Même si l’inflation a reculé par rapport aux sommets atteints durant la pandémie, de nombreux ménages ressentent encore les effets des hausses de prix. Entre 2020 et 2025, les ménages plus jeunes et ceux à plus faible revenu ont généralement vu leurs dépenses augmenter plus rapidement que leurs revenus, tandis que les ménages plus âgés et ceux à revenu plus élevé s’en sont mieux tirés. Malgré les différences observées, dans l’ensemble, l’augmentation des revenus du ménage moyen a suivi celle de ses dépenses.

Beaucoup de gens trouvent encore leur budget serré, même si l’inflation a ralenti depuis la pandémie.

Ces préoccupations sont légitimes et témoignent d’une réalité importante. Une inflation plus faible signifie que les prix à la consommation augmentent moins rapidement qu’avant. Elle n’efface toutefois pas les hausses de prix que les ménages ont dû absorber depuis le début de la pandémie (graphique 1).


Mais les prix plus élevés et les dépenses accrues qui en résultent ne représentent qu’un côté de l’équation. De l’autre, on constate que le revenu disponible des ménages dépasse lui aussi sa tendance prépandémique. La question est donc de savoir si le revenu disponible a augmenté au même rythme que les dépenses.

En un mot, oui. Par rapport aux tendances prépandémiques, le revenu disponible a généralement augmenté davantage que les dépenses entre 2020 et 2025, ce qui représente un surplus annuel moyen d’environ 900 $. Entre 2022 et 2024, les dépenses ont augmenté plus rapidement que les revenus sous l’effet de l’inflation élevée. Mais en 2025, l’écart s’était refermé et le revenu disponible dépassait de nouveau les dépenses accrues.

Toutefois, ces résultats globaux masquent d’importantes différences entre les ménages. Pour bon nombre d’entre eux, la hausse des revenus a compensé celle des dépenses, mais ça n’a pas été le cas pour d’autres, en particulier les ménages plus jeunes et ceux à plus faible revenu. Ces différences pourraient expliquer pourquoi beaucoup de gens continuent de ressentir des pressions sur l’abordabilité, malgré le ralentissement de l’inflation.

Mesure de l’écart entre le revenu et les dépenses des ménages

Pour comparer la situation de différents types de ménages depuis la pandémie, j’examine comment le revenu disponible et les dépenses des ménages ont évolué par rapport aux tendances prépandémiques. Ces dernières donnent une idée de ce à quoi les ménages auraient pu s’attendre sans la pandémie ni les autres événements imprévus. De plus, en mettant l’accent sur les dépenses des ménages, on obtient une mesure plus complète des pressions sur leur budget, puisqu’on tient compte à la fois des prix payés et des achats effectués.

Les données sur les dépenses proviennent des comptes économiques répartis pour le secteur des ménages de Statistique Canada. Elles sont ventilées par type de ménages et selon 13 catégories de dépenses, dont l’alimentation, le logement, le transport et les loisirs.

Pour chaque type de ménages, je calcule d’abord l’écart entre le revenu disponible et sa tendance prépandémique. Ensuite, je calcule les dépenses supplémentaires en multipliant, pour chaque catégorie, les dépenses réelles des ménages par l’écart entre l’indice des prix à la consommation correspondant et sa tendance prépandémique. J’additionne ensuite les résultats obtenus pour les 13 catégories.

En comparant ces deux mesures, on obtient l’écart entre les revenus et les dépenses. Celui-ci indique si le revenu supplémentaire par rapport à la tendance prépandémique dépasse les dépenses supplémentaires. Une valeur négative indique que les dépenses dépassent les revenus.

Bien entendu, cet écart varie d’un ménage à l’autre, puisque, chaque ménage répartit ses dépenses différemment entre les divers biens et services. De plus, par rapport aux tendances prépandémiques, les prix et les dépenses n’ont pas évolué de la même façon selon les catégories, et les revenus des ménages ont augmenté à des rythmes différents.

Fait important, cet écart ne constitue pas une mesure du bien-être financier global. Par exemple, il ne reflète pas l’évolution du patrimoine, tant immobilier que financier, qui pourrait influencer la façon dont les ménages évaluent leur situation financière. Il ne révèle pas non plus si les ménages ont réduit leurs achats à mesure que les prix augmentaient, même si leur revenu disponible a augmenté de pair avec les dépenses. Il s’agit plutôt d’un simple exercice comptable visant à quantifier les pressions qui pèsent sur le budget des différents types de ménages.

Situation du ménage moyen en 2025

De 2020 à 2025, le ménage moyen a dépensé environ 6 500 $ de plus par année que ne le laissait prévoir la tendance prépandémique (graphique 2). La hausse du revenu disponible par rapport à sa tendance prépandémique a été légèrement supérieure, soit environ 7 400 $ par année. Comme indiqué précédemment, l’écart entre le revenu disponible et les dépenses s’établissait donc à environ 900 $.


