Un marché des pensions résilient est important pour la stabilité financière

Rapport sur la stabilité financière – 2026 – Point de mire

Les marchés des pensions sont essentiels au fonctionnement des marchés des obligations d’État. Ils constituent aussi une importante source de financement à court terme. Mais vu leur taille et leur utilisation généralisée, ils pourraient propager des tensions financières si les conditions se détérioraient.

Les marchés des pensions sont un élément clé de la plomberie du système financier. Ils soutiennent la liquidité des marchés des obligations d’État en permettant aux participants au marché d’emprunter ou de prêter des fonds ou des titres. Ils jouent aussi un rôle vital dans la transmission de la politique monétaire.

Comme les marchés des pensions sont si fondamentaux, les tensions qu’ils subissent peuvent se propager rapidement à d’autres parties du système financier. Une perturbation de ces marchés pourrait, par exemple, amener les fonds de couverture à vendre soudainement leurs obligations d’État, ce qui réduirait la liquidité du marché et pourrait entraîner des spirales de liquidité. Voilà pourquoi les gouvernements, les banques centrales et les participants au marché s’attachent à renforcer la résilience des marchés des pensions.

Les perturbations sur les marchés des pensions pourraient se répercuter sur les marchés des obligations d’État

Les marchés des pensions ont connu une croissance constante ces dernières années, ce qui a accru davantage leur importance au sein du système financier canadien (graphique 17). Aujourd’hui, des opérations de pension d’une valeur de plus de 130 milliards de dollars ont lieu chaque jour au Canada, soit environ le double d’il y a cinq ans. Un large éventail de participants au marché utilise les opérations de pension pour obtenir un levier financier, emprunter et prêter des titres, générer des rendements sur les liquidités excédentaires et gérer la liquidité de financement.


L’activité sur le marché des pensions augmente en partie parce que plus d‘obligations du gouvernement du Canada sont émises et négociées (graphique 18). Les opérations de pension sont un moyen souple et économique de financer la négociation d’obligations d’État, et donc contribuent grandement à faciliter les activités de tenue de marché des courtiers. Elles permettent aussi aux fonds de couverture de financer leurs activités, notamment leurs opérations d’arbitrage sur les obligations d’État et les contrats à terme. À leur tour, ces activités soutiennent la liquidité et l’efficience des marchés des titres d’État1.


Les obligations d’État sont largement utilisées comme garanties et actifs liquides pour gérer les risques. Elles servent aussi de références pour établir les prix d’autres titres. Par conséquent, une perturbation des marchés des pensions aurait d’importantes répercussions sur le système financier, notamment les suivantes :

  • Une réduction soudaine du levier d’endettement des gestionnaires d’actifs. Par exemple, si les fonds de couverture ou d’autres gestionnaires d’actifs ne peuvent pas obtenir de financement par opérations de pension, ils pourraient devoir vendre rapidement des obligations d’État, ce qui réduirait davantage la liquidité du marché.
  • Une baisse de la liquidité de l’ensemble du marché. L’élargissement des écarts acheteur‑vendeur et la hausse des coûts de négociation sur les marchés des obligations d’État pourraient se répercuter sur d’autres marchés de titres à revenu fixe et de produits dérivés. Si cela entraînait d’importants appels de marge, il pourrait s’ensuivre une spirale de liquidité si les participants au marché étaient forcés de vendre des actifs liquides pour lever des fonds.
  • Des fluctuations brusques du taux des opérations de pension à un jour (taux CORRA). Cela aurait une incidence sur les nombreux instruments financiers qui utilisent le taux CORRA comme taux sans risque, comme les produits dérivés de taux d’intérêt et les obligations à taux variables2.

Si l’une ou l’autre de ces situations devait se produire, les coûts d’emprunt dans toute l’économie augmenteraient, ce qui pourrait entraîner une deuxième vague d’effets3.

