L’intelligence artificielle à nos portes : l’avenir de la productivité au Canada

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Bonjour à toutes et à tous, et merci de m’avoir invitée à prendre la parole à la conférence de cette année. Je suis ravie de retrouver des visages familiers.

Aujourd’hui, je vais vous parler d’une technologie qui transforme notre manière de vivre et de travailler : l’intelligence artificielle, ou IA. Je vais aborder ses effets actuels sur l’économie, mais aussi ses suites éventuelles.

On a l’impression que l’IA est un phénomène récent, mais la technologie à sa base se dessine – et progresse constamment – depuis près de 75 ans1. Ce qui a changé dernièrement, c’est que les nouvelles avancées ont rendu l’IA beaucoup plus puissante et accessible. Par ses applications actuelles et celles qu’on entrevoit, l’IA représente une percée majeure susceptible d’accroître la productivité et de rehausser le niveau de vie.

Si l’IA continue de s’améliorer et de se diffuser, elle pourrait transformer durablement l’économie canadienne. La réduction des coûts des entreprises et les gains d’efficacité liés à l’IA pourraient favoriser la hausse des salaires, réduire les prix à la consommation et générer des investissements.

Maintenant, une question se pose : quels seront les effets de l’IA sur l’emploi? Les économistes constatent que les grandes innovations du passé ont parfois entraîné des périodes de transition perturbatrices pour les travailleurs. Mais une fois largement adoptées, elles n’ont pas mené à des pertes nettes d’emplois. Certains craignent toutefois que les choses soient différentes cette fois-ci.

L’IA soulève aussi des enjeux pour les marchés financiers et la stabilité financière : sa montée rapide fait craindre un surinvestissement dans le secteur de l’IA et une surévaluation des actions connexes en bourse. Elle pourrait aussi faciliter, et donc multiplier, les cyberattaques sophistiquées.

Pour résumer simplement, la Banque du Canada s’intéresse à l’IA en raison de la grande incidence qu’elle pourrait avoir sur la productivité, la croissance économique, l’emploi et l’inflation. L’IA pourrait aussi agir sur le système financier, en générant de nouveaux gains d’efficacité, mais aussi de nouveaux risques.

Ces développements nourrissent notre analyse économique et se répercutent tant sur nos décisions de politique monétaire que sur notre travail visant à favoriser la stabilité et l’efficience du système financier.

Le gouverneur Tiff Macklem a parlé de l’IA pour la première fois en septembre 2024, évoquant à la fois l’enthousiasme qu’elle suscitait et l’incertitude entourant son évolution.2 Mais il s’est passé beaucoup de choses dans les 20 mois qui ont suivi ce discours.

Aujourd’hui, je vais faire le point sur l’adoption de l’IA au Canada et sur ses effets actuels et potentiels sur l’emploi et la productivité. Mais avant, permettez-moi de remettre en contexte l’engouement récent pour l’IA, en le comparant à d’autres épisodes de transformation technologique majeure.

Entrons donc dans le vif du sujet.

Comprendre les technologies transformatrices

L’IA est à la fois une innovation transformatrice et un possible moteur de changements structurels. Pour mieux en comprendre la portée, je vous propose de prendre un pas de recul et d’examiner la notion de changement technologique.

Le changement technologique, c’est la modification du processus de production par l’introduction de nouveaux outils ou de nouvelles méthodes. Il améliore généralement l’efficacité et la productivité, et fait souvent apparaître de nouveaux produits et services.

Ce type de changement ne survient pas du jour au lendemain. C’est souvent un long processus : de l’idée initiale à la recherche et développement, en passant par la commercialisation et l’adoption. La plupart du temps, les changements se font progressivement, en arrière-plan. Ils passent inaperçus, car ils sont graduels ou limités à un secteur particulier.

Mais il arrive que le changement technologique s’accélère et entraîne de vastes transformations. Comme la machine à vapeur, l’électricité, le moteur à combustion interne, l’informatique et Internet, qui ont changé la face d’économies et de sociétés entières. C’est ce que les économistes appellent des technologies d’application générale.

L’accélération du changement technologique portée par les technologies d’application générale

Les technologies d’application générale ont des caractéristiques claires qui les distinguent des autres technologies.

