La Banque du Canada mène chaque année l’enquête sur le système financier auprès de spécialistes en gestion des risques d’organisations actives dans le secteur financier1. Ces spécialistes donnent leur avis sur les risques pesant sur le système financier canadien, la résilience du système, ainsi que les tendances naissantes observées. Les résultats de l’enquête permettent de comparer les avis et les travaux d’analyse de la Banque avec des opinions externes, en plus d’aider son personnel à trouver de nouveaux sujets de recherche et d’analyse.
L’enquête de 2026 a été menée entre le 23 février et le 13 mars 2026 auprès de 54 répondants (graphique 1). Elle tient donc compte de la volatilité accrue qui a touché plusieurs marchés financiers après le début de la guerre au Moyen‑Orient, le 28 février2.
En plus des questions récurrentes, l’enquête comportait un ensemble de questions sur l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) et les risques qui y sont liés. Les questions portaient sur :
- la mesure dans laquelle les participants au système financier utilisent l’IA et à quelles fins
- les risques que l’utilisation de l’IA peut poser pour les organisations et les limites rencontrées dans la gestion de ces risques
- les principaux risques que l’utilisation de l’IA pourrait poser pour le système financier
Graphique 1 : Répondants ayant participé à l’enquête sur le système financier de 2026
Points saillants
- Les répondants étaient d’avis que la probabilité qu’un choc perturbe le système financier canadien s’était atténuée depuis l’enquête de 2025, et leur confiance dans la résilience du système financier canadien demeurait forte.
- Les principaux risques pour les organisations des répondants étaient similaires à ceux de l’enquête de 2025. Les risques économiques et politiques internationaux demeurent les plus importants, les cyberincidents se classant au deuxième rang.
- Presque tous les répondants ont déclaré utiliser l’IA, la plupart mentionnant une utilisation limitée ou modérée dans plusieurs fonctions opérationnelles. Les répondants utilisent le plus souvent l’IA pour recueillir et analyser de l’information, et pour soutenir les opérations internes.
- Les répondants ont généralement affirmé considérer l’IA comme un outil permettant d’accomplir les tâches existantes plus rapidement, mais pas comme un substitut au jugement humain, compte tenu des risques importants qui en découlent sur les plans financier, juridique et réputationnel.
- À l’avenir, les répondants comptaient étendre leur utilisation de l’IA à plusieurs fonctions opérationnelles, en particulier l'analyse et la gestion des investissements, ainsi que pour soutenir les flux de travaux opérationnels et les activités administratives, la prévention des crimes financiers et le service à la clientèle.
- Les répondants ont identifié un large éventail de risques liés à l’IA pour leurs propres activités, notamment : la qualité et les biais des données, la cybersécurité et la confidentialité des données, et les risques concernant les modèles, à savoir le risque d’erreurs découlant de la conception, de la mise en œuvre ou de l’utilisation incorrectes d’un modèle ainsi que la difficulté d’explication.
- Du point de vue de la stabilité financière, les répondants considéraient généralement l’IA comme un facteur susceptible d’amplifier les vulnérabilités existantes plutôt que comme un risque distinct. Selon les résultats de l’enquête, les répondants partageaient des préoccupations semblables au sujet de l’IA pour le système financier et pour leurs propres activités, notamment les risques concernant les modèles, les cyberrisques et la sécurité des données. Cela dit, les répondants se concentraient sur l’éventualité que ces problèmes se généralisent parmi les organisations ou se combinent d’une manière susceptible d’influer sur la résilience du système financier dans son ensemble. Les répondants ont aussi mentionné le risque que l’adoption de l’IA évolue plus vite que la gouvernance et la réglementation, le risque de concentration entre un petit nombre de tiers fournisseurs d’IA et d’infonuagique, et le risque lié à la résilience opérationnelle, y compris à la capacité à maintenir les fonctions essentielles et à se remettre d’une perturbation.
Risques pesant sur le système financier
Risque global perçu et confiance
Comme dans les enquêtes précédentes, les répondants ont été interrogés sur la possibilité qu’un choc perturbe le fonctionnement du système financier. Les répondants avaient l’impression que la probabilité d’un tel choc avait diminué tant à court terme (dans moins de 1 an) qu’à moyen terme (d’ici 1 à 3 ans) par rapport à l’enquête de l’an dernier (graphique 2).
