Le résumé qui suit rend compte des délibérations du Conseil de direction de la Banque du Canada ayant mené à la décision de politique monétaire annoncée le 10 juin 2026.
Il reflète les discussions et les délibérations qu’ont tenues les membres du Conseil de direction à la troisième étape du processus entourant les décisions de politique monétaire, soit après avoir reçu toutes les informations et recommandations pertinentes du personnel.
Les réunions concernées, présidées par le gouverneur Tiff Macklem, ont débuté le 4 juin 2026. La première sous-gouverneure Carolyn Rogers, le sous-gouverneur Toni Gravelle, le sous-gouverneur Nicolas Vincent, la sous-gouverneure Michelle Alexopoulos et le sous-gouverneur Marc‑André Gosselin y ont participé.
Économie internationale
Le Conseil de direction a entamé ses délibérations par une discussion sur les évolutions récentes de l’économie mondiale.
Le conflit au Moyen-Orient en était à son quatrième mois, et ses répercussions sur l’économie mondiale s’étaient accrues. Les prix plus élevés de l’énergie avaient fait monter l’inflation partout dans le monde. La croissance mondiale, elle, semblait avoir ralenti, la croissance du produit intérieur brut (PIB) s’étant affaiblie dans la région du Golfe et dans de nombreux pays importateurs de pétrole, notamment de la zone euro et de l’Asie. Les membres du Conseil ont aussi discuté des perturbations plus généralisées dans le transport et les chaînes d’approvisionnement qui touchaient plusieurs produits de base. On a mentionné que les réserves de pétrole de certains pays s’amenuisaient. De nouvelles chaînes d’approvisionnement étaient en train d’être établies afin d’éviter l’engorgement du détroit d’Ormuz, mais il faudrait un certain temps avant qu’elles soient opérationnelles. On observait aussi plus de signes de perturbations de l’approvisionnement en engrais et autres produits pétrochimiques.
Les membres étaient d’accord pour dire que plus le conflit durerait, plus l’inflation dans le monde risquait de monter et la croissance mondiale, de ralentir.
Il a aussi été question de l’apport des investissements en intelligence artificielle (IA) à la croissance économique. Cet apport était particulièrement évident aux États-Unis. Les investissements en IA soutenaient également la croissance ailleurs dans le monde, stimulant considérablement l’activité dans certaines économies asiatiques, comme la Corée du Sud et Taïwan.
Aux États-Unis, la vigueur des investissements liés à l’IA, alliée au dynamisme du marché boursier et à la croissance des exportations d’énergie, soutenait l’activité économique. L’économie avait progressé de 1,6 % au premier trimestre, et on s’attendait à ce qu’elle se redresse au deuxième trimestre. Les membres se sont demandé si la solidité de l’économie américaine était généralisée, ou si la forte hausse des investissements dans certains secteurs et la consommation des ménages à revenu élevé masquaient des faiblesses ailleurs dans l’économie.
Les membres ont soupesé diverses issues possibles au conflit au Moyen-Orient. La guerre pourrait prendre fin de manière décisive, ce qui entraînerait une baisse importante des cours pétroliers. À l’inverse, elle pourrait s’intensifier de nouveau, causant une autre flambée des prix du pétrole et faisant persister l’incertitude. Une troisième possibilité a été envisagée : le cessez-le-feu pourrait se poursuivre et certains arrangements pourraient permettre la réouverture du détroit d’Ormuz; mais en l’absence d’un accord de paix, l’incertitude demeurerait élevée. Les membres ont convenu que, si cela se produisait, les cours pétroliers pourraient baisser un peu par rapport aux sommets où ils se trouvaient alors, mais que le pétrole continuerait probablement de se négocier au-dessus des niveaux d’avant la guerre.
Les membres ont analysé les conditions financières récentes. Aux États-Unis, les marchés boursiers avaient atteint des sommets historiques dans les semaines précédant l’annonce de la décision sur le taux directeur, et le marché des introductions en bourse était solide. Les cours des actions technologiques continuaient d’être sensibles aux nouvelles ainsi qu’aux attentes du marché concernant le rythme de développement de l’IA. Les rendements des obligations américaines avaient augmenté sur la base de données macroéconomiques solides et de certains commentaires de gouverneurs de la Réserve fédérale des États-Unis concernant la trajectoire des taux d’intérêt. Au Canada, les conditions financières s’étaient assouplies, grâce à la vigueur des marchés boursiers et aux rendements obligataires, qui avaient peu changé. Les membres ont noté que le dollar canadien s’était déprécié par rapport au dollar américain, sous l’effet de données économiques défavorables et des attentes des marchés selon lesquelles l’écart entre les taux d’intérêt au Canada et aux États-Unis pourrait persister plus longtemps qu’anticipé précédemment.
