Ménages

Rapport sur la stabilité financière – 2026

Dans l’ensemble, les ménages canadiens se sont montrés résilients. Mais les niveaux d’endettement sont élevés et certains foyers de tensions sont toujours présents. Les répercussions possibles de l’incertitude commerciale persistante et des conflits géopolitiques sur l’emploi constituent une préoccupation importante.

La santé financière des ménages canadiens a peu changé depuis la parution du Rapport précédent. L’endettement des ménages demeure élevé, mais en deçà de son sommet de 2022. La part des emprunteurs accusant un retard de paiement de dette s’est stabilisée au cours des 12 derniers mois, après quatre années de hausse. Cette vue d’ensemble dissimule toutefois des écarts importants entre les ménages, certains faisant face à des pressions financières plus marquées que d’autres.

Les risques qui pèsent sur la situation financière des ménages ont augmenté. Les facteurs de risque liés au commerce restent présents, tandis que la guerre au Moyen‑Orient alimente l’incertitude économique. Pour les ménages, le scénario le plus préoccupant serait que l’évolution de la situation économique ou géopolitique entraîne un ralentissement de l’activité et une vive augmentation du chômage.

Santé financière des ménages

L’endettement reste élevé, mais la richesse s’accroît

Les ménages canadiens continuent d’être fortement endettés par rapport à leur revenu, ce qui les rend vulnérables à une éventuelle perte d’emploi ou dépense imprévue importante. Le ratio de la dette au revenu disponible des ménages a légèrement augmenté au cours des 12 derniers mois, tout en demeurant inférieur au sommet observé en 2022 (graphique 5).


De façon générale, la position des ménages apparaît plus favorable lorsqu’on tient compte de leur richesse. Le ratio de la dette à la valeur nette a légèrement baissé et est bien en dessous de sa moyenne prépandémique. C’est un signe que, globalement, la situation financière des ménages s’est améliorée, malgré des niveaux d’endettement encore élevés.

La montée des prix des logements a soutenu la croissance de la valeur nette des ménages au fil du temps. Mais les marchés du logement ayant perdu de la vigueur au cours des 12 derniers mois, l’accroissement de la valeur nette durant cette période tient surtout à la prise de valeur des actifs financiers, liée à la bonne performance des marchés boursiers (Marchés financiers).

Toutefois, les gains de richesse ne sont pas répartis également au sein de la population canadienne. Et certains ménages fortement endettés disposent de très peu d’épargne ou de marge de manœuvre financière pour faire face à un aléa de la vie1.

Les tensions chez les ménages restent essentiellement inchangées

Dans l’ensemble, les tensions financières chez les ménages sont pratiquement au même niveau que celui décrit dans le Rapport précédent, et elles sont nettement plus élevées parmi ceux n’ayant pas de prêt hypothécaire. La part des emprunteurs dont au moins un compte est en souffrance depuis plus de 60 jours est demeurée généralement stable, soit à environ 2,5 % pour les personnes sans prêt hypothécaire et à 1,3 % pour les emprunteurs hypothécaires (graphique 6).


Après avoir contracté des prêts à très bas taux d’intérêt pendant la pandémie, les emprunteurs ont renouvelé ces prêts à des taux supérieurs au cours des 12 derniers mois. Malgré des versements généralement plus élevés en 2025 et dans la première moitié de 2026, la plupart ont été en mesure d’absorber l’augmentation, si bien que les prêteurs n’ont pas enregistré de hausse généralisée de pertes sur prêts.

Le test de résistance applicable aux prêts hypothécaires a offert une certaine protection : plus de 90 % des emprunteurs ayant renouvelé leur prêt au cours des 12 derniers mois l’ont fait à des taux inférieurs à leur taux admissible2. Et certains ont atténué la hausse de leurs versements en allongeant la période d’amortissement de leur prêt.

Dans l’ensemble, le nombre de prêts hypothécaires en souffrance demeure bas, la part des comptes hypothécaires en retard de plus de 60 jours dépassant à peine la moyenne de 2018-2019 (graphique 7). Toutefois, la proportion des prêts en souffrance a davantage augmenté chez les emprunteurs dont la dette hypothécaire est élevée par rapport à leur revenu. Les soldes de ces emprunteurs représentent à peu près 17 % de l’encours hypothécaire total. Les tensions sont les plus fortes parmi les emprunteurs de la région de Toronto ayant contracté un prêt en 2022‑2023, dont les soldes représentent seulement 2 % environ de l’encours total3.


Le recul des prix des logements peut limiter la marge de manœuvre financière

Au Canada, le prix d’une maison typique a diminué d’environ 5 % au cours des 12 derniers mois, et de 20 % depuis le sommet de 2022. Le recul des prix est particulièrement prononcé en Ontario et en Colombie-Britannique, où les nouvelles inscriptions dépassent de plus en plus les ventes.