Les chocs potentiels les plus courants relevés par les répondants étaient liés aux changements dans les politiques commerciales – en particulier la révision à venir de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) – et au risque d’une escalade élargie des conflits géopolitiques. Les répondants étaient également préoccupés par :
- le secteur immobilier, y compris les prêts hypothécaires renouvelés à des taux d’intérêt plus élevés
- l’IA, y compris les effets négatifs potentiels de son adoption généralisée sur l’emploi et l’économie en général
- la croissance des marchés privés, y compris celui du crédit privé
Graphique 2 : Probabilité qu’un choc susceptible de perturber le système financier canadien se produise à court et à moyen terme
Néanmoins, les répondants ont dit avoir toujours confiance dans la résilience du système financier canadien (graphique 3). Comme dans les enquêtes précédentes, ils ont attribué leur confiance aux facteurs suivants :
- la bonne réglementation du système financier, notamment la bonne dotation en capital du secteur bancaire
- la résilience du système financier canadien face aux épisodes de turbulence antérieurs
Certains répondants continuaient de s’attendre à ce que les organismes de réglementation, les banques centrales et les gouvernements interviennent en cas de choc important.
Graphique 3 : Confiance dans la capacité du système financier à résister à un choc majeur
Les risques les plus importants
Les répondants ont classé par ordre d’importance les trois plus grands risques qui, s’ils devaient se matérialiser au cours des trois prochaines années, auraient les conséquences les plus graves pour leur organisation. Ils ont également placé chacun de ces risques dans une catégorie générale. Le graphique 4 présente les principales catégories de risques classées selon leur score dans leur indice de risque, lequel est calculé en combinant chaque classement pondéré en fonction de la fréquence des réponses.
Graphique 4 : Principaux risques pour les organisations
Les plus importantes catégories de risques identifiées dans l’enquête de 2026 sont les suivantes :
- Risques économiques et politiques internationaux. Il s’agit principalement des risques liés aux conflits géopolitiques, à la fragmentation du commerce – en particulier autour de la révision prochaine de l’ACEUM – et aux effets d’un assombrissement des perspectives économiques aux États‑Unis et dans le monde. Selon les répondants, ces risques pourraient entraîner une vaste réévaluation sur les marchés financiers, une hausse de l’inflation et un ralentissement de la croissance économique. Les répondants ont indiqué gérer ces risques :
- en renforçant leur analyse de scénarios et leurs tests de résistance
- en maintenant des réserves de fonds propres et de liquidité suffisantes
- en diversifiant les expositions et les sources de financement, et en couvrant de plus en plus les expositions aux risques
- Risques externes. Ces risques concernent principalement la possibilité qu’un cyberincident se répercute sur les opérations, la réputation ou la sécurité des données. Les répondants ont indiqué gérer les risques de cyberincident :
- en rehaussant la surveillance des risques de cybersécurité, y compris en évaluant les risques associés aux tiers fournisseurs
- en investissant dans des projets liés à la cybersécurité
- en améliorant leur niveau de préparation à réagir à un cyberincident
- Risques liés à l’évaluation du prix des actifs. Il s’agit de la possibilité d’une réévaluation brusque des prix sur les marchés financiers qui pourrait entraîner des pertes et des tensions sur la liquidité. Les répondants ont mentionné des approches de la gestion de ces risques semblables à celles appliquées pour la catégorie des risques économiques et politiques internationaux. Plusieurs répondants ont indiqué qu’il était difficile d’atténuer ces risques au moyen de la diversification étant donné que des valeurs refuges traditionnelles, comme le dollar américain, ont récemment perdu de la valeur en même temps que les actifs risqués en période de turbulences.
Changements naissants
Les répondants ont fait état de changements naissants que leur organisation a commencé à surveiller au cours des 12 derniers mois et expliqué comment ces changements pourraient influer sur les risques auxquels est confrontée leur organisation. Les changements les plus fréquemment signalés étaient ceux liés à l’IA ainsi que ceux liés aux tensions géopolitiques et commerciales, qui sont tous deux abordés dans d’autres parties du présent rapport. Les autres incluaient ce qui suit :
- Marchés privés
- Certains répondants ont exprimé des préoccupations au sujet de l’illiquidité, notant que les investisseurs privés sont de moins en moins en mesure de sortir de leurs positions ou de racheter leurs parts auprès de fonds de crédit privés. Cette illiquidité pourrait forcer les investisseurs à vendre de plus en plus d’actifs des marchés publics pour se procurer des fonds, ce qui pourrait faire peser de plus grands risques sur la valeur et la liquidité des actifs publics.
