Perspectives

Rapport sur la politique monétaire – Janvier 2026 – Économie canadienne

Les restrictions commerciales imposées par les États-Unis ont perturbé l’économie canadienne, entraînant des ajustements structurels qui prendront du temps à se mettre en place. La croissance devrait rester modeste. L’offre excédentaire et les pressions à la hausse sur les coûts devraient plus ou moins se contrebalancer au cours de la période de projection, de sorte que l’inflation devrait se maintenir près de la cible de 2 %.

Les droits de douane ont entraîné une réduction durable de la demande américaine de biens canadiens, ce qui pèse sur l’emploi, la productivité et le niveau de vie au Canada. En réaction à ces conditions, l’économie canadienne est en train de se restructurer (Point de mire : Comment les entreprises canadiennes s’adaptent face aux droits de douane américains).

La restructuration implique le développement de nouveaux marchés et de nouvelles chaînes d’approvisionnement qui permettront de diversifier les échanges commerciaux du Canada et de réduire la dépendance à l’égard des États-Unis. Compte tenu de cette situation, les travailleurs et les capitaux se réorientent aussi graduellement des secteurs les plus touchés par les droits de douane vers d’autres secteurs ou de nouveaux débouchés.

La transition sera difficile pour les travailleurs et les entreprises touchés, et la croissance sera modeste. À mesure que la restructuration progressera, la productivité et la croissance économique devraient reprendre graduellement.

Dans l’ensemble, les droits de douane américains ont des effets négatifs persistants sur l’économie canadienne. D’ici la fin de 2026, le niveau du produit intérieur brut (PIB) devrait être environ 1½ % inférieur à ce qui était prévu dans le Rapport de janvier 2025 (graphique 11). À peu près la moitié du manque à gagner causé par les droits de douane est attribuable à la baisse de la production potentielle, tandis que le reste reflète l’offre excédentaire accrue.


Perspectives économiques

La politique commerciale américaine a affaibli la demande d’exportations canadiennes et accentué l’incertitude. En conséquence, certaines entreprises ont reporté leurs projets d’expansion. Cette situation entrave la capacité de croissance de l’économie. Pour tenir compte de cette dynamique, la projection de la Banque repose sur l’hypothèse que la croissance de la production potentielle ralentira en 2026, puis se redressera progressivement en 20271.

La croissance du PIB devrait rester modeste et s’établir à 1,1 % en 2026 et à 1,5 % en 2027, ce qui serait suffisant pour absorber graduellement l’offre excédentaire créée par les restrictions commerciales imposées par les États-Unis (graphique 12). Dans l’ensemble, les perspectives économiques demeurent essentiellement semblables à celles présentées dans le Rapport d’octobre.


Les échanges commerciaux devraient s’ajuster graduellement

Bien que les droits de douane américains imposés au Canada se limitent à certains secteurs, comme l’acier et l’aluminium, leurs effets sur les exportations se font largement sentir. L’incertitude entourant la politique commerciale incite certains clients américains à reporter leurs commandes. De plus, beaucoup d’entreprises canadiennes repoussent leurs projets d’expansion, et certaines abordent avec prudence de nouveaux contrats avec des partenaires américains. De surcroît, il faudra du temps pour établir de nouvelles relations commerciales avec des clients et des fournisseurs ailleurs dans le monde.

À mesure que les entreprises continueront de s’adapter au nouveau contexte commercial, on devrait observer une expansion modeste des exportations (graphique 13).

La Banque s’attend à ce que la croissance des importations augmente au cours de la période de projection, à mesure que la demande intérieure se raffermira.


La croissance des investissements devrait reprendre

La faiblesse de la demande et l’incertitude entourant les politiques commerciales continuent de peser sur les projets d’investissement des entreprises exportatrices et non exportatrices. La croissance de leurs investissements devrait être lente pendant la majeure partie de 2026. On s’attend à un redressement à mesure que l’incertitude liée à la politique commerciale américaine s’atténuera et que la croissance des exportations se raffermira. Les programmes ciblés du gouvernement fédéral devraient aussi soutenir les investissements des entreprises2.

Les dépenses publiques en infrastructures devraient augmenter, en raison surtout des engagements pris dans les budgets provinciaux. De nouveaux transferts fédéraux de capitaux stimuleront aussi les investissements dans ce domaine3.

L’accumulation importante des stocks survenue au début de 2025 devrait s’atténuer. Ce phénomène pèsera sur la croissance économique en 2026.

