Je suis heureux de me présenter devant les membres de ce comité pour la première fois depuis ma nomination au poste de gouverneur de la Banque du Canada le jour même où est publiée la livraison du printemps de notre Rapport sur la politique monétaire. M. Knight et moi espérons être en mesure de revenir devant vous en mai et en novembre de chaque année à la date de parution du Rapport, ou dans les jours qui la suivront.

Le Rapport renferme notre plus récente évaluation des perspectives en matière de croissance économique et d'inflation au Canada. Mais avant de vous en donner un aperçu, j'aimerais dire quelques mots au sujet de l'objectif que vise la politique monétaire canadienne et des moyens que nous prenons pour l'atteindre.

La Banque a le mandat de contribuer au bien-être économique des Canadiens. Il est donc de notre devoir de mener une politique monétaire qui favorise une expansion soutenue de l'économie en créant des conditions propices à la hausse de la production, de l'emploi et des revenus et à une plus grande stabilité de l'environnement macroéconomique.

La contribution particulière que la Banque peut apporter à la bonne tenue de l'économie est de préserver la confiance des Canadiens dans la valeur future de leur monnaie. Ceux-ci doivent pouvoir vaquer à leurs occupations avec la pleine assurance que leur banque centrale maintiendra le taux d'inflation à un niveau bas, stable et prévisible. Ainsi, ils pourront prendre des décisions économiques plus judicieuses, ce qui devrait se traduire par de meilleurs résultats économiques en général.

La Banque applique sa politique de faible inflation dans un cadre fondé sur la poursuite de cibles explicites de maîtrise de l'inflation et appuyé par un régime de changes flexibles. L'objectif actuel consiste à maintenir la tendance de l'inflation dans une fourchette allant de 1 à 3 %, en visant le point médian de 2 %.

Les cibles d'inflation servent de point d'ancrage à la politique monétaire et aux attentes des gens en matière d'inflation. Elles procurent à la Banque un moyen efficace d'évaluer les pressions qui s'exercent sur la demande, nous permettant ainsi de prendre les mesures nécessaires pour empêcher une surchauffe lorsque l'économie est robuste et pousse l'appareil de production aux limites de sa capacité ou, à l'inverse, pour soutenir la croissance lorsque l'économie est faible.

Pour sa part, le régime de changes flexibles aide l'économie à s'ajuster aux perturbations que sont par exemple les modifications de la demande de nos produits à l'étranger ou encore les variations des prix de nos exportations par rapport à ceux de nos importations. De plus, l'ajustement se fait avec moins de fluctuations sur le plan de la production et de l'emploi que ce ne serait le cas si le taux de change était fixe.

Maintenant que je vous ai exposé brièvement notre stratégie de maîtrise de l'inflation, j'aimerais vous entretenir de la conjoncture économique. Lorsque mon prédécesseur s'est présenté devant vous en mai 2000, l'économie croissait à vive allure sous l'impulsion d'une demande vigoureuse chez nous et aux États-Unis. De fait, comme des signes de pressions sur la capacité s'étaient manifestés et qu'il importe de maintenir une expansion non inflationniste au Canada, la Banque a relevé les taux d'intérêt le lendemain de son témoignage devant le Comité.

Cette augmentation des taux a donné un certain coup de frein à la croissance de la demande intérieure. Mais, à l'instar de la plupart des analystes, nous n'avions pas prévu le ralentissement abrupt qu'a connu l'économie américaine. C'est ce ralentissement qui explique que la baisse de régime de l'activité au Canada ait été plus prononcée que nous ne l'avions projeté.

Depuis février, nous affirmons, à la Banque, que la croissance au premier semestre de l'année sera très modeste. Et nous avons aussi indiqué que l'économie canadienne tournera probablement en deçà de son potentiel d'ici le milieu de l'année. Dans l'ensemble, les renseignements reçus jusqu'à maintenant cadrent en gros avec les projections de la Banque. Les chiffres mensuels sont volatils; certains ont été plus bas, d'autres plus élevés, que prévu. Mais, de façon générale, ils confortent notre opinion voulant que la faiblesse du premier semestre tienne principalement aux corrections des stocks qui s'opèrent en réaction à l'atonie de la demande – en particulier dans l'industrie automobile – et aux ajustements en cours dans d'autres secteurs, notamment ceux de la fabrication de matériel électronique et de télécommunication.