- D’autres répondants ont exprimé des préoccupations quant à la transparence entourant les actifs détenus dans les fonds privés, notant que l’information sur les pratiques d’évaluation et l’exposition de ces fonds était limitée.
- Informatique quantique
- Bien que certains répondants aient souligné que des ordinateurs quantiques commercialement viables ne seraient sans doute disponibles que dans quelques années, ils ont indiqué que la technologie progressait assez rapidement pour menacer les normes de chiffrement existantes dans l’avenir.
- Le dollar américain comme valeur refuge
- Certains répondants ont indiqué que le dollar américain n’était plus considéré comme une valeur refuge fiable en période de turbulences et qu’ils étaient à la recherche d’autres types d’actifs refuges.
- D’autres ont noté que la vigueur exceptionnelle de l’économie américaine leur semblait en déclin; ils se questionnaient au sujet de l’indépendance de la Réserve fédérale, de l’augmentation des niveaux d’endettement des États‑Unis et de la grande incertitude entourant les décisions de politique monétaire américaines de manière plus générale.
- Souveraineté des paiements
- Les répondants ont dit craindre que la dépendance à l’égard des infrastructures de paiement étrangères et la domination potentielle des cryptomonnaies stables sous contrôle étranger rendent le Canada vulnérable à la coercition économique et érodent le contrôle pouvant être exercé sur le système financier canadien.
L’intelligence artificielle dans le système financier canadien
Dans le cadre de l’enquête de cette année, les répondants ont été interrogés sur leur utilisation de l’IA et les risques qu’elle fait peser sur le système financier canadien. Nous avons demandé aux participants au marché de nous dire :
- si leur organisation utilisait l’IA et à quelles fins, ainsi que tout changement prévu à l’utilisation de l’IA
- les risques que l’utilisation de l’IA pourrait poser pour leur organisation et les limites rencontrées dans la gestion de ces risques
- comment l’utilisation de l’IA pourrait poser des risques pour le système financier
Utilisation actuelle de l’intelligence artificielle
Presque tous les répondants ont déclaré utiliser l’IA, la plupart mentionnant une utilisation limitée ou modérée dans une grande variété de fonctions opérationnelles. Les répondants utilisent le plus souvent l’IA pour recueillir et analyser de l’information et pour soutenir les opérations internes (graphique 5). Parmi les exemples, on compte les activités suivantes : extraire des données de documents financiers, résumer des nouvelles et des recherches, automatiser des processus documentaires et soutenir l’analytique interne.
Les répondants ont indiqué utiliser des outils d’IA développés à l’interne ou à l’externe, notamment des plateformes commerciales et des abonnements à des agents conversationnels fournis par les principaux fournisseurs d’IA.
Graphique 5 : Utilisation de l’intelligence artificielle dans les activités des répondants
Les répondants ont dit généralement utiliser l’IA pour accomplir les tâches existantes plus rapidement. Ils ne s’en servent pas pour remplacer le jugement humain ou automatiser entièrement les décisions critiques, étant donné les conséquences importantes qui peuvent en découler sur les plans financier, juridique et réputationnel.
Les répondants ont systématiquement signalé les améliorations de l’efficacité et de la productivité comme des avantages de l’IA. Les économies de temps et d’argent réalisées grâce à l’IA leur permettent de réaffecter le personnel à des activités à plus forte valeur ajoutée. Les autres avantages mentionnés sont une meilleure compréhension et une amélioration de la gestion des risques. Beaucoup de répondants n’ont pas quantifié tous ces avantages. Quelques-uns ont aussi souligné qu’en raison des coûts élevés associés à la mise en œuvre de l’IA – comme les investissements dans l’infrastructure de données, la gouvernance, la validation et la surveillance – le retour sur investissement n’était pas clair.
Projets d’utilisation de l’intelligence artificielle
Au cours des deux prochaines années, les participants au marché ont indiqué avoir l’intention d’étendre leur utilisation de l’IA à plusieurs secteurs d’activité (graphique 6). Les répondants ont le plus souvent mentionné prévoir d’utiliser de plus en plus l’IA pour l’analyse et la gestion des investissements, le soutien des flux de travaux opérationnels et des activités administratives, la prévention des crimes financiers, l’amélioration et l’accroissement de l’efficacité du service à la clientèle et, de façon générale, l’amélioration de la productivité du personnel.
Les réponses variaient également selon le type de répondants :
- Les gestionnaires de fonds d’investissement et de fonds de pension ont fréquemment signalé leur intention d’utiliser l’IA pour faciliter les études de marché, exploiter les mégadonnées pour éclairer les modèles de risque d’investissement et améliorer la surveillance des expositions et des risques.