Les pressions sont les plus importantes sur les marchés des condominiums, en particulier à Toronto et à Vancouver, et ont compliqué les choses pour les propriétaires et les investisseurs. De même, certains acheteurs ont eu du mal à conclure des achats sur plan, le recul des prix ayant rendu l’obtention de financement plus difficile4.

La baisse des prix des logements n’est pas forcément un problème pour les ménages en mesure de continuer d’honorer leurs versements hypothécaires. En revanche, ceux qui comptent sur un refinancement pour réduire leurs paiements pourraient ne pas y être admissibles si leur avoir propre foncier est insuffisant pour satisfaire aux exigences des prêteurs. De ce fait, la baisse des prix des logements accroît le risque de retards de paiement pour certains ménages.

Risques pesant sur la situation financière des ménages

Certains emprunteurs hypothécaires devront composer avec des taux plus élevés au renouvellement

Au cours des 12 prochains mois, les derniers prêts hypothécaires à versements fixes sur cinq ans contractés durant la pandémie seront renouvelés. Ils représentent à peu près 12 % de l’encours hypothécaire total au Canada. En moyenne, les versements liés à ces prêts augmenteront d’environ 15 %, une hausse comparable à celle subie par des emprunteurs similaires au cours des 12 derniers mois (graphique 8).


Les autres renouvellements attendus pendant la même période, qui représentent environ 14 % de l’encours hypothécaire, concernent des prêts à versements variables et des prêts à versements fixes de plus courte durée souscrits après la remontée des taux en 2022 et 2023. Ces emprunteurs, en moyenne, ne verront pas leur versement changer au renouvellement. D’ici la deuxième moitié de 2027, presque tous les détenteurs de prêts hypothécaires faisant face à d’importantes hausses de versements auront renouvelé leur prêt.

La forte croissance des revenus observée ces cinq dernières années devrait permettre à la plupart des emprunteurs de composer avec les hausses des paiements5. Toutefois, ceux dont les revenus ont crû plus faiblement pourraient avoir moins de marge de manœuvre en raison du recul des prix des logements – qui a amenuisé le coussin représenté par l’avoir propre foncier et compliqué le refinancement6.

Compte tenu des prix actuels des logements, seule une faible part des emprunteurs ne serait pas en mesure de refinancer son prêt au renouvellement, soit environ 4 % des emprunteurs en 2027 et autour de 9 % dans la région de Toronto7. Une nouvelle baisse de 10 % des prix ferait légèrement augmenter cette proportion à environ 7 % à l’échelle nationale et à 12 % dans la région de Toronto.

Le contexte mondial pourrait affaiblir l’activité économique et l’emploi

L’économie canadienne s’est montrée résiliente face à de multiples chocs, et le taux de chômage s’est maintenu dans une fourchette d’environ 6½ à 7 % au cours des 12 derniers mois. Toutefois, l’incertitude commerciale persistante et la guerre au Moyen‑Orient pourraient causer une détérioration des conditions économiques.

C’est principalement par le marché du travail que les ménages ressentiraient les effets d’un ralentissement économique. Si les pertes d’emploi venaient à augmenter, les ménages qui n’ont pas assez d’épargne pourraient prendre du retard dans le remboursement de leur prêt hypothécaire et de leurs crédits à la consommation.

  1. 1. Pour en savoir plus, voir T. M. Pugh, S. Sheikh et T. Webley, « Household balance sheets and mortgage payment shocks », note analytique du personnel 2025-23 de la Banque du Canada (octobre 2025).[]
  2. 2. Pour en savoir plus, voir J. Hartley et N. Paixão, « Tests de résistance appliqués aux prêts hypothécaires et résilience financière des ménages en contexte de resserrement de la politique monétaire », note analytique du personnel 2024-25 de la Banque du Canada (novembre 2024).[]
  3. 3. Toronto renvoie à la région métropolitaine de recensement de Toronto. Pour en savoir plus, consultez le site Web de Statistique Canada.[]
  4. 4. Voir B. Straus et N. Rao, « Marché des condos de Toronto : les facteurs derrière le ralentissement », Sparks et Bank, Banque du Canada (février 2026).[]
  5. 5. Le revenu disponible nominal moyen des ménages a augmenté d’environ 16 % entre 2021 et 2025.[]
  6. 6. Selon les estimations du personnel de la Banque du Canada, environ 10 % des emprunteurs qui détenaient un prêt hypothécaire en 2022 l’ont refinancé depuis. Environ 70 % de ceux qui ont refinancé leur prêt ont prolongé leur période d’amortissement de six ans en moyenne.[]
  7. 7. Cette estimation porte sur les emprunteurs qui renouvelleront un prêt hypothécaire en 2027, avec un rapport prêt-valeur actuel supérieur à 80 %, un ratio brut du service de la dette supérieur à 39 % et un ratio total du service de la dette supérieur à 44 %, après épuisement complet de la période d’amortissement maximale de 25 ans applicable aux prêts hypothécaires assurés.[]

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