Marchés financiers

Rapport sur la stabilité financière – 2026

La guerre au Moyen‑Orient a causé des épisodes de volatilité accrue et de liquidité réduite sur certains marchés, en particulier celui de l’énergie. Malgré tout, les marchés sont généralement restés résilients. Les valorisations boursières demeurent élevées, et les écarts de crédit sont serrés.

Les marchés financiers ont subi une série de chocs au cours des 12 derniers mois. Même s’ils ont généralement continué de bien fonctionner, certaines vulnérabilités se sont accrues.

Sur les marchés des actions et des obligations de sociétés, les valorisations semblent de plus en plus tendues par rapport aux niveaux historiques. Quand les valorisations des actifs sont tendues, il est plus probable qu’il y ait une correction marquée en cas de choc. Les niveaux de dette souveraine sont aussi en hausse. Une variation soudaine de la demande pour les obligations d’État pourrait avoir d’importantes répercussions sur le système financier.

Étant donné la conjoncture volatile, marquée notamment par la guerre au Moyen‑Orient, l’imprévisibilité de la politique commerciale américaine et le possible bouleversement des modèles d’affaires existants par l’intelligence artificielle (IA), le risque de chocs demeure élevé. Les vulnérabilités grandissantes pourraient amplifier les répercussions de ces chocs.

Vulnérabilités des marchés financiers

On considère que les valorisations des actifs sont tendues lorsque les prix des actifs sont élevés par rapport aux facteurs économiques fondamentaux ou aux normes historiques. Ces prix sont alors plus susceptibles de chuter abruptement si les investisseurs réduisent leur appétit pour le risque ou révisent à la baisse leurs prévisions de bénéfices1. Les chutes de prix pourraient être plus marquées si les investisseurs recourant à l’effet de levier subissaient des pertes importantes ou recevaient des appels de marge les contraignant à liquider soudainement leurs positions.

Les valorisations sur les marchés des actions et des obligations de sociétés, qui étaient déjà élevées au moment de la publication du Rapport précédent, ont continué d’augmenter au cours des 12 derniers mois (graphique 1). On a notamment observé ce qui suit :

  • La prime de risque sur actions du TSX s’est contractée davantage, tombant au deuxième centile inférieur de sa distribution historique récente2, tandis que la prime de risque du S&P 500 est restée au cinquième centile inférieur.
  • Le rendement prévisionnel des bénéfices du TSX et du S&P 500 a diminué au cours des 12 derniers mois, les prix des actions ayant monté plus vite que les bénéfices attendus des sociétés. Cette baisse s’est produite même si les prévisions de croissance de ces bénéfices dépassent largement les moyennes historiques, se chiffrant à 17 % pour le S&P 500 et à 25 % pour le TSX en 20263.
  • Les écarts de crédit sur les obligations de qualité se sont contractés, chutant au centile inférieur tant au Canada qu’aux États‑Unis. Les écarts de crédit sur les obligations à rendement élevé se sont eux aussi resserrés dans les deux pays.

Les valorisations accrues des actifs sont de plus en plus concentrées dans un petit nombre de secteurs, particulièrement aux États-Unis. À l’heure actuelle, la part du secteur des technologies de l’information (TI) dans la capitalisation totale du S&P 500 est presque aussi élevée qu’au plus fort de la bulle technologique (graphique 2).


Comme les grandes entreprises technologiques recourent de plus en plus à l’emprunt pour financer leurs centres de données, les émissions d’obligations de sociétés se concentrent elles aussi davantage dans le secteur des TI. En 2026, aux États-Unis, plus de 18 % des obligations de qualité ont été émises dans le secteur des technologies, un sommet depuis au moins 16 ans. En raison de cette concentration, une baisse des bénéfices ou des prévisions de bénéfices dans ce secteur pourrait avoir une grande incidence sur le marché dans son ensemble.

Les primes de terme sur les titres de dette souveraine continuent d’augmenter

À l’échelle mondiale, les déficits publics ont augmenté ces dernières années et, dans certains pays, la dette nette dépasse déjà le produit intérieur brut (graphique 3). Divers facteurs, dont le vieillissement de la population et la hausse des dépenses de défense, donnent à penser que l’augmentation des niveaux d’endettement public va se poursuivre. Dans certains pays, le service de cette dette devra être assumé par une population en baisse.


Dans ce contexte d’augmentation des déficits publics, les investisseurs ont dû absorber une plus grande part des émissions d’obligations d’État. Étant soumis à des contraintes de financement et de bilan, ils ont exigé une rétribution supplémentaire, ce qui a fait monter les taux d’intérêt. C’est un facteur qui a contribué à la hausse des rendements des obligations à long terme ces dernières années (graphique 4)4.


