Le résumé qui suit rend compte des délibérations du Conseil de direction de la Banque du Canada ayant mené à la décision de politique monétaire annoncée le 29 avril 2026.

Il reflète les discussions qu’ont tenues les membres du Conseil de direction à la troisième étape du processus entourant les décisions de politique monétaire, soit après avoir reçu toutes les informations et recommandations pertinentes du personnel.

Les réunions concernées, présidées par le gouverneur Tiff Macklem, ont débuté le 21 avril 2026. La première sous-gouverneure Carolyn Rogers, le sous‑gouverneur Toni Gravelle, la sous‑gouverneure Sharon Kozicki, le sous‑gouverneur Nicolas Vincent et la sous‑gouverneure Michelle Alexopoulos y ont participé.

Économie internationale

Le Conseil de direction a entamé ses délibérations en discutant des répercussions de la guerre au Moyen-Orient sur l’économie mondiale et l’inflation. Le conflit avait entraîné une hausse marquée des cours mondiaux du pétrole et une volatilité accrue sur les marchés de l’énergie et les marchés financiers du monde entier. On observait une détérioration des perspectives de croissance de nombreux pays – surtout ceux dépendant fortement d’importations de pétrole et de gaz naturel. Les prix plus élevés de l’énergie avaient fait grimper l’inflation partout dans le monde.

On s’attendait à ce que la croissance aux États-Unis reste solide au premier trimestre. Les ménages continuaient de dépenser malgré les prix plus élevés de l’essence, et les investissements dans l’intelligence artificielle (IA) demeuraient élevés. Les membres ont souligné que le marché du travail américain avait été relativement stable : il y avait eu peu de mises à pied, mais aussi peu d’embauches. L’inflation s’était maintenue juste en deçà de 3 % avant le début de la guerre, et s’était encore accrue avec la montée des prix de l’essence.

En Chine, l’économie semblait, à court terme, relativement à l’abri des effets de la guerre au Moyen-Orient. La robustesse des exportations continuait de soutenir la croissance, faisant contrepoids à la modeste demande intérieure.

L’économie de la zone euro avait montré des signes de résilience avant le déclenchement de la guerre. Mais les prix plus élevés du pétrole et du gaz naturel ainsi que les pénuries potentielles d’énergie étaient susceptibles de peser sur la croissance.

Le prix de référence mondial du pétrole était volatil et supérieur à 100 $ US le baril au moment de la publication du Rapport sur la politique monétaire d’avril. L’hypothèse de référence des membres du Conseil était que les cours pétroliers allaient baisser dans les trimestres à venir, ce qui concordait avec la courbe des contrats à terme du pétrole. Les membres ont toutefois souligné qu’une grande incertitude entourait cette hypothèse en raison de l’évolution imprévisible de la guerre. Les prix de plusieurs autres produits de base avaient augmenté au cours des mois précédents, en partie à cause de la fermeture du détroit d’Ormuz. Les cours du cuivre et de l’aluminium avaient monté, tout comme ceux de certains produits agricoles. Les prix de l’or, eux, avaient baissé.

Les membres ont discuté de l’étonnante vigueur des marchés financiers, compte tenu de la situation géopolitique. Les marchés boursiers avaient rebondi, en partie grâce aux solides bénéfices des sociétés. Les membres ont noté que les vulnérabilités financières – y compris les tensions dans le marché du crédit privé et les effets perturbateurs de l’IA sur les entreprises de logiciels – n’avaient pas eu d’incidence importante sur les conditions financières en général. Les rendements obligataires étaient plus élevés depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, mais comme ils avaient baissé avant la guerre, les variations observées depuis la publication du Rapport de janvier étaient modestes. Le dollar américain s’était apprécié par rapport à la plupart des grandes devises depuis le Rapport de janvier. Le dollar canadien, lui, tournait généralement autour de 73 cents américains.

