Depuis la parution de la livraison d'avril du Rapport sur la politique monétaire, l'économie canadienne a subi plusieurs chocs inhabituels : l'épidémie de SRAS, la découverte d'un cas de maladie de la vache folle, la panne générale d'électricité en Ontario et les graves feux de forêt en Colombie-Britannique. L'inflation a aussi baissé plus rapidement et davantage que prévu. La chute du taux d'accroissement de l'indice de référence est attribuable à plusieurs imprévus, dont la faiblesse généralisée des prix de nombreux produits, les rabais substantiels consentis par le secteur touristique à la suite de la crise du SRAS et l'atténuation un peu plus rapide qu'on ne l'anticipait des pressions provoquées par la majoration des primes d'assurance. La dépréciation marquée de la devise américaine a également contribué à la faiblesse des prix des biens au Canada. Par conséquent, la Banque estime maintenant que la marge de capacités excédentaires au sein de l'économie est plus élevée qu'elle ne s'y attendait en avril.

La conjoncture économique mondiale s'est embellie depuis avril, et l'incertitude géopolitique a continué de s'amoindrir. Aux États-Unis, les perspectives de croissance à court terme se sont beaucoup améliorées. L'activité demeure faible dans la zone euro, mais l'évolution en Asie semble particulièrement encourageante, grâce à la vive progression en Chine et en Inde. Le Japon enregistre une croissance plus rapide que prévu.

La Banque prévoit que l'expansion de l'économie canadienne se raffermira au quatrième trimestre de 2003 et en 2004. Dans l'ensemble, le rythme de progression de l'activité devrait dépasser au cours de cette période celui de la production potentielle, grâce surtout à la solidité de la dépense des ménages et à la hausse des investissements des entreprises. Le renforcement de la croissance à l'étranger devrait aussi insuffler un élan aux exportations de biens et services canadiens, mais ce dernier sera freiné par l'appréciation de notre monnaie. Le rythme d'expansion devrait se situer en moyenne légèrement au-dessus de 3 % au second semestre de 2003 et aux alentours de 3 1/4 % en 2004. Dans ces conditions, la marge de capacités excédentaires devrait s'être résorbée d'ici le début de 2005.

La Banque s'attend à ce que le taux d'accroissement de l'indice de référence se situe à un peu plus de 1,5 % en moyenne d'ici la fin de 2003, puis descende pour s'établir tout juste au-dessus de 1 % au début de 2004, à mesure que se dissiperont les effets des hausses passées des primes d'assurance. Cette mesure de l'inflation devrait être revenue à 2 % d'ici le milieu de 2005 dans la foulée de la résorption graduelle de la marge de capacités excédentaires. L'évolution de l'inflation mesurée par l'IPC global continuera de dépendre en grande partie de celle des cours du pétrole brut. Si ces derniers devaient redescendre aux alentours de 27 $ É.-U. le baril en 2004, il est probable que le taux d'augmentation de l'IPC global tomberait en deçà de celui de l'indice de référence l'année prochaine.

Toutefois, ces perspectives sont entachées de risques importants. Ceux-ci sont liés entre autres au moment et à l'ampleur des ajustements que devront subir, dans les divers pays, la demande, les prix et les taux de change face aux déséquilibres économiques mondiaux. Il y a notamment incertitude quant à l'évolution probable des taux de change des grandes monnaies ainsi qu'à son incidence sur l'économie canadienne. On ne sait pas non plus si l'expansion de l'économie des États-Unis se poursuivra au-delà du premier semestre de 2004.

La Banque continuera d'évaluer les répercussions possibles, sur la demande et l'inflation au Canada, de tous ces ajustements — passés et à venir — et d'examiner leur incidence sur la conduite de la politique monétaire.