D’abord, elles reposent sur un noyau technologique unique que l’on peut suivre dans le temps. Après des débuts modestes et un bon nombre d’imperfections, elles se perfectionnent énormément et se répandent, puis leurs usages finissent par se multiplier dans toute l’économie.

Les ordinateurs en sont un bon exemple. À la fin des années 1930, on avait affaire à d’imposantes machines utilisées pour le décryptage et les calculs complexes. Depuis, l’informatique a donné naissance à l’ordinateur portable, au téléphone intelligent, à la diffusion en continu et même à la montre connectée, qui permet d’envoyer des textos et d’analyser son sommeil.

Les technologies d’application générale, contrairement aux technologies à plus petite échelle, transforment aussi en profondeur le fonctionnement des entreprises et des institutions. Au fil de leur évolution, elles entraînent souvent l’adoption de nouvelles lois ou de nouveaux règlements.

Et surtout, elles génèrent d’importantes retombées, notamment des investissements dans les infrastructures connexes, qui favorisent la recherche et le développement ainsi qu’une adoption plus large. Ces investissements produisent ensuite d’autres innovations complémentaires, dont certaines peuvent devenir, elles aussi, des technologies d’application générale.

Revenons à notre exemple de l’ordinateur : il provient des avancées liées à l’électricité, elle-même née des suites de la machine à vapeur. Et l’ordinateur a entraîné à son tour des retombées pour de nombreux secteurs et usages. Cela va de dispositifs plus simples, comme les montres numériques, à des innovations plus grandes, comme les écosystèmes logiciels, Internet, la robotique – et aujourd’hui l’IA.

Enfin, les technologies d’application générale ne passent jamais inaperçues. Leur impact est assez important pour marquer la culture populaire et soulever de grandes discussions.

Au début de l’informatisation, on débattait déjà des effets des ordinateurs sur la société – entre crainte de perdre des emplois au profit de la machine et promesse de temps libres à volonté. Est-ce que ça vous rappelle certains sujets de l’heure?

Nous arrivons donc maintenant au cœur de la question : l’IA est-elle une technologie d’application générale?

On peut raisonnablement affirmer que l’IA possède plusieurs caractéristiques d’une technologie d’application générale, sans toutefois les réunir toutes à ce stade. Rien d’étonnant : bien que l’IA évolue depuis des décennies, son intégration reste encore à ce jour limitée (figure 1).


Pour l’instant, on ne sait pas tout à fait si l’IA va s’étendre à l’ensemble de l’économie, avec des effets d’entraînement – comme l’ordinateur – ou si elle va rester une technologie puissante limitée à certains usages ou secteurs.

Pourquoi ce point est-il important? Parce que si l’IA se révèle une avancée comme une autre, elle ne générera pas de gains de productivité majeurs ni de transformation profonde de l’économie.

En revanche, si l’IA se révèle une technologie d’application générale, elle va continuer de s’améliorer et elle va se répandre. Ses effets et ses usages vont s’étendre. La productivité va augmenter et les emplois vont changer. Une plus forte productivité renforcera la compétitivité des entreprises, ce qui se traduirait par des salaires plus élevés, des économies pour les consommateurs et des pressions inflationnistes réduites.

Ce serait propice à un changement structurel majeur, auquel la Banque devrait s’adapter. Voilà pourquoi on doit surveiller de près l’évolution de l’IA.

L’investissement en IA et ses effets sur la productivité et l’emploi

J’en viens maintenant à ce qui a changé depuis le discours du gouverneur en 2024.

Un des principaux changements est la forte intensification des investissements dans les centres de données IA. En 2024, les grandes entreprises technologiques des États-Unis ont investi environ 200 milliards de dollars américains dans l’IA. Ce montant a doublé pour atteindre près de 400 milliards en 2025, et devrait continuer d’augmenter dans les années à venir (graphique 1).


Les centres de données IA se développent à un rythme tel que la production d’électricité peine à suivre. Ça amène un peu partout une accélération des investissements en infrastructures.

À terme, cette forte expansion des capacités des centres de données, combinée aux améliorations du matériel ainsi qu’à la disponibilité et aux capacités accrues des modèles, devrait rendre les outils d’IA avancés plus abordables et plus faciles d’accès. Cela devrait encourager une utilisation plus généralisée de l’IA par les entreprises canadiennes.

