La productivité à l’ère de l’IA

La sous-gouverneure externe Michelle Alexopoulos parle de l’évolution de l’intelligence artificielle et de ses effets potentiels sur l’emploi, la productivité et la croissance économique – aujourd’hui et à l’avenir.

La sous-gouverneure externe Alexopoulos prononce un discours dans le cadre de la conférence du printemps 2026 organisée par l’Ottawa Economics Association et l’Association canadienne de science économique des affaires. Lisez le discours complet.

L’IA et l’évolution technologique

Les nouvelles technologies changent rarement l’économie du jour au lendemain. Elles évoluent pendant des décennies, modifiant graduellement le fonctionnement d’un secteur ou d’un segment de l’économie, ce qui fait apparaître de nouveaux produits et services.

Mais il arrive qu’un changement s’intensifie, se diffuse dans plusieurs secteurs et transforme l’ensemble de l’économie – on peut penser à l’électricité, à l’informatique et à Internet. Pour désigner ces innovations révolutionnaires, on parle alors de technologies d’application générale.

L’intelligence artificielle (IA) se prépare en arrière-plan depuis près de 75 ans. Mais les récentes avancées poussent de plus en plus de personnes et d’entreprises à l’utiliser. Des spécialistes estiment qu’elle pourrait devenir une technologie d’application générale. Si c’est le cas, elle aurait le potentiel de transformer en profondeur les emplois, d’améliorer la productivité et de rendre les entreprises plus compétitives. Cela pourrait alors se traduire par des salaires plus élevés, des économies pour les consommateurs et des pressions inflationnistes réduites.

Même si on peut faire des prévisions basées sur des hypothèses, on sait qu’elles changeront probablement à mesure qu’on obtient de nouvelles informations. Mais étant donné les effets potentiels de l’IA sur la productivité, l’inflation et le marché du travail, on ne peut pas en faire abstraction. »

Les constats actuels

L’IA se développe rapidement dans le monde. Les investissements dans les centres de données IA ont nettement augmenté, surtout aux États-Unis. Mais la rapidité de cette expansion s’accompagne de défis – par exemple, on peine à produire l’électricité nécessaire pour garder le pas.

Au Canada, les données montrent que l’adoption de l’IA prend de l’élan, mais de façon inégale d’un secteur à l’autre. Beaucoup d’entreprises qui ne l’utilisent pas encore disent qu’elle ne répond pas à leurs besoins ou que leur personnel n’a pas les compétences requises.

N’empêche qu’on aperçoit de légers gains de productivité. Et à mesure que l’IA continuera de stimuler la productivité, l’économie pourra produire plus de biens et services sans que les gens aient à travailler plus fort. Étant donné que la productivité agit sur la croissance économique future estimée par la Banque, ce potentiel d’amélioration par l’IA est important pour les décisions liées à la politique monétaire.

À la Banque, nous ne pouvons contrôler ni l’ampleur ni le rythme d’adoption de l’IA. Mais s’il le faut, nous serons là pour soutenir l’économie dans sa restructuration. »

L’IA et le marché du travail

Les gens sont nombreux à se demander ce que l’IA implique pour leur travail – et leur sécurité d’emploi.

Certains travailleurs ressentent déjà les effets de l’IA. Plusieurs grandes entreprises technologiques ont récemment fait des compressions de postes qu’elles attribuent à l’IA, et des études montrent que l’embauche est plus faible dans les rôles très exposés à l’IA, comme le codage de base et le service à la clientèle. Les jeunes et la main-d’œuvre des secteurs exposés à l’IA pourraient être touchés de manière disproportionnée.

Mais selon les données observées à ce jour, l’IA ne cause pas de pertes d’emplois massives. Elle transforme des tâches, mais ne remplace pas les gens.

Quand on pense à l’avenir, l’IA a le potentiel de transformer l’économie un peu comme l’a fait l’ordinateur. Les milieux de travail se sont réorganisés sur plusieurs décennies, ce qui a modifié en profondeur les façons de travailler. L’informatisation a touché les travailleurs et les entreprises de différentes manières, mais en fin de compte, elle n’a pas entraîné de diminution du nombre d’emplois.

C’est le rythme et la portée d’adoption de l’IA qui détermineront à quel point cette transformation sera grande et perturbatrice.

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