Des efforts sont déployés pour améliorer la résilience des marchés des pensions

Depuis des années, la Banque du Canada travaille avec le secteur et d’autres parties prenantes en vue d’améliorer la résilience des marchés des pensions par les moyens suivants :

  • Fournir un taux de référence robuste et fiable. En 2020, la Banque est devenue l’administrateur du taux CORRA – le principal taux de référence pour établir les prix sur les marchés des pensions – et a amélioré sa méthode de calcul4.
  • Collaborer avec le secteur privé pour améliorer l’infrastructure du marché canadien des pensions. La Banque a proposé la mise sur pied du Groupe consultatif sur l’infrastructure liée aux garanties et les pratiques du marché, qu’elle parraine désormais. Ce groupe a pour but de trouver des moyens de moderniser le marché canadien des titres à revenu fixe afin de favoriser le fonctionnement efficace et sans interruption des marchés au comptant, des prêts de titres et de financement. À l’issue des travaux du groupe, la Banque a annoncé qu’elle se joindra à :
    • la plateforme du Service canadien de gestion des garanties pour les opérations de pension tripartites – ces opérations permettant aux participants au marché de gérer les risques et les liquidités plus efficacement que les opérations de pension bilatérales traditionnelles5;
    • la Corporation canadienne de compensation de produits dérivés (CDCC), une contrepartie centrale pour les opérations de pension et sur produits dérivés. La CDCC a commencé à compenser les opérations de pension après la crise financière mondiale de 2008‑2009 pour renforcer le fonctionnement des marchés essentiels des pensions pendant les périodes de tensions financières. L’adhésion de la Banque à la CDCC contribuera à rendre la compensation centrale plus attrayante pour les participants au marché et, grâce à la compensation des positions, à accroître la capacité des courtiers à offrir du financement sur le marché des pensions par une utilisation plus efficace de leur bilan.
  • Contribuer aux travaux sur les marchés des pensions menés à l’échelle internationale. La Banque a contribué au récent rapport du Conseil de stabilité financière sur les vulnérabilités des marchés des pensions où les opérations sont garanties par des obligations d’État6. Ces travaux sont importants, car les fonds de couverture et les autres gestionnaires d’actifs exercent leurs activités au‑delà des frontières, interconnectant ainsi les marchés obligataires mondiaux.
  • Améliorer la transparence des marchés des pensions. La Banque publie régulièrement des recherches sur les marchés canadiens des pensions, dont une fiche d’information qui décrit leur taille et leur composition7. Ces travaux aident à informer les parties prenantes sur la structure et les vulnérabilités de ces marchés.
  • Veiller à ce que les mécanismes d’octroi de liquidités de la Banque s’adaptent à l’évolution de la structure du marché. Par exemple, la Banque a élargi l’admissibilité à son mécanisme conditionnel de prise en pension à plus d’un jour pour y inclure certains intermédiaires financiers non bancaires en raison de leur rôle croissant sur les marchés des titres à revenu fixe et dans le système financier8. Ce mécanisme peut servir à fournir des liquidités lors de période de fortes tensions sur les marchés.

La Banque poursuit ses travaux visant à améliorer la résilience des marchés des pensions. Elle continuera de surveiller ces marchés et de contribuer, d’une part, aux efforts du Groupe consultatif sur l’infrastructure liée aux garanties et les pratiques du marché afin d’accroître la résilience des marchés canadiens des titres à revenu fixe, et d’autre part, aux efforts mondiaux pour surveiller les vulnérabilités émergentes et y remédier.

  1. 1. Pour en savoir plus, voir Banque du Canada, « Encadré 3 : Opérations d’arbitrage comptant-terme », Rapport sur la stabilité financière – 2024 et Banque du Canada, « Encadré 3 : Évolution récente des écarts de swap », Rapport sur la stabilité financière – 2025.[]
  2. 2. Pour en savoir plus sur le taux CORRA, voir le site Web de la Banque du Canada.[]
  3. 3. Cette deuxième vague d’effets pourrait se traduire en une augmentation des coûts d’emprunt, accentuant les tensions sur les ménages et les entreprises qui pèseraient encore plus sur la croissance économique.[]
  4. 4. Voir Banque du Canada, « La Banque du Canada devient l’administrateur du taux des opérations de pension à un jour » (communiqué de presse, 15 juin 2020).[]
  5. 5. Pour en savoir plus, voir P. Muller et M. Padalko, « The new repo tri‑party Canadian Collateral Management Service: Benefits to the financial system and to the Bank of Canada », note analytique du personnel 2025‑6 de la Banque du Canada (février 2025).[]
  6. 6. Voir Conseil de stabilité financière, « Vulnerabilities in Government Bond‑backed Repo Markets » (février 2026).[]
  7. 7. Voir Banque du Canada, « Marchés financiers » et M. Fisher, M. Padalko et A. Walton, « Le marché canadien des pensions : fiche d’information » (Banque du Canada, septembre 2024).[]
  8. 8. Voir Banque du Canada, « La Banque du Canada annonce des changements prévus au mécanisme conditionnel de prise en pension à plus d’un jour » (avis aux marchés, 17 mars 2025).[]

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