Ce qui m’amène à cette question : dans quelle mesure l’IA est-elle utilisée au Canada aujourd’hui? Pour y répondre, la Banque s’appuie sur des données externes, en plus des questions sur l’IA qu’elle a ajoutées dans ses enquêtes auprès des consommateurs, entreprises et acteurs du secteur financier. Le Conseil de direction échange aussi avec des entreprises et des collectivités pour mieux comprendre comment l’IA s’utilise en pratique.

On constate que l’adoption de l’IA s’accélère. Une étude de Statistique Canada publiée en 2022 montrait qu’environ 3 % des entreprises canadiennes utilisaient l’IA3. En 2025, cette proportion avait quadruplé pour atteindre près de 12 %4. Les résultats de notre plus récente enquête Le Pouls des leaders d’entreprise vont dans le même sens – nombreuses sont les entreprises qui ont commencé à utiliser l’IA.

Mais l’adoption de l’IA varie d’un secteur à l’autre, allant de seulement 1,5 % dans l’hébergement et la restauration à plus de 30 % dans la finance et les assurances.

Bon nombre d’entreprises disent ne pas encore utiliser l’IA, soit parce qu’elle ne répond pas à leurs besoins, soit parce que leurs travailleurs n’ont pas les compétences nécessaires. Mais avec l’émergence de nouvelles applications, la baisse des coûts et le développement des compétences, de plus en plus d’entreprises pourront intégrer l’IA à leurs activités.

Pour l’instant, l’adoption de l’IA concerne surtout quelques secteurs. Donc même si certaines entreprises remarquent des bénéfices, il faudra sans doute du temps avant que ça se reflète sérieusement dans les données sur la productivité globale.

Cela dit, on commence à voir de légers gains de productivité liés à l’IA. J’y reviendrai dans un instant. Nous intégrons déjà des gains modestes dans nos projections et nos estimations de la production potentielle5.

Il faut savoir que la productivité ne consiste pas à faire travailler les gens plus fort. C’est une mesure de l’efficacité avec laquelle une économie transforme le travail en biens et services. Quand la productivité augmente, le niveau de vie s’améliore. La productivité détermine aussi, à terme, le rythme auquel l’économie peut croître à plein régime sans créer de pressions inflationnistes, et elle influence ainsi sa production potentielle.

L’IA au travail

Bien entendu, à mesure que les entreprises vont améliorer leur productivité et que de nouveaux usages de l’IA vont voir le jour, les emplois vont évoluer – surtout si l’IA s’avère bel et bien une technologie d’application générale. On peut comprendre que la situation soit très préoccupante pour beaucoup de Canadiennes et de Canadiens qui veulent savoir ce que ça implique pour leur travail et leur sécurité d’emploi.

Les perturbations à prévoir vont dépendre du rythme d’adoption de l’IA, de son ampleur et de la vitesse à laquelle les travailleurs et les entreprises vont pouvoir s’adapter. Évidemment, l’IA pourrait également créer de nouvelles occasions pour les travailleurs (figure 2). Il faut aussi se rappeler que d’autres changements dans l’économie auront un effet sur la population active, comme les changements démographiques.


Il est encore tôt, mais nous pensons effectivement que certains emplois seront remplacés par l’IA. On verra apparaître de nouveaux emplois, tandis que d’autres seront transformés. Nous suivons de près les données du marché du travail pour déceler des signes de ces changements.

Pour mettre le tout en contexte, on peut penser encore une fois aux ordinateurs. Leur arrivée dans les bureaux a fait disparaître certains postes, comme ceux de dactylo et de standardiste. On a assisté à la création de nouveaux emplois, voire de départements informatiques tout entiers. Dans d’autres cas, la nature du travail s’est transformée : les tâches analogiques ont été numérisées, et les travailleurs ont appris à utiliser un ordinateur.

L’important, c’est que rien de tout ça n’est arrivé d’un coup. Les changements se sont installés sur de nombreuses années. Pendant que les lieux de travail se restructuraient pour s’adapter pleinement à la nouvelle technologie, chacun a été touché différemment. Mais en fin de compte, l’informatisation n’a pas réduit le nombre d’emplois.

