Le gouverneur Tiff Macklem parle de la mutation des risques pesant sur la stabilité financière, à l’heure où les fonds de couverture et le crédit privé jouent un rôle croissant sur les marchés mondiaux de la dette.

Risques accrus liés à l’essor de nouveaux acteurs

L’essor d’acteurs non bancaires, comme les fonds de couverture et les entités de crédit privé, dans le système financier mondial a apporté des avantages évidents en améliorant la liquidité et la souplesse des marchés de la dette. La migration de certaines activités en dehors du secteur bancaire réglementé s’accompagne toutefois de risques accrus pour la stabilité financière.

La plupart des sociétés d’investissement maîtrisent bien leurs risques, mais les dangers qui s’étendent à plusieurs marchés et au-delà des frontières peuvent évoluer dans leur angle mort. Le Conseil de stabilité financière, un organisme international, dégage des corrélations pour identifier les vulnérabilités systémiques, par l’entremise de son Comité permanent sur l’évaluation des vulnérabilités.

Ce travail est d’autant plus urgent dans le contexte économique actuel, où :

  • les risques géopolitiques sont élevés, alors que plusieurs conflits font rage
  • l’incertitude commerciale demeure élevée
  • la croissance est soutenue par les dépenses publiques et les investissements dans l’intelligence artificielle, deux facteurs qui pourraient atteindre leurs limites
  • les perspectives de croissance mondiale sont plus fragiles qu’à l’habitude

Les acteurs non bancaires occupent une plus grande part du marché du crédit, mais ils ne sont pas aussi étroitement surveillés que les banques traditionnelles. Deux sujets méritent une attention particulière :

  • les opérations à effet de levier effectuées par les fonds de couverture sur les marchés des obligations d’État
  • la croissance rapide du crédit privé

Les risques pourraient augmenter plus vite que notre capacité à les comprendre et à les atténuer. L’incertitude économique est déjà élevée : on ne peut pas se permettre d’y ajouter de l’instabilité financière. »

Effet de levier sur les marchés des obligations d’État

À un moment où les gouvernements émettent plus de titres d’emprunt, les fonds de couverture sont devenus des acteurs centraux sur les marchés des obligations d’État. Ils favorisent la liquidité, ce qui facilite l’achat et la vente de titres d’emprunt, et contribuent à la découverte des prix. Leur participation améliore ainsi l’efficience du marché.

C’est en période de tensions que le bât blesse. En temps normal, les fonds de couverture empruntent massivement pour investir; ils contractent souvent des prêts à très court terme, assortis de protections limitées, sur les marchés des pensions. Lorsque des tensions surgissent, ce financement peut se tarir rapidement, contraignant les fonds de couverture à vendre leurs obligations sous pression, une situation qui peut amplifier une baisse de prix et restreindre la liquidité.

Pour rendre ces risques plus visibles pour les autorités et plus gérables, il nous faut de meilleures données, une infrastructure de marché plus solide et un recours accru à la compensation centrale afin que les marchés des pensions puissent continuer à bien fonctionner en période de tensions.

Ici, au Canada, TMX est en train de bâtir une plateforme nationale pour les opérations de pension tripartites, que la Banque du Canada prévoit utiliser pour ses opérations de pension sur le marché intérieur. Les améliorations des infrastructures comme celles-ci devraient renforcer la confiance dans le fait que les marchés essentiels continueront de fonctionner, même en période difficile.

Crédit privé

Le marché mondial du crédit privé – c’est-à-dire les prêts accordés aux entreprises par des investisseurs non bancaires comme les fonds de pension, les assureurs et les fonds d’investissement – a connu une expansion rapide au cours des dernières années. Au Canada, la croissance du crédit privé a été plus modeste, mais les institutions canadiennes participent activement à ce marché.

Le crédit privé vient combler des manques importants. Il fournit du financement à des entreprises qui ne sont peut-être pas bien servies par les banques traditionnelles ou les marchés publics.

Encore une fois, ce qui nous préoccupe, c’est la façon dont le crédit privé se comporte en période de tensions et la difficulté de mesurer les risques. Le crédit privé est plus difficile à évaluer sur le plan de la qualité des prêts, du levier financier et des liens avec le reste du système financier. Si les défauts augmentent, les investisseurs pourraient tenter de se retirer rapidement. Compte tenu de la liquidité limitée, ces tensions pourraient se propager aux banques et aux marchés publics, tant au pays qu’à l’étranger.

Nous comptons sur le secteur privé pour être la première ligne de défense. Mais en travaillant ensemble pour améliorer la surveillance, mettre en commun l’information et renforcer l’infrastructure des marchés, nous pouvons rendre le système plus robuste.

Ensemble, on peut faire connaître les enjeux et bâtir la résilience. Quand les tensions vont survenir, tout le monde devra être prêt. »

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