- Les banques, les courtiers et les coopératives de crédit ont dit avoir l’intention de mettre en œuvre l’IA dans toutes les fonctions opérationnelles, y compris l’amélioration des processus, la prévention de la criminalité financière, la gestion des risques et les tests de résistance.
Graphique 6 : Secteurs d’activité où les organisations prévoient commencer à utiliser l’intelligence artificielle ou changer leur utilisation
Les répondants ont reconnu qu’ils pourraient rencontrer des obstacles à l’expansion de leur utilisation de l’IA. Parmi les répondants :
- 58 % ont mentionné la difficulté d’intégrer l’IA dans les infrastructures et les flux de travaux existants
- 56 % ont fait état de contraintes liées au talent, indiquant soit une maîtrise insuffisante de l’IA parmi le personnel existant, soit des difficultés à embaucher et à fidéliser des employés possédant une expertise en IA
- 33 % ont signalé des enjeux de sécurité et de confidentialité des données
- 31 % ont mentionné les coûts élevés de mise en œuvre et d’utilisation
Intelligence artificielle et risques pour les organisations
Les répondants ont relevé un large éventail de risques liés à l’IA pour leurs propres activités, mais trois catégories ressortent (graphique 7) :
- qualité et biais des données
- cybersécurité et protection des données
- risques concernant les modèles ou manque d’explicabilité
Les répondants ont également souligné l’absence de plans de secours solides en cas de défaillance des systèmes dotés d’IA.
Parmi les répondants qui ont fait état de difficultés liées à la gestion des risques, la plupart ont mentionné des limites liées à la maturité de la gouvernance, des pénuries de compétences et des lacunes de connaissances en matière d’IA. Les répondants ont également mentionné que la technologie de l’IA évoluait plus rapidement que les pratiques exemplaires, les normes sectorielles et les pratiques de gestion des risques (graphique 8). Dans l’ensemble, les réponses donnent à penser que le principal défi consiste à développer la capacité institutionnelle de gérer efficacement les risques liés à l’IA à mesure que son utilisation s’étend.
Graphique 7 : Principaux risques d’utilisation de l’intelligence artificielle pour les activités des entreprises
Graphique 8 : Difficultés posées par l’intelligence artificielle pour la gestion des risques entourant les activités des entreprises
Risques pour la stabilité du système financier découlant de l’IA
Sur le plan de la stabilité financière, les répondants percevaient généralement davantage l’IA comme un amplificateur de risques susceptible d’accentuer les vulnérabilités existantes que comme un risque distinct (graphique 9). Les répondants ont souvent mentionné les risques liés à ce qui suit :
- Risques concernant les modèles et opacité. Il s’agit notamment des préoccupations concernant la dépendance excessive à l’égard de modèles automatisés complexes, les biais intégrés, la difficulté à retracer les décisions qui passent par une logique de modèle opaque et le risque d’erreurs communes si les institutions financières utilisent des modèles similaires.
- Cybersécurité et fraude. L’IA pourrait accélérer le volume et la sophistication des cyberattaques contre les institutions financières et les infrastructures.
De plus, les répondants ont fait état de risques pouvant survenir si l’adoption de l’IA évolue plus vite que la gouvernance et la réglementation, de préoccupations concernant la concentration des tiers fournisseurs d’IA et d’infonuagique et de la résilience opérationnelle en cas de pannes, de défaillances ou de perturbations chez les participants aux marchés financiers ou dans les infrastructures financières essentielles.
Graphique 9 : Risques que l’intelligence artificielle pourrait poser pour le système financier canadien dans un horizon de un à trois ans
Notes
- 1. Après l’édition du printemps 2022, la Banque a réduit la fréquence de l’enquête pour en faire une enquête annuelle plutôt que semestrielle. Ce changement permet au personnel de recueillir des commentaires plus étoffés en tenant plus de discussions, tout en réduisant le fardeau pour les répondants. Pour des précisions, voir Banque du Canada, « Encadré 1 : Changements de la fréquence de l’enquête sur le système financier », Points saillants de l’enquête sur le système financier – 2023 (mai 2023).[←]
- 2. L’enquête s’est terminée avant qu’Anthropic ne présente Claude Mythos le 7 avril 2026, une présentation qui a suscité des préoccupations accrues concernant les risques liés à l’IA et à la cybersécurité.[←]