Voilà qui m’amène au premier des trois grands points que je veux présenter sur l’IA et l’emploi. Jusqu’à maintenant, à grande échelle, rien n’indique clairement que l’IA est en train de remplacer des travailleurs.

Selon l’étude de Statistique Canada dont j’ai parlé plus tôt, près de 90 % des entreprises qui ont adopté l’IA n’ont signalé aucune incidence sur leur effectif6. Environ 4 % ont indiqué que l’IA avait entraîné la création d’emplois, et environ 6 %, qu’elle était liée à une diminution des emplois.

Dans le cadre d’une enquête subséquente, les entreprises ont dit s’attendre à ce que l’IA ait un effet un peu plus négatif sur les niveaux d’emploi à venir7. Mais elles ont été relativement peu nombreuses à anticiper une diminution nette de l’emploi en raison de l’IA dans les prochaines années. Encore une fois, c’est compatible avec les résultats de nos propres enquêtes auprès des entreprises.

Bien sûr, certains travailleurs ressentent déjà les effets de l’IA. Plusieurs grandes entreprises technologiques ont récemment fait des compressions de postes qu’elles attribuent à l’IA, entre autres facteurs. Et des études montrent que l’embauche est faible dans les rôles très exposés à l’IA, comme le codage de base et le service à la clientèle. Les jeunes et la main-d’œuvre des secteurs exposés à l’IA pourraient être touchés de manière disproportionnée. C'est une préoccupation réelle. Plus tard ce mois-ci, mon collègue sous-gouverneur externe Nicolas Vincent va donner un discours sur les marchés du travail et se pencher sur les facteurs qui influencent possiblement le chômage chez les jeunes, dont l’IA. Ce sera à ne pas manquer.

Mais de manière générale, les données n’indiquent pas encore de licenciements généralisés à cause de l’IA. Quel est donc l’effet de l’IA, dans ce cas?

C’est mon deuxième point : l’IA change les méthodes, mais l’humain reste aux commandes.

La plupart des répondants à notre dernière enquête auprès des consommateurs nous ont dit qu’à leur travail, l’IA était utilisée pour stimuler la productivité plutôt que pour automatiser des processus entiers ou remplacer du personnel à grande échelle8. Les gens qui l’utilisent déjà disent qu’elle améliore la qualité de leur travail en facilitant des tâches comme la rédaction ou l’analyse de données (graphique 2).


Et lors de la plus récente enquête de la Banque auprès de spécialistes en gestion des risques du secteur financier, beaucoup ont indiqué que l’utilisation de l’IA améliorait la productivité en automatisant des tâches routinières, ce qui permettait aux employés de se concentrer sur les tâches de plus grande valeur. Pour l’avenir, ces spécialistes considèrent l’IA comme un outil qui facilitera la prise de décisions tout en gardant les humains aux commandes. Encore ici, l’idée reste que l’IA devrait surtout transformer les emplois, et non les éliminer.

Le Hiring Lab d’Indeed présente certaines des données les plus claires sur la façon dont l’IA est en train de transformer le travail. Selon les résultats d’un sondage récent, 57 % des Canadiennes et Canadiens qui utilisent l’IA au travail gagnent une à deux heures par jour, et 22 % gagnent trois à cinq heures (graphique 3)9.


Quand on leur a demandé ce qu’ils ont fait de ce temps, beaucoup ont dit avoir entrepris d’autres tâches et projets tout en améliorant la qualité et l’efficacité de leur travail. Autrement dit, l’IA a stimulé leur productivité. Certains ont aussi indiqué utiliser ce temps pour mieux concilier leur travail et leur vie personnelle, ou pour se perfectionner professionnellement, par exemple acquérir de nouvelles compétences, innover et assumer de nouvelles responsabilités.

C’est ce qui m’amène à mon troisième point : l’IA a le potentiel de créer des occasions d’emploi et de contribuer à surmonter les défis démographiques.

Au cours des prochaines années, les départs à la retraite et le ralentissement de la croissance démographique pourraient entraîner des pénuries de main-d’œuvre dans certains secteurs. Si les travailleurs déplacés par l’IA reçoivent une formation adéquate, ils pourraient occuper une partie de ces postes vacants. En même temps, le manque de main-d’œuvre va sans doute accélérer l’élargissement de l’IA à de nouveaux usages.