La croissance de la consommation par habitant devrait être modeste

La Banque s’attend à ce que la croissance trimestrielle de la consommation soit modeste pendant la majeure partie de 2026 et à ce qu’elle se redresse lentement en 2027. Cette lente progression reflète l’expansion démographique au cours de la période de projection.

La croissance de la consommation par habitant – une meilleure mesure de l’évolution du niveau de vie moyen que la consommation globale – devrait rester vigoureuse au début de 2026, soutenue par les baisses de taux d’intérêt passées et la hausse des cours boursiers. À mesure que l’incidence de ces deux facteurs s’estompera, la croissance de la consommation par habitant devrait ralentir. La Banque s’attend à ce qu’elle se redresse ensuite graduellement en 2027, grâce aux gains réalisés au chapitre du revenu disponible réel (graphique 14).


La croissance de l’investissement résidentiel devrait s’améliorer

On s’attend à ce que l’investissement résidentiel progresse modérément au cours de la période de projection. La demande refoulée de logements, reflétant la vigueur passée de la croissance démographique, devrait continuer de soutenir le marché du logement. Les problèmes d’abordabilité devraient toutefois persister, surtout dans les grands centres urbains comme Toronto et Vancouver. Par conséquent, la croissance de l’investissement résidentiel sera inégale d’une ville à l’autre.

Le ralentissement de l’expansion démographique, combiné à une augmentation constante de l’offre de logements, contribue à atténuer les déséquilibres sur le marché du logement. Les mises en chantier devraient demeurer à des niveaux élevés tout au long de la période de projection.

Perspectives d’inflation

L’inflation devrait être proche de 2½ % en janvier, avant de ralentir pour avoisiner 1¾ % en février et en mars (graphique 15). Ce recul attendu reflète des prix de l’énergie plus bas, une croissance plus lente des frais de logement et la fin des effets de glissement annuel découlant du congé de TPS/TVH octroyé l’hiver dernier4.


En avril, l’inflation devrait se stabiliser juste au-dessus de 2 %, lorsque le retrait de la taxe sur le carbone pour les consommateurs effectué 12 mois auparavant cessera d’exercer des pressions à la baisse sur le taux de variation des prix de l’énergie sur un an. L’inflation devrait ensuite se maintenir près de 2 % pendant le reste de la période de projection, en raison d’une combinaison de forces qui se neutralisent (graphique 16).


On s’attend à ce que les coûts liés aux droits de douane exercent des pressions à la hausse sur l’inflation tout au long de l’horizon de projection, notamment par les canaux suivants :

  • coûts plus élevés des produits finis et intermédiaires importés au Canada, du fait des droits de douane imposés par les États-Unis à leurs partenaires commerciaux
  • coûts des intrants accrus, les entreprises canadiennes diversifiant leurs chaînes d’approvisionnement pour réduire leur dépendance à l’égard des États-Unis
  • frais de transport et coûts logistiques plus élevés, en raison de la décision des entreprises d’importer leurs produits directement au Canada

Il subsiste d’autres sources de pressions haussières sur l’inflation, mais leur importance diminue. Par exemple, on estime que les contre-mesures tarifaires sur les produits américains que le Canada a mises en œuvre sont en grande partie intégrées dans les prix intérieurs. La hausse des prix des services liés au logement s’est considérablement modérée, même si la progression des loyers demeure élevée. La Banque prévoit que la hausse des loyers se modérera à mesure que l’offre de logements augmentera et que la croissance de la demande ralentira, vu l’expansion démographique plus faible.

Des forces à la baisse sur l’inflation sont aussi à l’œuvre. Les restrictions commerciales américaines ont engendré une offre excédentaire, en raison de l’affaiblissement de la demande. Cette offre excédentaire devrait peser sur les coûts unitaires de main-d’œuvre et exercer des pressions à la baisse sur l’inflation durant la période de projection.

  1. 1. Une augmentation progressive de la croissance démographique devrait aussi contribuer à la hausse de la production potentielle en 2027.[]
  2. 2. Les programmes comprennent, entre autres, le Fonds pour la diversification des corridors commerciaux et le Fonds de réponse stratégique.[]
  3. 3. Le Fonds pour bâtir des collectivités fortes en est un exemple.[]
  4. 4. Certains prix ont été temporairement plus bas de décembre 2024 à février 2025 en raison du congé de TPS/TVH. Un effet de glissement annuel, soit la comparaison avec des prix anormalement bas durant les mêmes mois l’an dernier, fera brièvement monter l’inflation sur un an entre décembre 2025 et février 2026.[]

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