La croissance rapide du crédit privé a engendré des vulnérabilités

Rapport sur la stabilité financière – 2026 – Point de mire

À l’échelle mondiale, le crédit privé a connu une forte expansion et devient de plus en plus interconnecté avec l’ensemble du système financier. La complexité des structures, le manque de transparence et le fait que le crédit privé demeure peu éprouvé en période de ralentissement économique rendent difficile de prévoir comment le secteur pourrait amplifier les chocs.

Le crédit privé désigne les prêts accordés par des entités non bancaires, négociés directement entre les parties. À l’échelle mondiale, il a contribué à combler des lacunes de financement pour les entreprises de taille moyenne, moins bien desservies par les banques ou les marchés publics. Il a aussi intensifié la concurrence sur les marchés du crédit. Sous l’effet d’une forte demande des investisseurs, le crédit privé a gagné du terrain, tant sur le plan de la taille des prêts que sur celui de la diversité des emprunteurs.

Cependant, le manque de transparence fait qu’il est difficile de voir où les vulnérabilités s’accumulent et comment les pertes pourraient se propager. Des signes de tensions sont également apparus à l’échelle internationale. Par exemple, les faillites très médiatisées de certaines entreprises américaines financées par le crédit privé ont soulevé des questions quant aux normes de souscription. Par ailleurs, l’intensification des liens entre les fonds de crédit privé et les banques pourrait faire en sorte que les tensions du secteur se diffusent à l’ensemble du système financier.

Comme le crédit privé demeure peu éprouvé en période de ralentissement économique, ces dynamiques pourraient amplifier les chocs de façons peu prévisibles.

Au Canada, le crédit privé aux entreprises reste limité, et les expositions des investisseurs institutionnels canadiens semblent gérables. Mais la possibilité de répercussions sur les marchés mondiaux et les institutions financières renforce la nécessité d’une surveillance continue.

La complexité des structures et le manque de transparence compliquent l’évaluation des risques

Pendant la phase de forte expansion du marché du crédit privé, les fonds ont subi des pressions pour investir les importantes sommes qui affluaient vers cette catégorie d’actifs. Cela pourrait avoir entraîné un assouplissement des critères d’octroi de prêts.

La qualité de la souscription est difficile à évaluer, car le crédit privé est beaucoup moins transparent que les marchés publics, en particulier lorsque les investissements sont effectués par l’intermédiaire de fonds. L’information sur les prêts sous‑jacents est souvent limitée et, comme ces prêts ne se négocient pas régulièrement, il peut être difficile d’en vérifier la valeur réelle, surtout en période de tensions. Les investisseurs et les autorités ont ainsi du mal à faire la distinction entre des pertes de crédit isolées et des signes de faiblesse généralisée.

La complexité des structures accentue ces difficultés. Le crédit privé peut entraîner une accumulation d’endettement à plusieurs niveaux – celui de l’emprunteur, celui du fonds et celui de l’investisseur. Ces structures peuvent aussi créer des liens entre les fonds de crédit privé, les banques et d’autres parties du système financier, par des voies difficiles à retracer. Tout cela peut masquer les points d’accumulation des risques et les canaux par lesquels les pertes pourraient se propager si la situation économique devait se détériorer.

Le manque de transparence peut également amplifier les réactions des marchés lorsque la confiance des participants change. Si les investisseurs ne peuvent pas déterminer clairement où les pertes sont concentrées, ils pourraient supposer que les problèmes observés dans un segment reflètent une faiblesse plus large. Cela pourrait mener à un repli plus généralisé de l’appétit pour le risque, un resserrement des conditions de financement et une réduction de l’accès au crédit pour les entreprises qui dépendent du crédit privé ou de marchés d’emprunt connexes.

Les liens entre le crédit privé et le secteur bancaire se renforcent

Les banques accordent des prêts aux fonds de crédit privé à la fois pour leurs besoins de liquidité et de financement. Les types de prêts les plus courants sont les prêts adossés aux engagements de souscription, garantis par la solidité financière des investisseurs du fonds1. Ces prêts sont utilisés par les fonds de crédit privé pour couvrir la période entre l’octroi de prêts et la mobilisation de capitaux auprès des investisseurs. En revanche, quand les prêts d’une banque sont garantis uniquement par des prêts sous‑jacents de fonds de crédit privé, son exposition au risque augmente. Cela tient au fait que ses pertes ou gains potentiels sont directement liés à la performance des prêts sous‑jacents.

Cela dit, les banques sont généralement protégées contre les pertes, étant donné que les fonds disposent de coussins de fonds propres substantiels2. Ainsi, les investisseurs des fonds absorberaient les pertes en premier, avant les banques. Les banques ne seraient exposées à des pertes que dans l’éventualité de défauts importants. Néanmoins, la complexité des structures et le manque de transparence compliquent l’identification des banques les plus exposées ainsi que l’évaluation de l’ampleur de leurs expositions. En période de tensions, les marchés pourraient pénaliser les banques perçues comme étant fortement exposées au secteur, même si les pertes réelles restent contenues3.

Les tensions dans le marché du crédit privé pourraient avoir des répercussions au Canada

La majeure partie des activités de crédit privé se déroule à l’extérieur du Canada, de sorte que les vulnérabilités au pays sont limitées. Toutefois, les investisseurs institutionnels canadiens, comme les caisses de retraite et les compagnies d’assurance vie, mènent des activités de crédit privé en prêtant directement à des entreprises au Canada et à l’étranger. Comme ces prêts donnent une visibilité claire sur les entreprises et un degré élevé de contrôle, ils présentent moins de risques que les placements dans des fonds de crédit privé opaques.

De plus, les investisseurs institutionnels ont des horizons de placement à long terme et ont tendance à peu recourir au financement à court terme. Ils sont donc moins susceptibles que d’autres investisseurs d’être contraints de vendre rapidement des actifs en période de tensions.

De façon plus générale, des pertes ou de l’incertitude sur les marchés du crédit privé pourraient inciter les investisseurs internationaux à se retirer des marchés d’emprunt connexes et des institutions financières exposées. Cela pourrait entraîner un resserrement des conditions de financement à l’échelle mondiale. Même si les risques directs pour le Canada semblent contenus, ces répercussions potentielles justifient une surveillance continue du secteur.

  1. 1. Voir Conseil de stabilité financière, « Report on Vulnerabilities in Private Credit » (mai 2026).[]
  2. 2. Les fonds propres représentent généralement environ 65 à 80 % de l’ensemble des actifs des fonds de crédit privé, ce qui procure un coussin substantiel aux créanciers du fonds. Voir G. Matvos, T. Piskorski et A. Seru, « Private Credit, Balance Sheets and Financial Stability », document de travail no 34991 du National Bureau of Economic Research (mars 2026, révisé en avril 2026).[]
  3. 3. Selon une analyse publiée récemment dans Liberty Street Economics, ce canal peut avoir de l’importance. Les banques davantage exposées aux intermédiaires financiers non bancaires ont enregistré des rendements boursiers plus faibles durant la récente période de tensions dans ce secteur, même si le mécanisme de transmission demeure incertain. Voir V. V. Acharya, N. Cetorelli et B. Tuckman, « Stress and Strain from NBFIs to Banks », Liberty Street Economics, Banque fédérale de réserve de New York (mai 2026).[]

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