Le résumé qui suit rend compte des délibérations du Conseil de direction de la Banque du Canada ayant mené à la décision de politique monétaire annoncée le 2 septembre 2026.
Il reflète les discussions et les délibérations qu’ont tenues les membres du Conseil de direction à la troisième étape du processus entourant les décisions de politique monétaire, soit après avoir reçu toutes les informations et recommandations pertinentes du personnel.
Les réunions concernées, présidées par le gouverneur Tiff Macklem, ont débuté le 25 août 2026. La première sous-gouverneure Carolyn Rogers, le sous-gouverneur Toni Gravelle, le sous-gouverneur Nicolas Vincent, la sous-gouverneure Michelle Alexopoulos et le sous-gouverneur Marc-André Gosselin y ont participé.
Économie internationale
Les membres ont entamé leurs délibérations en discutant de la façon dont l’économie mondiale s’adaptait aux prix plus élevés du pétrole. La guerre au Moyen-Orient se poursuivait, marquée par des flambées intermittentes des tensions. Comme le transit par le détroit d’Ormuz demeurait réduit, les prix de l’énergie restaient élevés. Les marges des raffineries étaient également exceptionnellement élevées en raison des perturbations touchant les capacités de raffinage au Moyen-Orient et en Russie. Par conséquent, les mesures de l’inflation globale à l’échelle mondiale étaient en train d’augmenter, même si les répercussions des prix de l’énergie sur ceux d’autres biens et services semblaient limitées jusque-là.
La croissance de l’économie américaine continuait d’être forte, portée par la robustesse de la consommation et des investissements liés à l’intelligence artificielle (IA). L’essor de l’IA soutenait les valorisations boursières, faisant augmenter la richesse et la consommation des ménages à revenu élevé. L’inflation aux États-Unis restait au-dessus de la cible. Même si l’effet inflationniste des droits de douane imposés précédemment s’était estompé, les prix plus élevés de l’essence et du diesel alimentaient l’inflation.
La zone euro avait connu une croissance supérieure aux attentes au deuxième trimestre, soutenue par les exportations et les dépenses des ménages. L’inflation était légèrement plus élevée qu’en juillet. Les prix du gaz naturel avaient continué de monter, ce qui avait stimulé davantage l’inflation globale.
Malgré le dynamisme continu du secteur des technologies, la croissance économique avait été faible en Chine au deuxième trimestre en raison du mouvement à la baisse des volumes d’exportation et de la faiblesse de la demande intérieure.
Les conditions financières s’étaient resserrées depuis la parution du Rapport sur la politique monétaire de juillet. Les rendements des obligations à long terme avaient augmenté sur fond de préoccupations concernant les niveaux de dette souveraine et d’attentes d’un relèvement nécessaire des taux directeurs par les banques centrales pour freiner l’inflation. Les rendements obligataires canadiens s’étaient aussi accrus, quoique moins que ceux de plusieurs autres grandes économies avancées. Les attentes du marché à l’égard des prix du pétrole s’étaient ajustées à la hausse depuis juillet, tandis que les prix des produits de base non énergétiques restaient stables. Le dollar canadien s’était légèrement apprécié dans un contexte de faiblesse du dollar américain.
Économie canadienne et perspectives d’inflation au pays
Les membres ont ensuite discuté des données économiques récentes et de leur incidence sur les perspectives de croissance et d’inflation. Les données avaient évolué de manière largement conforme aux attentes depuis la parution du Rapport de juillet.
Comme prévu, la croissance du produit intérieur brut avait rebondi au deuxième trimestre après deux trimestres de faiblesse. L’économie avait progressé de 3,3 % au cours du trimestre, dépassant légèrement les attentes. Les membres ont noté que la croissance se généralisait, même une fois pris en compte certains facteurs temporaires qui avaient amplifié le rebond. Les dépenses de consommation étaient vigoureuses, et les exportations et les investissements des entreprises s’étaient redressés. Après une longue période de faiblesse, l’activité sur le marché du logement s’était également raffermie, et ce, malgré la morosité continue des marchés des copropriétés de Toronto et de Vancouver.
L’évolution du marché du travail signalait aussi une amélioration de l’économie. Les données obtenues depuis juillet indiquaient une solide progression de l’emploi, surtout dans le secteur privé. Les membres ont toutefois convenu que le marché du travail restait détendu, le taux de chômage avoisinant 6½ % et la croissance des salaires étant modérée. Globalement, les indicateurs donnaient à penser que l’économie était encore en situation d’offre excédentaire.
