et diversifient leurs chaînes d’approvisionnement. Au cours de la période de projection, la Banque s’attend à un déplacement du capital et du travail vers des secteurs de l’économie qui ne sont pas touchés par les droits de douane.
Il n’est pas simple d’évaluer le coût de cette restructuration. Si la réorientation de la production et des chaînes d’approvisionnement s’avère plus coûteuse ou plus longue que prévu, les coûts élevés pour les entreprises pourraient accentuer encore plus les pressions inflationnistes.
Principaux risques à la baisse concernant l’inflation
L’issue de la révision de l’ACEUM pourrait être plus défavorable que supposé
Dans son scénario de référence, la Banque suppose que les droits de douane et les politiques commerciales actuellement en vigueur demeureront en place au cours de la période de projection (Hypothèses tarifaires et autres). Elle postule également qu’au terme de la révision de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) en 2026, l’accord existant sera maintenu, ce qui réduirait l’incertitude tant pour les exportateurs que pour les chaînes d’approvisionnement intégrées de l’Amérique du Nord.
Cependant, une issue plus défavorable pourrait prendre plusieurs formes, et chacune aurait des implications différentes pour les perspectives (Point de mire : La révision de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique, Rapport de janvier). Les parties pourraient reconduire l’accord, mais seulement après d’importantes négociations et modifications qui limiteraient potentiellement encore plus l’accès au marché américain. Il est aussi possible que les parties ne reconduisent pas l’accord, ce qui se solderait par une révision tous les ans qui prolongerait l’incertitude. Une autre conclusion possible, et plus défavorable, serait le retrait des États-Unis de l’ACEUM.
Selon son dénouement, la révision pourrait avoir les principaux effets suivants :
- un accès réduit aux marchés américains, ce qui pèserait sur les exportations, les investissements et l’activité
- une incertitude accrue qui pourrait miner la confiance des entreprises et des ménages et entraîner un report des dépenses et des embauches
Dans l’ensemble, l’issue de la révision de l’ACEUM est considérée comme un risque à la baisse pour la croissance économique et l’inflation.
Les restrictions commerciales pourraient peser plus que prévu sur la demande
L’économie s’adapte aux effets des droits de douane américains, mais l’impact sur la demande est difficile à évaluer. L’incidence sur la confiance des entreprises pourrait être plus grande que prévu : les investissements et les embauches seraient ainsi plus faibles. De plus, les craintes de pertes d’emploi pourraient rendre les ménages plus prudents, ce qui les amènerait à diminuer leurs dépenses et exacerberait la fragilité du marché du logement. Une faiblesse de la demande ferait baisser l’inflation.
La guerre pourrait peser davantage sur la croissance mondiale
La guerre au Moyen-Orient pourrait affaiblir la croissance économique mondiale dans une plus grande mesure qu’on le suppose dans le scénario de référence, ce qui diminuerait la demande pour les exportations canadiennes. Des risques géopolitiques accrus et des prix de l’énergie plus élevés pourraient provoquer un resserrement substantiel des conditions financières, et une incertitude plus persistante pourrait nuire à la confiance des ménages et des entreprises. Cela freinerait les dépenses ainsi que les investissements et les embauches par les entreprises, en particulier dans les économies qui importent de l’énergie. Une demande plus faible pour les biens et services canadiens augmenterait l’offre excédentaire au pays et exercerait une pression à la baisse sur l’inflation.