Économie canadienne et perspectives d’inflation au pays
Les membres ont discuté des récentes publications de données économiques, plus particulièrement des comptes nationaux du Canada pour le premier trimestre, des statistiques de mai concernant le marché du travail et de l’indice des prix à la consommation (IPC) d’avril.
Le PIB avait enregistré une légère baisse de 0,1 % au premier trimestre, un résultat bien inférieur à la croissance de 1,5 % projetée dans le Rapport sur la politique monétaire d’avril. La plus grande surprise était la baisse de 2,5 % des dépenses publiques, qui découlait principalement d’une chute considérable pendant le trimestre des dépenses en systèmes d’armes. Les membres ont souligné que les habitudes de dépense du gouvernement peuvent varier d’un trimestre à l’autre. Les dépenses de consommation avaient augmenté de 1,4 % et la consommation par habitant, de 2 %, ce qui donnait à penser que les ménages étaient demeurés résilients. Toutefois, l’activité sur le marché du logement avait continué de baisser, reflétant à la fois l’incertitude accrue et la croissance démographique plus lente. Alors que les exportations avaient diminué au premier trimestre, les importations avaient fortement augmenté, les entreprises ayant reconstitué leurs stocks.
Les membres ont estimé que les données récentes laissaient entrevoir une reprise de la croissance au deuxième trimestre. Selon l’estimation rapide du PIB d’avril, l’économie avait progressé de 0,4 % sur un mois. Les exportations avaient augmenté de 0,2 % en avril, principalement sous l’effet des exportations d’énergie (en raison des prix plus élevés du pétrole), quoique les exportations de véhicules automobiles et de machines et matériel montraient aussi des gains solides. D’autres données donnaient à penser que les dépenses de consommation continuaient d’augmenter et que l’activité sur le marché du logement se stabilisait. Les entreprises indiquaient une certaine amélioration des intentions d’investissement et d’embauche. Dans l’ensemble, les membres ont convenu que l’économie semblait renouer avec la croissance.
Les données sur le marché du travail pour le mois de mai montraient un bond inattendu de l’emploi, faisant descendre le taux de chômage à 6,6 %. Bien que cette hausse était bien accueillie, le Conseil a noté que les données sur l’emploi avaient été volatiles. L’emploi avait peu bougé depuis le début de l’année, et le taux de chômage avait oscillé entre 6½ et 7 %.
Les membres ont convenu que, prises ensemble, les données économiques semblaient indiquer que peu de choses avaient changé depuis la dernière décision du Conseil, en avril. La guerre au Moyen-Orient se poursuivait et la révision de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) sur le commerce demeurait une importante source d’incertitude. Au cours de la période de 12 mois qui a pris fin au premier trimestre de 2026, l’activité économique était restée à peu près au même niveau, malgré la volatilité trimestrielle. Les membres étaient d’accord pour dire que l’économie était faible : elle affichait encore une offre excédentaire et il y avait des capacités inutilisées sur le marché du travail. Mais elle n’était pas clairement en récession. Même si l’économie s’était contractée au quatrième trimestre de 2025, la croissance du PIB n’était que légèrement négative au premier trimestre de 2026 et plus de la moitié des secteurs avaient enregistré une certaine croissance. Les membres se sont entendus sur le fait qu’une récession est caractérisée par une baisse marquée, généralisée et persistante de l’ensemble de l’activité économique.
Alors que la Banque s’attendait à ce que l’inflation mesurée par l’IPC augmente pour s’établir autour de 3 %, celle-ci a atteint 2,8 % en avril. Cette augmentation reflète les hausses de prix de l’essence et les marges plus élevées sur celle-ci, et le fait que le retrait de la taxe sur le carbone pour les consommateurs en avril dernier n’avait plus d’effet sur le taux d’inflation sur 12 mois. Les membres étaient d’avis qu’en dehors des prix de l’énergie, les pressions inflationnistes étaient généralement contenues. Il y avait peu de signes de transmission des prix plus élevés de l’énergie sur d’autres biens et services. Les mesures de l’inflation fondamentale avaient affiché une tendance à la baisse – l’IPC-tronq et l’IPC-méd étaient toutes deux proches de 2 % en avril – et la proportion des composantes de l’IPC qui progressaient à un rythme supérieur à 3 % diminuait pour s’approcher de sa moyenne historique. La croissance des prix des aliments demeurait élevée mais avait diminué, et celle des loyers avait encore ralenti. Aucune nouvelle donnée d’enquête de la Banque n’était disponible. Cependant, les données de l’enquête sur les perspectives des entreprises du premier trimestre laissaient croire que les attentes d’inflation à court terme avaient légèrement augmenté en raison de la hausse des prix mondiaux du pétrole, alors que celles à moyen et à long terme semblaient bien ancrées.