Les membres ont longuement discuté de ce que les nouveaux droits de douane américains et les menaces de nouvelles mesures commerciales allaient signifier pour la durabilité de la reprise. De nouveaux droits de douane américains avaient été imposés sur environ 5 % des exportations canadiennes de biens vers les États-Unis. Le Conseil a reconnu l’incidence considérable que ces droits auraient sur les entreprises touchées et les travailleurs. Cela dit, on estimait que les effets directs sur l’ensemble de l’économie canadienne seraient probablement modestes, et que les mesures budgétaires contrebalanceraient en partie l’incidence des nouveaux droits. Néanmoins, les membres ont fait remarquer qu’un retour à un niveau accru d’incertitude commerciale pèserait sur la confiance des consommateurs et des entreprises. Cela pourrait freiner les dépenses des ménages, les investissements des entreprises et l’embauche en général, surtout si le conflit s’intensifiait. Les membres ont convenu que l’échec des négociations commerciales, les nouveaux droits de douane et les menaces de nouvelles mesures commerciales rendaient les perspectives de croissance plus incertaines.
Par ailleurs, les membres ont noté que l’inflation mesurée par l’indice des prix à la consommation (IPC) tournait autour de 3 % depuis plusieurs mois et qu’elle resterait probablement forte à court terme en raison des prix élevés de l’essence qui persistaient. Le conflit au Moyen-Orient se poursuivait sans aucun signe de résolution. L’absence de progrès en ce qui a trait à la réouverture du détroit d’Ormuz avait maintenu les prix mondiaux du pétrole à un niveau élevé et accru les attentes des marchés quant aux futurs prix du pétrole. De plus, on s’attendait à ce que les marges des raffineries demeurent élevées plus longtemps compte tenu des dommages causés à la capacité et des travaux d’entretien prévus. Ces deux facteurs faisaient augmenter les prix de l’essence et du diesel au Canada.
La discussion a ensuite porté sur l’incidence que pourraient avoir les contre-mesures tarifaires canadiennes sur les importations en provenance des États-Unis. Étant donné que les droits de douane visaient principalement des intrants intermédiaires, comme l’acier, et des biens ayant des substituts canadiens, les membres ont convenu que l’incidence sur l’inflation serait probablement modérée et étalée dans le temps.
Le Conseil a noté que même si l’inflation globale était près de la limite supérieure de la fourchette de 1 à 3 % depuis avril, l’inflation mesurée par l’IPC hors essence se situait à 2,2 %, et l’inflation fondamentale demeurait près de 2 %. De manière générale, peu de signes montraient que la montée des prix de l’essence s’était jusque-là répercutée sur les prix d’autres biens et services.
Considérations pour la politique monétaire
Les membres ont discuté des implications de l’évolution récente de l’économie pour l’orientation de la politique monétaire.
Dans le Rapport de juillet, le scénario de référence supposait que les droits de douane américains existants sur les exportations canadiennes ne seraient pas levés, que l’Accord Canada–États-Unis–Mexique serait maintenu et ferait l’objet de révisions annuelles, et que le transport dans le détroit d’Ormuz reviendrait graduellement à la normale, faisant baisser le prix du pétrole. Le Rapport insistait aussi sur le fait que la politique commerciale américaine et la guerre au Moyen-Orient demeuraient les deux risques les plus importants pour les perspectives. Depuis, les données économiques montraient que l’économie et l’inflation avaient évolué de manière généralement conforme à la prévision de juillet, mais que les principaux risques étaient devenus plus aigus.
En ce qui concerne le conflit commercial, l’activité économique était solide avant l’imposition de la plus récente série de droits de douane. La croissance s’était redressée au deuxième trimestre, et les sources d’activité économique s’étaient élargies. Les membres ont discuté de leur évaluation de la marge de capacités excédentaires dans l’économie. Malgré la diversité des points de vue quant à l’ampleur des capacités excédentaires au vu des données récentes, le Conseil a jugé que l’économie était encore en situation d’offre excédentaire et noté que les nouveaux droits de douane auraient un impact considérable sur certains secteurs. Même si on s’attendait à ce que les mesures budgétaires du gouvernement et les efforts continus des entreprises pour s’adapter aux droits de douane et à l’incertitude commerciale aident à atténuer une partie des effets, les membres ont convenu que l’évolution récente de la situation rendait plus incertaine la durabilité de la reprise.