La Banque continue de croire qu'après une avance très modérée au premier semestre de 2001, l'activité s'accélérera au second et se renforcera encore davantage en 2002. Laissez-moi vous expliquer sur quoi s'appuie notre prévision. Malgré la baisse de production dans les trois secteurs très en vue que je viens de citer, l'activité globale au sein de l'économie poursuit sa croissance, soutenue par la vigueur fondamentale qui caractérise d'autres secteurs, comme l'énergie, les ventes au détail, le logement, la construction non résidentielle et la plupart des services. La demande intérieure finale, alimentée par les récentes réductions d'impôt qui font augmenter le revenu disponible, devrait continuer de progresser. Et nous nous attendons à un raffermissement de la demande étrangère durant la dernière partie de l'année, à la faveur des réductions substantielles des taux d'intérêt aux États-Unis. Néanmoins, nous ne pouvons savoir avec certitude à quel moment surviendra l'accélération de la croissance dans ce pays, ni quelle sera son ampleur.

Ici, au Canada, nous avons considérablement abaissé les taux d'intérêt afin de soutenir la croissance de la demande, ce qui était compatible avec notre objectif de maintenir l'inflation aux alentours de 2 % à moyen terme. Depuis janvier, la Banque a retranché 100 points de base à ses taux directeurs, ramenant à 4 3/4 % le taux du financement à un jour au Canada – qui est l'équivalent du taux des fonds fédéraux américains.

Compte tenu de cet assouplissement des conditions monétaires et de l'accélération anticipée du rythme de l'activité au second semestre, la Banque prévoit maintenant que le taux de croissance moyen de l'activité au Canada en 2001 se situera entre 2 et 3 %. L'an prochain, nous croyons que la production progressera à un rythme légèrement supérieur à celui de son potentiel de croissance, que la Banque évalue à 3 %.

Sur la foi du profil de croissance de la production sur lequel la Banque table, l'inflation mesurée par l'indice de référence devrait s'établir en moyenne un peu au-dessous de 2 % durant le reste de 2001, puis remonter à 2 % avant la fin de 2002. Quant au taux d'augmentation de l'IPC global, il devrait être volatil durant les prochains mois, puis descendre aux environs de 2 % d'ici la fin de l'année si les cours mondiaux de l'énergie se stabilisent autour des niveaux actuels.

J'aimerais maintenant dire quelques mots sur l'évolution qu'ont enregistrée récemment les marchés financiers et qui, essentiellement, reflète l'inquiétude et l'incertitude croissantes entourant les perspectives de l'économie mondiale. Préoccupés par le climat ambiant, les investisseurs ont, une fois de plus, recherché la sécurité et la liquidité des avoirs financiers libellés en dollars É.-U. Il en est résulté une appréciation de la devise américaine par rapport à toutes les grandes monnaies, et cela en dépit du tassement marqué de l'activité aux États-Unis. Bien que le cours du dollar canadien soit demeuré ferme par rapport à celui des autres grandes devises, son repli vis-à-vis du dollar américain a fait l'objet de nombreux commentaires sur la place publique canadienne. Étant donné que le taux de change est un prix important dans l'économie, la Banque comprend que les fluctuations de la valeur de notre monnaie puissent être une source d'inquiétude pour les Canadiens. Je tiens à vous assurer que la Banque suit de très près ce qui se passe sur les marchés. Nous évaluons aussi soigneusement les retombées des variations du cours de notre monnaie sur la demande globale et l'inflation au pays.

Pour conclure, je tiens à réitérer que la Banque demeure généralement optimiste face aux perspectives de l'économie canadienne. Nous continuons de nous attendre à une accélération de l'expansion au second semestre de cette année et à un renforcement additionnel en 2002. Le principal risque qui pèse sur ce scénario concerne le moment et l'ampleur de la remontée attendue de la croissance aux États-Unis. Compte tenu de l'incertitude à ce sujet, nous continuerons de suivre la situation de près, et nous prendrons les mesures qui conviennent.