Les membres se sont demandé dans quelle mesure les effets des prix plus élevés du pétrole seraient durables et généralisés. Leur conclusion a été qu’il fallait surveiller les données entrantes pour évaluer comment la hausse des prix de l’énergie se répercutait sur les autres coûts et les prix à la consommation.
Considérations relatives à la politique monétaire
Les membres ont convenu que la situation économique posait un dilemme pour la politique monétaire.
- L’économie était faible et continuait de tourner en deçà de son potentiel, mais une baisse des taux d’intérêt pour soutenir la croissance augmenterait le risque que l’inflation demeure élevée, et devienne par conséquent enracinée dans les pratiques d’établissement des prix et les attentes d’inflation.
- Relever les taux d’intérêt en réaction aux hausses des prix de l’énergie réduirait le risque d’une transmission généralisé de ces hausses sur les prix d’autres biens et services, mais affaiblirait davantage l’économie.
En réponse à la montée de l’inflation, le Conseil ne voulait réagir ni trop tôt ni trop tard. Si la Banque augmentait le taux directeur pour lutter contre l’inflation plus élevée et que les prix du pétrole redescendaient rapidement, cette augmentation pourrait ne plus être nécessaire au moment où ses effets se feraient sentir sur l’économie. Par contre, si les prix plus élevés du pétrole persistaient et se propageaient et que la Banque maintenait le taux trop longtemps, son éventuelle réponse de politique monétaire devrait être plus énergique que si elle avait agi plus tôt.
Pour l’instant, le Conseil était prêt à faire abstraction des répercussions à court terme des prix plus élevés de l’énergie sur l’inflation. Les membres ont toutefois fait remarquer que les perturbations existantes des chaînes d’approvisionnement et la résolution incertaine du conflit au Moyen-Orient pourraient faire durer les retards et les goulots d’étranglement. Si les données sur l’inflation commençaient à montrer que les pressions inflationnistes se propageaient ou devenaient plus persistantes, cela indiquerait qu’un resserrement de la politique monétaire était justifié.
Les membres ont aussi noté que les perspectives commerciales demeuraient incertaines. Les négociations de l’ACEUM avaient commencé, et une issue favorable pourrait rétablir une certaine prévisibilité et possiblement stimuler les investissements. Si les négociations se prolongent, et en particulier si leur issue est défavorable, les difficultés dans les secteurs touchés par le commerce extérieur pourraient s’aggraver et se propager, et les effets sur l’emploi et les investissements pourraient être ressentis plus largement dans l’économie canadienne.
Décision de politique monétaire
Les membres ont convenu que le maintien du taux directeur à 2¼ % en juin permettait de mettre en balance les risques décrits ci-dessus. Cependant, l’incertitude était plus élevée que d’habitude, et les risques pourraient changer. Les membres étaient ainsi d’accord sur l’importance de réitérer les différentes trajectoires possibles de la politique monétaire.
Si les États-Unis imposent de nouvelles restrictions commerciales, il faudra peut-être abaisser le taux directeur pour soutenir la croissance. En revanche, si le conflit au Moyen-Orient se poursuit et que l’augmentation des prix de l’énergie se transforme en inflation persistante et généralisée, des hausses consécutives du taux directeur pourraient être justifiées. Il est aussi possible que ces deux risques se matérialisent en même temps. La politique monétaire devra pouvoir être ajustée rapidement.
Le Conseil a pris en compte ces scénarios et d’autres issues possibles, en gardant à l’esprit que d’autres changements structurels sont également à l’œuvre dans l’économie, comme l’évolution des relations commerciales, l’adoption de l’IA et les changements démographiques. Tous ces éléments ont des répercussions sur l’économie et l’inflation. Le Conseil a convenu de souligner dans ses communications que la Banque reste prête à réagir à l’évolution du contexte économique pour remplir son engagement à maintenir la stabilité des prix.