Déclaration préliminaire à la conférence de presse suivant la décision de politique monétaire
Bonjour. Je suis ravi d’être ici avec la première sous-gouverneure Carolyn Rogers pour parler de notre décision de politique monétaire.
Le Conseil de direction a maintenu le taux directeur à 2,25 %.
Depuis notre décision d’avril, l’impact économique du conflit au Moyen-Orient s’est amplifié. La hausse des prix de l’énergie et les perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales pèsent sur la croissance mondiale et font monter l’inflation. En même temps, l’administration américaine continue de proposer de nouveaux droits de douane, et l’incertitude entourant les politiques commerciales demeure élevée.
Dans ce contexte, l’économie canadienne est restée au ralenti, et l’inflation a augmenté. La politique monétaire demeure centrée sur le même objectif : empêcher que la hausse des prix de l’énergie se transforme en inflation persistante, tout en aidant l’économie à s’ajuster aux vents contraires. Nous sommes déterminés à maintenir l’inflation à un niveau bas et stable au fil du temps.
Permettez-moi d’expliquer ce que nous observons depuis la publication du Rapport sur la politique monétaire d’avril, et les implications pour la politique monétaire.
Le conflit au Moyen-Orient freine l’activité économique dans la région du Golfe et dans de nombreux pays importateurs de pétrole, en plus de faire grimper l’inflation partout dans le monde. En même temps, les investissements liés à l’intelligence artificielle stimulent la croissance aux États-Unis et dans certaines économies d’Asie, et les marchés boursiers ont connu un essor.
Au Canada, le produit intérieur brut (PIB) a enregistré une légère baisse de 0,1 % au premier trimestre, un résultat inférieur à ce qui était prévu dans le Rapport d’avril. Les dépenses de consommation ont progressé de 1,4 %, mais il y a eu un recul inattendu des dépenses publiques. L’activité sur le marché du logement a également diminué, et les investissements des entreprises sont demeurés faibles.
Le marché de l’emploi s’est renforcé en mai et le taux de chômage est descendu à 6,6 %, mais les chiffres mensuels sur l’emploi ont été très volatils. Si on fait abstraction des irrégularités, l’emploi au Canada a peu bougé depuis le début de l’année, et le taux de chômage a oscillé entre 6½ et 7 %.
Les données récentes laissent croire que la croissance du PIB va reprendre au deuxième trimestre, avec une hausse soutenue des dépenses de consommation et une activité plus stable sur le marché du logement. Même avec un certain rebond de la croissance du PIB, l’économie devrait rester en situation d’offre excédentaire.
Comme prévu, l’inflation mesurée par l’indice des prix à la consommation (IPC) a augmenté en avril, atteignant 2,8 %. Cette augmentation tient aux prix de l’énergie, reflétant à la fois la hausse des prix mondiaux du pétrole et le fait que le retrait de la taxe canadienne sur le carbone pour les consommateurs n’a plus d’effet sur le taux d’inflation sur douze mois. Jusqu’à présent, il y a peu de signes d’une transmission généralisée des prix plus élevés de l’énergie aux autres prix à la consommation. Les mesures de l’inflation fondamentale sont descendues autour de 2 %, et la part des composantes de l’IPC dont la croissance est supérieure à 3 % est proche de sa moyenne historique. Le taux d’augmentation des prix des aliments s’est modéré mais demeure élevé, tandis que celui des frais de logement a continué de ralentir.
Avec le conflit au Moyen-Orient qui persiste, les prix du pétrole sont demeurés élevés. Les attentes du marché se sont ajustées à la hausse depuis avril, et le baril se négocie environ 10 $ au-dessus du prix postulé dans le Rapport. Pour ces raisons, nous nous attendons à ce que l’inflation mesurée par l’IPC se maintienne près de 3 % dans les mois à venir, avant de descendre graduellement vers 2 %. Nous allons surveiller de près les signes d’une généralisation des pressions sur les prix. La Banque du Canada est déterminée à garder l’inflation près de la cible de 2 % au fil du temps.
À notre réunion cette semaine, nous avons décidé de maintenir le taux directeur à 2,25 %. Le Conseil de direction s’est entendu pour regarder au-delà de l’impact à court terme de la guerre sur l’inflation, mais si les prix de l’énergie restent élevés, nous ne laisserons pas leurs effets se transformer en inflation persistante et généralisée.
La combinaison d’un ralentissement économique et d’une montée de l’inflation pose un dilemme pour la politique monétaire. D’un côté, augmenter les taux pour freiner l’inflation risquerait d’affaiblir davantage l’économie. De l’autre, les baisser pour soutenir la croissance accentuerait le risque que l’inflation élevée devienne persistante. Pour le moment, maintenir le taux directeur inchangé permet d’équilibrer ces risques.
Cependant, l’incertitude est plus élevée que d’habitude, et les risques pourraient changer. Nous pourrions devoir ajuster notre politique monétaire rapidement.
Si les États-Unis imposent d’autres restrictions commerciales importantes au Canada, nous pourrions devoir baisser davantage le taux directeur pour soutenir la croissance économique. En revanche, si le conflit au Moyen-Orient se poursuit et que la hausse des prix de l’énergie commence à se transformer en inflation persistante et généralisée, la politique monétaire devra en faire plus. Des hausses consécutives du taux directeur pourraient alors être nécessaires.
Bien sûr, il y a d’autres scénarios possibles. L’économie canadienne traverse une période de changements structurels. La transformation des relations commerciales, l’adoption de l’intelligence artificielle et l’évolution de la démographie viennent compliquer l’évaluation de l’économie. Nous allons suivre de près l’évolution de tous ces phénomènes et évaluer leurs implications pour la croissance et l’inflation. Nous restons prêts à réagir au besoin si les perspectives changent.
La Banque s’engage à préserver la confiance des Canadiennes et Canadiens dans la stabilité des prix pendant cette période de bouleversements mondiaux.
Sur ce, la première sous-gouverneure et moi répondrons avec plaisir à vos questions.