Économie canadienne et perspectives d’inflation au pays

Après que la croissance se soit contractée au quatrième trimestre de 2025 en raison d’une très importante réduction des stocks, les membres s’attendaient à ce qu’elle ait repris au premier trimestre de 2026. Au début de l’année, les indicateurs avaient été plutôt faibles, laissant planer certains risques à la baisse sur la prévision de croissance pour le premier trimestre présentée dans le Rapport de janvier. Mais des indicateurs plus récents étaient solides, ce qui laissait supposer que la croissance au premier trimestre serait près de la prévision de janvier.

La croissance de la demande intérieure était concentrée dans les dépenses de consommation et les dépenses publiques, avec une petite contribution des investissements des entreprises. Les droits de douane sectoriels américains et l’incertitude entourant les politiques commerciales continuaient de freiner les investissements des entreprises et les exportations. Malgré l’incertitude liée aux négociations à venir sur l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), les résultats de l’enquête trimestrielle sur les perspectives des entreprises montraient un certain raffermissement de la confiance, qui atteignait des niveaux semblables à ceux observés avant que les États‑Unis imposent des droits de douane. Les entreprises interrogées faisaient état d’attentes plus élevées à l’égard de leurs investissements et de la croissance de leurs ventes. Les membres ont mentionné que les résultats de l’enquête sur les perspectives des entreprises des derniers trimestres étaient un bon indicateur prospectif. Les entreprises s’attendaient à ce que la guerre au Moyen-Orient fasse augmenter leurs coûts, mais soulignaient que la faible demande limitait leur capacité à répercuter pleinement ces coûts.

Les membres ont discuté de la faiblesse du marché du logement. Leur conclusion était que des facteurs cycliques – notamment l’incertitude accrue – pesaient sur l’activité. Mais cette faiblesse tenait aussi à des facteurs structurels, comme le ralentissement de la croissance démographique, la demande plus faible des investisseurs et les déséquilibres entre l’offre et la demande, qui étaient à l’origine des problèmes persistants d’abordabilité. Les membres ont convenu qu’il faudrait un certain temps avant que le marché du logement redevienne plus équilibré, c’est-à-dire qu’il compte assez de logements abordables et bien adaptés aux besoins de la population.

Les membres ont souligné que le marché du travail restait détendu. La croissance de l’emploi avait ralenti et le taux d’obtention d’un emploi était bas. Le ralentissement de l’expansion démographique limitait la croissance de la population active, tandis que le vieillissement de la population contribuait à une baisse du taux d’activité. Le taux de chômage s’était maintenu dans une fourchette de 6,5 à 7 % depuis plusieurs mois.

L’inflation avait avoisiné 2 % pendant plus d’un an et demi. Toutefois, en mars, l’inflation mesurée par l’indice des prix à la consommation (IPC) avait grimpé à 2,4 % en raison de la flambée des prix de l’essence. Cette hausse avait fait suite à plusieurs mois de ralentissement de la croissance des prix. L’IPC-tronq et l’IPC-méd s’étaient atténuées et laissaient entrevoir une tendance à la baisse des pressions inflationnistes. Cette situation cadrait avec l’offre excédentaire et la faiblesse du marché du travail. Les membres ont toutefois noté que les hausses de prix de certaines composantes de l’IPC, notamment les loyers et l’alimentation, demeuraient élevées. Dans l’ensemble, la part des composantes de l’IPC qui avaient enregistré des hausses de prix supérieures à 3 % avait baissé, et celle des composantes dont le taux d’inflation était inférieur à 1 % avait augmenté. Même si les cours plus élevés de l’énergie avaient influé sur certaines composantes, comme le transport aérien, les membres étaient d’accord pour dire que peu de signes montraient jusque-là que la montée de ces cours s’était répercutée de façon plus générale sur les prix d’autres biens et services. Vu le renchérissement de l’essence et les hausses encore élevées des prix des aliments, les attentes d’inflation à court terme avaient augmenté, mais celles à long terme demeuraient bien ancrées.

Le Conseil a convenu que ses perspectives de croissance et d’inflation au Canada reposaient largement sur l’hypothèse que les droits de douane américains demeureraient inchangés et que les prix du pétrole baisseraient, ce qui dépendrait de l’évolution de la guerre au Moyen-Orient.