Les fonds de couverture ont grandement contribué à absorber la hausse des émissions d’obligations d’État. Or, comme ces fonds recourent généralement à des emprunts à court terme, ils sont plus susceptibles de se retirer subitement du marché, en particulier si la liquidité se détériore ou s’ils sont contraints de réduire leur effet de levier. Étant donné le rôle central des obligations d’État sur les marchés financiers – que ce soit comme titres de référence, garanties de haute qualité ou actifs sûrs –, toute perturbation peut rapidement se propager dans le système financier, entraînant une réduction de la liquidité des marchés, des tensions sur les marchés de financement et une hausse des coûts d’emprunt.

Dans un scénario extrême, une hausse soudaine des rendements des obligations d’État pourrait engendrer une spirale de liquidité ou des turbulences du même ordre que celles qui ont secoué certains marchés d’obligations d’État dans les dernières années5 (Point de mire : Un marché des pensions résilient est important pour la stabilité financière).

Certains secteurs ont subi les effets des récents épisodes de volatilité

Des facteurs ont récemment créé des tensions sur certains marchés. En voici quelques exemples :

  • Les actions de certaines entreprises de logiciels, de même que les indices boursiers couvrant plus largement ce secteur, ont subi les effets négatifs des appréhensions entourant les perturbations potentielles liées à l’IA. Ces appréhensions sont aussi à l’origine d’un élargissement important des écarts sur les prêts à effet de levier dans le secteur des logiciels, et les fonds de crédit privé qui y sont exposés ont enregistré des sorties de capitaux (Point de mire : La croissance rapide du crédit privé a engendré des vulnérabilités).
  • Les valeurs refuges traditionnelles ne se sont pas comportées de manière aussi prévisible qu’avant. Les obligations d’État ont longtemps été considérées comme des valeurs refuges, du fait que leur demande augmentait en période de tensions sur les marchés. Mais depuis quelque temps, leurs prix sont de plus en plus corrélés positivement avec ceux des actions, ce qui a rendu la diversification des portefeuilles moins efficace pour atténuer les risques6. En période de correction des marchés, il pourrait en résulter une volatilité accrue des portefeuilles et un désendettement forcé.
  • Au début de la guerre au Moyen-Orient, la forte volatilité a poussé certains fonds de couverture actifs à l’échelle mondiale à réduire rapidement leur effet de levier et à vendre des obligations d’État. Au même moment, le potentiel inflationniste de la hausse des prix de l’énergie a amené les marchés à revoir à la hausse leurs attentes concernant les taux directeurs des banques centrales. Résultat : la liquidité sur les marchés obligataires s’est détériorée, provoquant de courtes périodes de tensions dans le fonctionnement des marchés.

Néanmoins, les marchés ont été résilients, et la liquidité est rapidement revenue à des niveaux normaux après que la volatilité s’est atténuée.

  1. 1. Voir Fonds monétaire international, « Chapter 1: Shifting Ground beneath the Calm: Stability Challenges amid Changes in Financial Markets », Rapport sur la stabilité financière dans le monde : un terrain mouvant sous le calme apparent (octobre 2025). Un résumé en français est également accessible.[]
  2. 2. Pour en savoir plus sur ce modèle, voir J.‑S. Fontaine, G. Ouellet Leblanc et R. Shotlander, « Canadian stock market since COVID‑19: Why a V‑shaped price recovery? », note analytique du personnel 2020‑22 de la Banque du Canada (octobre 2020).[]
  3. 3. Les chiffres pour le TSX et le S&P 500 viennent de la plateforme Refinitiv Workspace du London Stock Exchange Group et des calculs de la Banque du Canada.[]
  4. 4. Pour en savoir plus, voir E. Trostin, J. Ketcheson et A. Diez de los Rios, « L’augmentation de la prime de terme au Canada dans le contexte mondial », Sparks et Bank, Banque du Canada (mars 2026).[]
  5. 5. On peut citer par exemple le marché des obligations du Trésor américain en avril 2025, celui des obligations d’État japonaises en janvier 2026 et celui des obligations d’État britanniques en septembre 2022.[]
  6. 6. Pour en savoir plus, voir T. Adrian, J. Kramer et S. Malik, « Stock-Bond Diversification Offers Less Protection From Market Selloffs », IMFBlog, Fonds monétaire international (18 février 2026).[]

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