Rapport sur la stabilité financière – 2026 – Point de mire
La guerre au Moyen‑Orient a fait augmenter les prix du pétrole, exerçant ainsi une pression sur l’inflation. Dans une situation où les tensions géopolitiques entraîneraient un resserrement marqué des conditions financières, la résilience du système financier pourrait être mise à l’épreuve.
Cette section évalue les répercussions possibles d’une perturbation persistante du marché du pétrole, combinée à un resserrement marqué des conditions financières, sur l’économie canadienne et la résilience du système financier.
Un scénario de test de résistance est élaboré à partir du scénario indicatif présenté dans le Rapport sur la politique monétaire d’avril 2026, auquel est ajoutée une augmentation importante des tensions financières1.
Le scénario du test de résistance suppose que :
- les prix du pétrole brut restent autour de 100 $ US le baril pendant au moins trois ans et les goulots d’étranglement de l’offre persistent
- les pressions sur les coûts sont répercutées sur un large éventail de biens et de services, ce qui entraîne des prix plus élevés
- les tensions sur les marchés financiers dans toutes les catégories d’actifs au Canada et aux États‑Unis s’intensifient rapidement et demeurent élevées pendant plusieurs mois; elles se dissipent ensuite peu à peu, de la même façon qu’elles l’ont fait par le passé à la suite d’épisodes de tensions comme la crise financière mondiale de 2008‑20092
- la politique monétaire demeure restrictive parce que l’inflation est élevée et persistante
Par conséquent, l’activité économique se détériore, le chômage augmente et les prix des logements chutent. Les entreprises et les ménages canadiens sont ainsi confrontés à d’importants défis. Les grandes banques du pays sont aux prises avec une hausse substantielle des pertes sur créances, mais demeurent résilientes.
Des tensions financières dans un contexte d’inflation élevée pourraient mettre à l’épreuve la résilience
À mesure que les pressions financières augmentent dans le scénario du test de résistance, l’économie canadienne devient plus sensible aux chocs financiers et les conditions économiques continuent de se détériorer3. Cette évolution reflète celle d’épisodes passés de tensions financières accrues, qui ont entraîné de graves récessions, un chômage élevé et une baisse marquée des prix des logements.
Les tensions financières font aussi augmenter les primes de risque et de terme, ce qui fait monter les coûts d’emprunt pour les ménages et les entreprises. En même temps, l’affaiblissement des cours des actions réduit la richesse des ménages. Les ménages et les entreprises sont ainsi mis à rude épreuve, ce qui pourrait amener les institutions financières à diminuer leurs activités de prêt.
Par conséquent, dans le scénario du test de résistance, l’économie réelle s’affaiblit globalement : le produit intérieur brut diminue d’environ 1 %, le chômage augmente pour s’établir autour de 10 % et les prix des logements chutent d’environ 25 %.
Les ménages et les entreprises seraient confrontés à de fortes tensions
Dans le scénario du test de résistance, de fortes tensions s’exercent sur les ménages et les entreprises à mesure que le chômage s’accroît et que les prix des logements chutent. Le taux de prêts hypothécaires en souffrance atteint un sommet inégalé depuis des décennies (graphique 15). Les entreprises doivent composer avec des coûts accrus et une baisse de la demande, ce qui fait grimper leur taux de défaut de paiement près des niveaux observés durant la crise financière mondiale (graphique 16).
Malgré les tensions économiques et financières accrues subies par les ménages et les entreprises dans le scénario du test de résistance, les grandes banques canadiennes demeurent résilientes. Les pertes sur créances augmentent et atteignent un peu plus de 1 % des soldes des prêts. Ces pertes sont plus élevées que pendant la crise financière mondiale, mais moins élevées que durant les récessions de la fin des années 1980 et du début des années 1990. Les pertes sur créances épuisent les provisions et une partie des revenus nets avant provisions, mais ne sont pas suffisantes pour réduire le capital réglementaire des banques.
Les grandes banques restent en bonne santé financière dans ce scénario du test de résistance, mais pourraient ralentir leurs activités de prêt en raison des pertes sur créances.
Les problèmes de liquidité pourraient être amplifiés
Le scénario du test de résistance ne modélise pas explicitement les effets des spirales de liquidité. Toutefois, des spirales pourraient surgir si des mesures défensives prises par des participants aux marchés en période de tensions se renforçaient mutuellement et réduisaient davantage la liquidité du marché.
Par exemple, les entreprises pourraient se servir de leurs marges de crédit, les banques pourraient accroître leurs réserves de liquidités et les investisseurs pourraient vendre des actifs pour obtenir des fonds. Bien que ces mesures puissent être prudentes individuellement, ensemble, elles pourraient exercer une pression supplémentaire sur les marchés de financement essentiels.
Dans un cas extrême, cela pourrait entraîner un dysfonctionnement des marchés et avoir, pour les banques canadiennes et l’ensemble du système financier, des répercussions plus graves que le scénario du test de résistance le laisse supposer.
Notes
- 1. Voir Banque du Canada, « Point de mire : La guerre au Moyen‑Orient – Canaux de transmission et risques pour l’inflation », Rapport sur la politique monétaire (avril 2026).[←]
- 2. Des tensions financières systémiques se produisent lorsque des corrections marquées surviennent simultanément sur plusieurs grands marchés : marchés boursiers, marchés des titres d’État, marchés des changes, marchés monétaires, marchés des titres bancaires, marchés des titres de sociétés et marchés du logement. Pour en savoir plus, voir T. Duprey, « Canadian Financial Stress and Macroeconomic Conditions », document d’analyse du personnel 2020‑4 de la Banque du Canada (juin 2020) ou le tableau de bord des indicateurs de stabilité financière de la Banque du Canada.[←]
- 3. Ce scénario est fondé sur le modèle macroéconomique d’amplification des risques (modèle RAMM) de la Banque du Canada, un modèle non linéaire qui peut être utilisé pour simuler l’amplification de chocs susceptibles de se produire pendant des épisodes de tensions financières accrues. Pour en savoir plus sur le modèle RAMM, voir K. Tuzcuoglu, « Risk Amplification Macro Model (RAMM) », rapport technique 123 de la Banque du Canada (janvier 2023).[←]