Les données annuelles montrent que les gains de revenu ont plus que contrebalancé les hausses de dépenses en 2020 et en 2021. Mais les choses ont changé en 2022, lorsque l’inflation a atteint un sommet inégalé en 40 ans et que la croissance des dépenses a dépassé celle du revenu disponible. Puis, à partir de 2023, l’écart entre les deux s’est progressivement rétréci à mesure que l’inflation est revenue près de la cible de 2 % et que la croissance du revenu disponible s’est accrue. En 2025, le revenu disponible dépassait les dépenses de presque 300 $.

Les résultats doivent être interprétés avec prudence.

  • Les données sur les dépenses pour 2024 et 2025 sont estimées et pourraient être révisées.
  • Les résultats dépendent d’hypothèses sur l’évolution des revenus et des prix de 2020 à 2025. Par exemple, si la tendance des revenus était ajustée pour tenir compte de la faible croissance de la productivité du travail au Canada durant cette période plutôt que d’être fondée sur les données historiques, l’accroissement du revenu du ménage moyen dépasserait d’environ 2 500 $ les dépenses supplémentaires en 2025 seulement.

De nombreux ménages accusaient encore un manque à gagner en 2025

Au-delà des résultats moyens, on constate des différences substantielles entre les ménages en 2025. Mesurées en dollars, les dépenses ont augmenté davantage que les revenus chez les ménages plus jeunes (de moins de 35 ans) et ceux se situant dans les trois quintiles inférieurs de revenu disponible, l’écart étant particulièrement marqué dans le deuxième quintile (tableau 1). De même, les ménages propriétaires affichaient un écart négatif, tandis que les ménages locataires arrivaient presque à l’équilibre.

À l’inverse, plusieurs groupes de ménages affichaient un écart positif, la hausse du revenu disponible faisant plus que compenser les dépenses supplémentaires. C’était notamment le cas des ménages de 35 ans et plus et de ceux se situant dans les deux quintiles supérieurs de revenu disponible.

Les différences entre les groupes de ménages deviennent plus apparentes lorsqu’on exprime les écarts entre les revenus et les dépenses en proportion du revenu des ménages pour 2025. Les écarts observés représentaient un manque d’environ 7 % du revenu pour les ménages du deuxième quintile de revenu disponible, contre un excédent de 13 % pour ceux du quintile supérieur. Les écarts étaient plus faibles pour les autres groupes présentés dans le tableau 1.

Tableau 1 : Les ménages plus jeunes et ceux à plus faible revenu accusaient un manque à gagner en 2025 Revenu disponible et dépenses du ménage moyen par rapport aux tendances prépandémiques en 2025
Écart entre les revenus et les dépenses
Revenus supplémentaires ($) Dépenses supplémentaires ($) Valeur ($) En pourcentage du revenu de 2025 (%)
Ensemble des ménages canadiens
Ménage moyen 11 347 11 073 274 0
Par groupe d’âge des ménages
Moins de 35 ans 5 369 9 618 -4 249 -4
Entre 35 et 44 ans 13 194 11 859 1 335 1
Entre 45 et 54 ans 16 535 14 754 1 781 2
Entre 55 et 64 ans 13 174 13 005 169 0
65 ans et plus 9 259 8 641 618 1
Par quintile de revenu disponible par ménage
Premier quintile 3 554 7 790 -4 236 -4
Deuxième quintile 2 202 9 007 -6 805 -7
Troisième quintile 5 724 10 535 -4 811 -5
Quatrième quintile 14 616 11 569 3 047 3
Cinquième quintile 30 471 16 465 14 006 13
Selon le statut de propriétaire ou de locataire
Propriétaires 10 665 12 482 -1 817 -2
Locataires 7 872 7 962 -90 0

Nota : L’écart entre les revenus et les dépenses est calculé en soustrayant les dépenses supplémentaires des revenus supplémentaires, qui sont tous deux mesurés par rapport aux tendances prépandémiques. Les valeurs négatives (positives) de l’écart indiquent que la situation des ménages s’est en moyenne détériorée (améliorée), car les revenus supplémentaires ne compensent pas (font plus que compenser) les dépenses supplémentaires.
Sources : Statistique Canada et calculs de la Banque du Canada


Comme mentionné plus tôt, les ménages répartissent leur budget différemment d’une catégorie de dépenses à l’autre. Par exemple, les ménages plus jeunes et ceux à plus faible revenu consacrent une plus grande part de leur budget à l’alimentation et au logement. En 2025, les prix dans ces catégories sont restés bien supérieurs aux tendances prépandémiques, ce qui explique en partie les manques à gagner enregistrés par ces ménages.

Comment cette analyse éclaire l’enjeu de l’abordabilité

Le retour à une inflation basse n’annule pas les hausses de prix que les ménages ont déjà absorbées. En outre, l’abordabilité dépend non seulement des prix, mais aussi des revenus. Une croissance plus rapide de la productivité dans l’économie favoriserait la progression des revenus et du niveau de vie sans attiser les pressions inflationnistes.

Cette analyse met en lumière l’importance de regarder au-delà des moyennes pour évaluer les conditions économiques. Les ménages ressentent l’inflation différemment selon leurs achats, la croissance de leur revenu et leur richesse nette. Comprendre ces différences peut aider les décisionnaires à mieux interpréter et communiquer les conditions économiques.


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DOI : https://doi.org/10.34989/saba-22