Les prévisions du prix du pétrole aident les banques centrales à évaluer les risques entourant l’inflation et l’activité économique. Trois grandes approches sont couramment utilisées par les prévisionnistes : le prix le plus récent, les marchés à terme et les modèles économiques. La meilleure méthode dépend de l’horizon de prévision et du besoin d’établir une simple prévision ou de comprendre aussi les facteurs qui la sous‑tendent.

Le pétrole est un intrant essentiel à la fabrication et au transport des biens courants. Son prix se diffuse dans l’ensemble de l’économie, jusque dans le prix de l’essence à la pompe. Et ce prix peut changer rapidement lorsque les marchés reçoivent de nouvelles informations sur l’offre, l’actualité internationale ou les perspectives de l’économie mondiale. La fermeture du détroit d’Ormuz au début de 2026 en est un bon exemple.

Compte tenu des vastes ramifications du prix du pétrole, les décisionnaires, les entreprises, les investisseurs et les ménages s’intéressent tous à sa trajectoire future. Une question s’impose donc : quelle est la meilleure façon de prévoir le prix du pétrole?

J’ai consacré une grande partie de ma carrière à l’étude du marché pétrolier, notamment aux méthodes permettant d’anticiper les prix. Dans cet article, je présente quelques leçons apprises au sujet de ce qui fonctionne bien ou moins bien. Le principal constat est simple : la meilleure méthode dépend à la fois de l’horizon de prévision et de l’importance qu’on accorde à la compréhension des facteurs à l’origine des variations de prix.

Le prix le plus récent est un bon point de départ pour les prévisions à court terme

Chaque jour, les négociants se forgent une opinion sur l’évolution future de la production, de la consommation et des stocks de pétrole, ainsi que sur les événements géopolitiques et l’économie mondiale. En achetant et en vendant du pétrole, ils intègrent leurs attentes aux prix du marché. Les variations de prix à court terme sont donc surtout le reflet d’informations nouvelles et inattendues. Le prix qui en résulte, soit le prix le plus récent, constitue ainsi un point de référence naturel pour évaluer les prévisions fondées sur les contrats à terme ou les modèles économiques.

Dans la pratique, les autres méthodes peinent à faire mieux qu’une prévision fondée sur le prix le plus récent sur de courts horizons. Comme les actions ou les taux de change, les mouvements à court terme des prix du pétrole sont largement déterminés par de nouvelles informations. Ils sont donc difficiles à prévoir à l’aide d’outils comme les prix des contrats à terme ou les modèles économiques.

Les contrats à terme sont particulièrement éclairants pour les prévisions à plus long terme

Les contrats à terme offrent une indication de l’évolution possible des prix du pétrole fondée sur le marché. Dans ce type de contrat, le vendeur convient de livrer dans le futur une quantité de pétrole à l’acheteur à une date et à un prix fixés d’avance. Les prix à terme reflètent donc à la fois les attentes des participants au marché et la compensation exigée pour le risque assumé.

L’utilité des prix à terme du pétrole dépend toutefois de l’horizon de prévision. À court terme, les prévisions qui reposent sur ces prix ne font pas vraiment mieux que celles fondées sur le prix le plus récent. Mais leur valeur informative augmente pour les horizons de prévision à plus long terme (graphique 1). À un horizon d’un an, par exemple, elles sont 13 % plus précises que les prévisions basées sur le prix le plus récent, contre 42 % à trois ans.

La précision n’est toutefois pas le seul critère qui compte. Savoir si les prix du pétrole sont susceptibles de monter ou de baisser peut être tout aussi important pour les décisionnaires que de connaître l’ampleur de la variation. En effet, le sens du mouvement détermine souvent les implications pour l’inflation et l’activité économique. À cet égard, les prix à terme donnent des indications utiles : ils prédisent correctement le sens de la variation 62 % du temps à un horizon d’un an et 87 % du temps à un horizon de trois ans.

Plus l’horizon de prévision s’allonge, plus les coûts de financement, de stockage et autres s’accumulent. Il devient alors plus difficile pour les négociants de tirer profit des écarts entre les prix actuels et futurs du pétrole. Le prix attendu à plus long terme peut donc s’éloigner sensiblement du prix actuel.