En fait, c’est déjà ce qu’on observe en santé, où la demande de médecins dépasse rapidement les disponibilités. Selon des études, au Canada, les médecins qui ont utilisé l’IA pour prendre des notes et remplir leurs rapports ont gagné environ trois à quatre heures par semaine10. Leur emploi du temps s’est libéré pour des tâches à valeur ajoutée, et les patients ont dit se sentir mieux pris en charge11. Une autre étude a révélé que le personnel infirmier qui utilisait l’IA pour la planification pouvait passer plus de temps avec les patients12.

Comme ces exemples l’illustrent, l’IA devient un moyen plus économique de gérer des tâches monotones qui reposaient jusqu’ici sur le personnel médical ayant une rémunération importante. Mais elle ne remplace pas les médecins et le personnel infirmier.

L’IA aide donc déjà à relever certains défis démographiques. Il faut aussi dire qu’en augmentant l’efficacité, tant pour la production de biens que pour la prestation de services, l’IA pourrait faire baisser les coûts. Cela pourrait être favorable à l’accessibilité des biens et services, ce qui stimulerait la demande et favoriserait la croissance de l’emploi.

C’est ce qui m’amène à parler de l’avenir du travail.

Comme le montre le (graphique 4), tous les travailleurs s’attendent à ce que l’IA augmente leur productivité au cours de la prochaine année, tant ceux qui l’utilisent déjà que ceux qui ne l’utilisent pas encore. Et les deux groupes sentent que l’IA pourrait les aider à démarrer une entreprise, ce qui est une importante source de création d’emplois.


On voit aussi que les travailleurs qui n’utilisent pas encore l’IA au travail s’attendent à ce qu’elle entraîne des pertes d’emploi, mais que ceux qui l’utilisent déjà sont d’avis contraire. Ces résultats donnent à penser que plus les travailleurs se familiarisent avec l’IA, plus ils sont enclins à la voir comme un créateur d’emplois ou d’occasions.

Sans surprise, les travailleurs qui ont des compétences en IA sont de plus en plus demandés. À mesure que ces compétences vont se répandre, l’adoption de l’IA devrait s’accélérer, tout comme les gains de productivité. Ce seront des compétences particulièrement importantes pour les jeunes qui intègrent le marché du travail ou les travailleurs qui occupent des postes exposés à l’IA. Dans certains cas, les lieux de travail offrent déjà des formations sur l’IA, ce qui renforce l’idée qu’elle est de plus en plus considérée comme un outil appuyant le travail humain.

En résumé, il y a encore beaucoup d’incertitude quant au rythme et au degré de propagation de l’IA partout dans l’économie. Même si on peut faire des prévisions basées sur des hypothèses, on sait qu’elles changeront probablement à mesure qu’on obtient de nouvelles informations. Mais étant donné les effets potentiels de l’IA sur la productivité, l’inflation et le marché du travail, on ne peut pas en faire abstraction.

Avant de conclure, je suis sûre que vous vous demandez comment la Banque utilise l’IA13.

Je vais être formelle : l’IA ne prend aucune décision de politique monétaire. Mais elle peut nous aider à affiner notre lecture.

Par exemple, l’IA soutient nos analyses. En plus des modèles traditionnels, nous utilisons des modèles d’apprentissage automatique pour faciliter les prévisions de l’inflation et de l’activité économique. L’IA nous aide aussi à prendre le pouls de l’économie, et elle s’est avérée utile pour analyser de grands ensembles de données plus granulaires afin de mieux comprendre le comportement des ménages et des entreprises. Nous l’utilisons aussi pour analyser des textes externes, comme des présentations de résultats financiers transcrites, afin d’avoir une meilleure idée de l’adoption de l’IA.

Par ailleurs, l’IA contribue à la surveillance de la stabilité financière et du fonctionnement des marchés par la Banque en nettoyant, en vérifiant et en analysant les données des marchés. Elle peut détecter des particularités et des vulnérabilités à surveiller.

Il n’y a pas que la Banque du Canada dans cette situation. Aux quatre coins du monde, les banques centrales utilisent l’IA pour renforcer leurs analyses, traiter des données, améliorer leurs prévisions et surveiller la stabilité financière. Pour rester transparentes, bon nombre d’entre elles ont aussi établi des pratiques de déclaration et des cadres d’utilisation responsable.