Les membres s’attendaient à ce que la croissance du produit intérieur brut (PIB) s’élève à 1,2 % en 2026, puis augmente pour atteindre 1,6 % en 2027 et 1,7 % en 2028. Le redressement de la croissance du PIB sur l’horizon de projection reflétait une hausse graduelle des exportations et des investissements des entreprises. Cette croissance dépassant légèrement celle de la production potentielle, l’offre excédentaire observée dans l’économie allait se résorber progressivement sur l’horizon de projection.

On s’attendait à ce que l’inflation augmente à environ 3 % en avril, avant de redescendre à la cible de 2 % au début de 2027, surtout en raison de la baisse anticipée des cours mondiaux du pétrole.

La guerre au Moyen-Orient avait une incidence considérable sur les perspectives d’inflation à court terme, mais les membres s’attendaient à ce que ses répercussions globales sur la croissance soient faibles. Les cours pétroliers plus élevés freinaient les dépenses – les entreprises et les ménages étant mis sous pression par les prix plus élevés de l’énergie –, mais faisaient aussi augmenter les recettes d’exportation canadiennes. Ces effets touchant différents secteurs de l’économie modifieraient la composition de la croissance, mais les perspectives du Conseil quant à la croissance globale du PIB demeuraient essentiellement inchangées par rapport à celles présentées dans le Rapport de janvier.

Considérations relatives à la politique monétaire

Les membres ont discuté des implications de l’évolution récente de l’économie pour l’orientation actuelle de la politique monétaire.

L’économie canadienne était confrontée à deux principaux risques : les relations commerciales avec les États-Unis et l’évolution de la guerre au Moyen-Orient. Les membres ont convenu que l’incertitude était élevée et que les changements sur les deux fronts pourraient avoir des répercussions importantes sur les perspectives d’inflation, selon la tournure des événements et la façon dont les chocs se propageraient dans l’économie.

En ce qui concerne les échanges commerciaux, le Conseil a conclu qu’il ne pouvait pas perdre de vue les risques pour la croissance attribuables à l’incertitude entourant la politique commerciale des États-Unis et la restructuration en cours de l’économie. Si les États-Unis imposaient d’autres restrictions commerciales importantes au Canada, l’activité pourrait s’affaiblir et pousser l’inflation à la baisse. Les membres ont noté que la politique commerciale américaine était imprévisible et qu’il fallait se préparer à des conséquences négatives. En même temps, les membres ont aussi reconnu que l’économie avait été résiliente. Les économies mondiale et canadienne avaient fait face à plusieurs crises majeures potentielles au cours des mois précédents.

La guerre au Moyen-Orient avait déjà fait monter les prix de l’essence, ce qui représentait un nouveau risque à la hausse pour l’inflation. Les membres étaient d’accord pour dire que les mesures appropriées de politique monétaire à prendre dépendaient pour l’essentiel de deux facteurs : les conditions économiques au moment du choc et la persistance de celui-ci.

Premièrement, malgré les prix plus élevés de l’essence qui avaient mis sous pression la population canadienne déjà confrontée à des problèmes d’abordabilité, l’inflation mesurée par l’IPC s’était maintenue près de 2 % depuis l’été 2024. Les mesures de l’inflation fondamentale avaient également affiché une tendance à la baisse récemment. Étant donné les capacités inutilisées sur le marché du travail et l’offre excédentaire dans l’économie, les entreprises seraient moins susceptibles de répercuter leurs coûts plus élevés sur les consommateurs. Vu ce contexte de départ, et puisque le taux directeur se situait du côté expansionniste de la fourchette du taux d’intérêt neutre, les membres ont estimé pouvoir faire abstraction du choc inflationniste initial provoqué par les prix plus élevés du pétrole.