Ce pouvoir prédictif est relativement récent. Selon les recherches antérieures, les prix à terme ne semblaient pas vraiment améliorer la précision des prévisions sur des horizons plus longs. Mais cela a changé depuis la fin des années 2000 (graphique 2).

Plusieurs facteurs pourraient expliquer cette amélioration, notamment l’évolution des primes de risque. Les marchés des contrats à terme sur le pétrole ont pris beaucoup d’ampleur au cours des 20 dernières années. Ils attirent désormais un éventail plus large de participants et bénéficient d’une plus grande liquidité. Ces marchés plus profonds pourraient intégrer plus efficacement les nouvelles informations aux prix, améliorant ainsi la précision des prévisions à horizons plus éloignés.


Les modèles peuvent améliorer les prévisions et expliquer les variations de prix

Les modèles économiques reposent sur une autre approche. Au lieu de s’appuyer uniquement sur les prix du marché, ils utilisent aussi des variables économiques comme la production, la consommation, les stocks et l’activité économique.

Comme pour les contrats à terme, leur utilité dépend de l’horizon de prévision et de l’information utilisée. Les modèles fondés sur des prix mensuels moyens, par exemple, n’apportent pas grand‑chose aux prévisions à court terme, car les moyennes masquent les dernières informations intégrées aux prix (graphique 3). Ceux qui incluent plutôt des prix quotidiens ou de fin de mois font mieux et peuvent parfois surpasser la prévision basée sur le prix le plus récent. Les gains sont toutefois généralement modestes : à un et trois mois, même le meilleur modèle vectoriel autorégressif n’arrive à prédire correctement la direction du changement que 53 % du temps, soit à peine mieux qu’un tirage à pile ou face.

Pour les prévisions à plus long terme, le choix entre prix moyens et prix les plus récents importe moins. D’autres aspects du comportement des prix du pétrole prennent alors plus d’importance. C’est le cas notamment de la volatilité : les modèles qui tiennent compte de ses variations dans le temps donnent de meilleurs résultats à ces horizons.

Les modèles peuvent aussi aller plus loin que les prévisions fondées uniquement sur le prix le plus récent ou les contrats à terme : ils aident à expliquer pourquoi les prix du pétrole fluctuent. À partir d’hypothèses supplémentaires, les modèles peuvent distinguer les effets attribuables à l’offre, à la demande ou à d’autres facteurs. Les économistes peuvent ainsi expliquer les révisions des perspectives et examiner d’autres scénarios, comme une perturbation de la production pétrolière ou un changement inattendu de l’activité économique mondiale.


En résumé

Les prix du pétrole peuvent se répercuter non seulement sur l’inflation, mais aussi sur les perspectives d’activité du secteur pétrolier et de l’économie dans son ensemble. Pour les décisionnaires, l’exercice de prévision va au‑delà de la trajectoire attendue des prix. Il s’agit aussi de comprendre les risques entourant les perspectives et les forces à l’origine des fluctuations.

Aucune méthode de prévision ne surpasse systématiquement les autres. Cela dit, à court terme, celle fondée sur le prix le plus récent du pétrole se révèle fiable et constitue un point de référence naturel pour évaluer les autres méthodes de prévision. La méthode basée sur les contrats à terme peut, pour sa part, donner des indications sur l’évolution des prix au‑delà d’un horizon d’un an. Quant aux modèles économiques, ils peuvent parfois rendre les prévisions plus précises tout en permettant de déterminer si les variations de prix découlent de changements dans l’offre, la demande ou d’autres facteurs. Utilisées conjointement, ces méthodes peuvent aider les décisionnaires à mieux évaluer les perspectives de l’inflation et de l’économie.


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Les articles de Sparks et Bank traitent d’enjeux touchant l’économie et les politiques des banques centrales. Ils sont produits en toute indépendance du Conseil de direction de la Banque du Canada. Les opinions exprimées dans chaque article sont celles des autrices et auteurs uniquement, et ne reflètent pas nécessairement le point de vue officiel de la Banque.

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DOI : https://doi.org/10.34989/saba-24