
Le prix du panier d’épicerie a vu sa croissance augmenter en 2025. Cela tient surtout aux pressions grandissantes sur les coûts qui sont apparues à la fin de 2024 et se sont propagées tout au long des chaînes d’approvisionnement. Par rapport à la pandémie de COVID‑19, ces pressions ont été à la fois moins fortes, moins généralisées et davantage reliées aux produits importés.
En parcourant les allées d’épiceries ces jours-ci, beaucoup de gens ont l’impression que les prix ont nettement augmenté.
Cette impression est justifiée. Depuis 2022, les prix à l’épicerie ont grimpé d’environ 22 %, alors que les autres prix à la consommation ont progressé en moyenne de 13 %. En 2025, l’inflation dans l’alimentation, qu’on définit ici comme le taux d’accroissement sur douze mois des prix des aliments achetés en magasin, a été élevée. En décembre, elle a atteint 5 %, son plus haut niveau depuis la fin de 2023.
La hausse des prix des aliments a des effets importants et immédiats sur les ménages – qui consacrent environ 11 % de leur budget à l’épicerie – et sur l’inflation globale.
Il importe donc que les ménages et la Banque du Canada comprennent ce qui influe sur cette composante de l’inflation et combien de temps ces effets peuvent durer.
La chaîne d’approvisionnement des aliments est longue et complexe
Les denrées alimentaires parcourent un long chemin pour se rendre à notre assiette. Ces produits sont d’abord le fruit d’une exploitation (agriculture, élevage, pêche, etc.). Ensuite, ils sont transformés, emballés, transportés et vendus en gros avant de se retrouver sur les tablettes. Dans quelle mesure chacune de ces étapes contribue-t-elle aux prix des aliments?
Pour répondre à cette question, un cadre détaillé est établi afin d’évaluer de façon systématique chacune des catégories de coûts.
D’abord, des données détaillées sur les chaînes d’approvisionnement de l’économie fournies par Statistique Canada sont utilisées pour ventiler les prix des aliments au détail. Les fruits et légumes sont exclus de l’analyse, car leurs prix ont tendance à être très volatils, en raison des conditions météorologiques très changeantes.
Les denrées vendues en épicerie sont soit directement importées – c’est-à-dire prêtes à vendre sans autre étape de production –, soit produites au Canada à partir d’intrants nationaux ou importés.
Sur cette base, les composantes de coût des aliments sont classées en huit grandes catégories :
- les importations directes, comme les produits prêts à vendre tels que l’huile d’olive
- les intrants importés, comme les ingrédients, engrais et machines d’origine étrangère
- les biens produits au pays, comme le blé et les œufs
- les frais de transport international
- les coûts de l’énergie, comme le carburant diesel, l’électricité ou le gaz naturel
- les services aux entreprises, comme les loyers, les frais de commercialisation et le transport intérieur
- les salaires
- les marges et impôts
Le graphique 1 illustre la contribution moyenne de chaque catégorie au prix de détail final des denrées alimentaires (hors fruits et légumes).
Naturellement, les parts illustrées dans le graphique 1 varient selon le type d’aliment. Par exemple, les aliments emballés présentent une plus grande part d’importations directes. En revanche, les produits laitiers ou à base de viande sont en grande partie produits au Canada, ce qui les rend plus sensibles aux variations des composantes intérieures, comme les salaires et les coûts d’autres intrants.
Pour surveiller les pressions sur les coûts associées aux catégories présentées dans le graphique 1, des données sur les 32 composantes de coût sous-jacentes les plus courantes sont recueillies. Des pondérations leur sont attribuées, puis elles sont additionnées pour faire le suivi des coûts totaux.
La croissance des prix des aliments est étroitement liée aux pressions sur les coûts, mais avec un certain décalage
Ce travail offre un regard sur les coûts qui entrent dans le prix des aliments. Mais il faut du temps pour que les pressions sur les coûts se reflètent pleinement dans les prix des aliments à l’épicerie. Cela peut s’expliquer notamment par le fait qu’en général, les épiciers :
- utilisent des contrats à long terme
- détiennent des stocks achetés à des prix différents
- attendent de voir si les pressions sur les coûts vont perdurer
D’après les recherches, il faut entre six et neuf mois pour que ces pressions sur les coûts se répercutent pleinement sur les prix des aliments.