En utilisant l’IA de manière responsable et éthique pour améliorer son travail au service de la population canadienne, la Banque peut tirer parti de nouveaux outils tout en conservant la confiance qui lui est essentielle pour réaliser son mandat.

Conclusion

Permettez-moi maintenant de conclure.

J’espère vous avoir éclairés sur notre vision de l’IA et sur ce que nous faisons pour en suivre les développements afin d’appuyer nos décisions.

L’IA a le potentiel de transformer l’économie. Pour savoir à quel point cette transformation sera grande et perturbatrice, il faudrait prédire le rythme et la portée de son adoption ainsi que d’autres facteurs comme les changements démographiques.

À la Banque, nous ne pouvons contrôler ni l’ampleur ni le rythme d’adoption de l’IA. Mais s’il le faut, nous serons là pour soutenir l’économie dans sa restructuration. Le plus important, c’est que nous nous engageons à maintenir l’inflation à un niveau bas et stable, autour de 2 %, pour que les ménages et les entreprises puissent dépenser et investir en toute confiance.

Et grâce à des événements comme celui d’aujourd’hui, la Banque espère continuer à alimenter le dialogue autour des grands enjeux qui ont un potentiel transformateur et qui touchent notre économie – pour le présent comme pour l’avenir.

Merci.

Je tiens à remercier Eric Santor, Chris Hajzler et Abeer Reza de l’aide qu’ils m’ont apportée dans la préparation de ce discours.

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  1. 1. Le terme intelligence artificielle a été utilisé pour la première fois en 1956, lors d’un atelier de recherche au Dartmouth College. Le concept d’intelligence des machines remonte toutefois à la fin des années 1940 et au début des années 1950.[]
  2. 2. Voir T. Macklem, « L’intelligence artificielle, l’économie et les banques centrales » (discours prononcé à la conférence Economics of Artificial Intelligence du National Bureau of Economic Research, Toronto, Ontario, 20 septembre 2024).[]
  3. 3. Voir Statistique Canada, « Enquête sur les technologies de pointe, 2022  », Le Quotidien (juillet 2023).[]
  4. 4. Voir V. Bryan, S. Sood et C. Johnston, « Analyse de l’utilisation de l’intelligence artificielle par les entreprises au Canada, deuxième trimestre de 2025 », gouvernement du Canada (juin 2025).[]
  5. 5. Voir Banque du Canada, « Annexe : Production potentielle et taux d’intérêt nominal neutre », Rapport sur la politique monétaire (avril 2026).[]
  6. 6. Voir Bryan, Sood et Johnston (juin 2025).[]
  7. 7. Voir V. Bryan, S. Sood et C. Johnston, « Analyse de l'utilisation prévue de l'intelligence artificielle par les entreprises au Canada, troisième trimestre de 2025 », gouvernement du Canada (septembre 2025). []
  8. 8. Voir Banque du Canada, « Encadré 1 : Les travailleurs s’attendent à ce que l’IA stimule leur productivité », Enquête sur les attentes des consommateurs au Canada – Premier trimestre de 2026 (avril 2026).[]
  9. 9. Voir Y. Aoki, « A Tale of Two Workforces: Who’s Using AI and Who’s Getting Left Behind », Hiring Lab – Recherche économique d’Indeed (décembre 2025).[]
  10. 10. Voir OntarioMD, « AI scribes show promising results in helping family doctors and nurse practitioners spend more time with patients and less time on paperwork » (septembre 2024).[]
  11. 11. Voir Doctors of BC, « Reducing physician burdens: AI Scribes Pilot results » (mai 2025).[]
  12. 12. Voir N. Wu, H. Whitelaw, Q. Wang, A. Phelps, T. Sivanesanathan, P. DeMaio, A. Ali, K. Chen, R. Dass, E. Grewal et K. Moat, « Artificial intelligence tools for reducing administrative burden among front-line healthcare providers », Rapid evidence synthesis, no 129 (Hamilton : McMaster Health Forum, mai 2025).[]
  13. 13. Voir J. Chapman, A. Desai, M. Haghighi et J. MacGee, « Integrating non-traditional data and AI into central banking: A Canadian perspective », document analytique du personnel de la Banque du Canada (à paraître).[]