Les membres ont toutefois reconnu que l’offre excédentaire pourrait être moins importante qu’estimé et que l’écart de production pourrait se résorber plus vite que prévu. De plus, comme la population avait récemment dû composer avec une forte poussée d’inflation, il était possible qu’elle soit plus sensible aux variations de prix et que les attentes d’inflation changent plus rapidement. Les entreprises pourraient aussi répercuter leurs coûts plus élevés sur leur clientèle plus rapidement. Les membres ont mentionné pouvoir faire preuve de patience pour le moment, mais ont souligné que la situation pourrait changer rapidement et qu’il leur faudrait peut-être prendre des mesures de politique monétaire pour contrer le risque que l’inflation se généralise et devienne plus persistante.

Deuxièmement, les mesures appropriées de politique monétaire à prendre dépendaient de la persistance du choc des prix du pétrole. Dans son scénario de référence, le Conseil prévoyait une baisse des cours pétroliers durant l’année à venir, mais il a reconnu que beaucoup d’incertitude entourait cette hypothèse. Les membres ont discuté des différentes façons dont le maintien durable des prix du pétrole à un niveau élevé pourrait se répercuter sur l’économie canadienne et l’inflation, et ont décidé d’inclure un scénario dans le Rapport d’avril pour illustrer ces issues. Si les cours pétroliers devaient rester élevés pendant une période prolongée, l’inflation mesurée par l’IPC pourrait augmenter davantage et rester élevée plus longtemps. Les prix plus élevés de l’énergie et les goulots d’étranglement de l’offre pourraient créer des pressions plus généralisées sur les coûts, et l’inflation pourrait se propager à d’autres biens et services. Dans une telle situation, il faudrait resserrer la politique monétaire pour éviter que l’inflation s’enracine et pour garder les attentes d’inflation ancrées. Le degré de resserrement dépendrait d’autres évolutions connexes, comme les investissements dans le secteur de l’énergie et la réaction du taux de change.

Décision de politique monétaire

Le Conseil a pris en compte l’évolution récente du contexte géopolitique et les perspectives de croissance et d’inflation au Canada formulées par la Banque, ainsi que leurs incidences sur l’orientation actuelle de la politique monétaire.

En supposant une baisse des prix du pétrole, on s’attendait à ce que la croissance économique soit modérée et à ce que l’inflation culmine à environ 3 % avant de redescendre graduellement à 2 %. Les membres ont estimé pouvoir regarder au-delà de l’impact initial de la guerre au Moyen-Orient sur les prix de l’essence. Convenant que le niveau de soutien actuel fourni par la politique monétaire était approprié, le Conseil a donc décidé de maintenir le taux directeur à 2,25 %.

Les membres ont aussi discuté de la trajectoire probable du taux directeur à court terme. Si l’économie évoluait généralement comme prévu dans le Rapport d’avril, le Conseil a convenu qu’un taux semblable au taux directeur actuel serait sans doute approprié pour aider l’économie à s’ajuster et garder l’inflation près de la cible de 2 %. Les membres n’ont pas exclu la nécessité d’ajuster le taux directeur si le scénario de référence se concrétisait, mais ont estimé que dans ce cas, les modifications du taux devraient être modestes.

Cependant, l’incertitude était plus élevée que d’habitude. Les membres ont parlé des issues possibles liées à la politique commerciale américaine et à la guerre au Moyen-Orient. Il faudrait peut-être baisser davantage le taux directeur si les États-Unis imposaient de nouvelles restrictions commerciales au Canada. À l’inverse, si les prix du pétrole restaient élevés plus longtemps, le risque d’une inflation plus généralisée et plus persistante augmenterait, et des hausses consécutives du taux directeur pourraient être nécessaires pour ramener l’inflation durablement à la cible de 2 %.

Les membres ont reconnu que l’issue réelle pourrait refléter une combinaison de ces deux chocs ainsi que d’autres évolutions. Il y avait différents points de vue quant aux probabilités liées au résultat de la révision de l’ACEUM et à la guerre au Moyen-Orient, et par conséquent à la trajectoire la plus probable du taux directeur pour l’avenir. Le Conseil a convenu que, selon l’évolution de la situation, il pourrait devoir réagir avec souplesse.

Il a été établi que les membres suivraient de près l’évolution de la situation et en évalueraient les implications pour la croissance et l’inflation. Le Conseil s’est dit rester prêt à réagir au besoin, si les perspectives changeaient.

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