En effet, lorsque la série de coûts totaux est avancée de six mois, il s’avère qu’elle suit de près les variations de la croissance des prix des aliments dans l’indice des prix à la consommation (graphique 2). Cela porte à croire qu’une grande partie de ces variations de coûts tout au long de la chaîne d’approvisionnement alimentaire finit par être transmise aux consommateurs par le biais des prix de détail. Les variations de coûts passées jouent donc un rôle important dans la dynamique de l’inflation qu’on observe. C’est ce qui s’est produit en 2025 : l’emballement des prix des aliments reflétait en grande partie les pressions accrues sur les coûts observées à la fin de 2024 et au début de 2025.
La hausse de l’inflation dans les prix des aliments en 2025 s’explique surtout par les coûts d’importation
Le cadre détaillé présenté ci-dessus aide à déterminer les types de coûts qui entraînent des variations dans la croissance des prix des aliments. En 2025, le principal moteur de la montée de l’inflation dans l’alimentation semble avoir été les coûts des importations (graphique 3), qui étaient majoritairement des importations directes de produits transformés.
Les prix des denrées importées ont commencé à augmenter au début de l’année, en partie sous l’effet de la dépréciation importante du dollar canadien à la fin de 2024. Pour certains produits, les prix ont grimpé exceptionnellement vite. Par exemple, en décembre 2025, les prix du café et des confiseries comme les chocolats et les bonbons étaient, respectivement, 31 % et 14 % plus élevés qu’en décembre 2024. Ces deux produits ont été touchés par des ruptures d’approvisionnement – causées notamment par des phénomènes météorologiques extrêmes – et par les droits de douane.
À l’intérieur du Canada, les pressions sur les coûts se sont concentrées dans le secteur des animaux vivants – amplifiées par la sécheresse et les coûts élevés des aliments pour animaux – et dans les produits alimentaires intermédiaires. Par exemple, les prix de détail du bœuf en décembre 2025 étaient supérieurs de 17 % à ceux enregistrés en décembre 2024. Mais ces pressions sur les coûts ont été en partie contrebalancées par la baisse des coûts de main-d’œuvre dans les secteurs du commerce de gros et de détail.
Si l’on examine ce qui s’est passé pendant la pandémie de COVID-19, on constate que les causes de la montée de l’inflation dans l’alimentation étaient différentes.
Durant la pandémie, les pressions sur les coûts étaient généralisées et omniprésentes. La hausse des coûts du transport maritime et de l’énergie à l’échelle mondiale s’est reflétée dans les intrants industriels, puis dans les salaires et les services commerciaux tel le camionnage. Et les entreprises ont répercuté la plupart de ces surcoûts sur les consommateurs.
Alimenter la réflexion
Les prix élevés des denrées alimentaires continuent de peser sur les budgets de nombreux ménages. Les ménages à faible revenu, en particulier, ressentent vraiment ce fardeau, parce qu’ils consacrent une part beaucoup plus importante de leur budget à l’épicerie que les ménages à revenu élevé. Selon Statistique Canada, les ménages du plus bas quintile de revenu ont consacré plus de 27 % de leur revenu disponible à l’alimentation et aux boissons non alcoolisées en 2024, comparativement à 5 % pour les ménages du plus haut quintile.
La surveillance des variations des pressions sur les coûts aux échelles mondiale et nationale procure des indications utiles sur la dynamique de la croissance des prix des aliments au Canada. À titre d’exemple, les pressions exercées par les coûts d’importation se sont atténuées dans la seconde moitié de 2025, mais certaines pressions sur les coûts intérieurs, comme celles qui influent sur les prix de la viande, ont persisté. On continuera de surveiller ces pressions sur les coûts pour voir comment elles se répercuteront sur les prix dans nos épiceries.
Avis de non-responsabilité
Les articles de Sparks et Bank traitent d’enjeux touchant l’économie et les politiques des banques centrales. Ils sont produits en toute indépendance du Conseil de direction de la Banque du Canada. Les opinions exprimées dans chaque article sont celles des autrices et auteurs uniquement, et ne reflètent pas nécessairement le point de vue officiel de la Banque.En savoir plus
DOI : https://doi.org/10.34989/saba-3