En ce qui concerne la guerre au Moyen-Orient, les membres craignaient que le conflit prolongé et les dommages causés aux capacités de raffinage maintiennent les prix de l’essence et du diesel à des niveaux élevés, entraînant ainsi une inflation globale plus forte et plus persistante qu’anticipé dans le Rapport de juillet. Même s’il y avait jusque-là peu de signes que les prix élevés de l’essence se répercutaient sur d’autres biens et services, les membres étaient d’accord pour dire que plus ces prix resteraient élevés longtemps, plus le risque de transmission serait grand. Cela avait accru les risques à la hausse pour l’inflation.
Les membres ont ensuite échangé sur la façon de peser ces risques.
Il y avait consensus sur le fait que les risques pour l’inflation découlant de la persistance des prix élevés de l’énergie s’étaient accrus. Rien n’indiquait que la guerre au Moyen-Orient allait se résoudre prochainement ni que les marges élevées des raffineries se normalisaient. Cela signifiait une inflation accrue pendant plus longtemps, ce qui pourrait mener à une inflation plus généralisée. En outre, les mesures commerciales prises des deux côtés de la frontière augmenteraient les coûts des entreprises, qui pourraient être répercutés sur les prix à la consommation au fil du temps.
Jusque-là, le Conseil avait regardé au-delà de l’impact direct initial des prix de l’essence sur l’inflation. Les membres ont reconnu que, vu la conjoncture économique, une part d’incertitude régnait quant à la probabilité que les prix plus élevés de l’énergie se répercutent sur ceux d’autres composantes de l’IPC et à l’ampleur de telles répercussions.
Les membres ont exprimé différents points de vue quant à l’incidence des nouveaux droits de douane américains sur la croissance, et à savoir si la faiblesse de l’économie qui en résulterait allait limiter la transmission des prix plus élevés de l’énergie. Les nouveaux droits de douane américains avaient probablement eu un effet négatif sur la confiance des entreprises et des consommateurs et avaient le potentiel de freiner l’activité économique. Mais l’incertitude entourant les échanges commerciaux était élevée, tant en ce qui a trait à l’évolution de la politique commerciale américaine qu’à l’incidence des mesures commerciales sur l’économie canadienne.
L’économie affichant encore une offre excédentaire et le marché du travail restant détendu, une croissance plus faible attribuable au conflit commercial pourrait contenir les pressions inflationnistes. Toutefois, les membres étaient d’accord pour dire que si les prix plus élevés de l’énergie se transmettaient effectivement à d’autres composantes de l’IPC, des mesures de politique monétaire pourraient devoir être prises pour empêcher l’inflation généralisée de s’enraciner.
Les membres ont souligné qu’il y avait plusieurs issues possibles au conflit commercial et à la guerre au Moyen-Orient, ce qui pouvait entraîner des changements dans l’équilibre des risques. Il leur faudrait donc surveiller la situation de près pour voir si la reprise économique serait soutenue dans le contexte d’une escalade des droits de douane américains et si la hausse des prix de l’énergie se répercuterait sur d’autres biens et services.
Décision de politique monétaire
L’économie et l’inflation évoluant essentiellement comme prévu dans le Rapport de juillet, le Conseil a décidé de laisser le taux directeur inchangé, à 2,25 %.
Les membres ont noté que l’économie canadienne reposait sur des bases plus solides au moment de l’échec des négociations commerciales avec les États-Unis. Mais l’incertitude s’était accrue depuis et pouvait compromettre la durabilité de la reprise. Les risques d’inflation avaient aussi augmenté. Comme l’inflation était supérieure à la cible de 2 % depuis plusieurs mois et qu’elle le resterait probablement à court terme, les membres étaient d’accord pour dire que le risque que l’inflation se propage à d’autres biens et services s’était accentué.
Le Conseil a convenu d’indiquer clairement dans ses communications que la politique monétaire permettrait à la population canadienne de continuer à pouvoir compter sur la stabilité des prix pendant cette période de bouleversements. Bien que les chocs d’offre puissent créer une tension entre l’objectif de gérer la faiblesse économique et celui de gérer l’inflation croissante, les membres ont convenu de réitérer que l’orientation de la politique monétaire serait guidée par les prévisions d’inflation de la Banque et les risques entourant celles-ci. Toute faiblesse de la croissance allait être prise en compte dans les prévisions d’inflation, de même que l’incidence de l’évolution des prix de l’énergie.