Évaluation globale

Rapport sur la stabilité financière – 2026

Le système financier canadien a continué de bien fonctionner malgré les droits de douane américains et l’incertitude commerciale. Mais l’intensification des turbulences mondiales comporte des risques pour la stabilité financière, surtout si plusieurs vulnérabilités devaient se cristalliser en même temps.

Le système financier canadien demeure résilient. La situation financière des ménages et des entreprises reste stable, et les banques ont renforcé leur capacité à absorber les chocs.

Certaines parties du système présentent toutefois des vulnérabilités accrues. La valeur de nombreux actifs financiers a continué à augmenter, ce qui accentue le risque d’une correction soudaine. Parallèlement, l’émission de titres de dette souveraine est en hausse à l’échelle mondiale et, dans les dernières années, les fonds de couverture ont de plus en plus absorbé ces titres.

Chacune de ces vulnérabilités est gérable en soi, mais devant une progression des risques économiques et géopolitiques, il est plus probable qu’un nouveau choc ou une combinaison de chocs vienne cristalliser plusieurs vulnérabilités à la fois. Le cas échéant, elles pourraient interagir et se renforcer mutuellement.

Dans un cas extrême, une cascade d’événements pourrait sérieusement miner la confiance des investisseurs. Il pourrait en découler une thésaurisation des liquidités ou une vente en masse d’actifs et des pressions sur les marchés de financement essentiels. Les tensions pourraient ensuite se propager dans l’ensemble du système financier et de l’économie.

Résilience du système financier

Au moment de la parution du Rapport précédent, les États-Unis avaient tout juste commencé à mettre en œuvre leur nouvelle politique commerciale. La situation était très volatile. Il était donc difficile d’en prévoir les répercussions sur l’économie et le système financier canadiens.

Jusqu’à présent, les effets ont été moins généralisés qu’on ne le craignait à l’origine. La plupart des échanges commerciaux du Canada avec les États-Unis demeurent exempts de droits de douane, l’économie canadienne a été résiliente et le virage de la politique commerciale américaine n’a pas entraîné de détérioration généralisée et durable des conditions financières. Il demeure néanmoins que les droits de douane sectoriels ont nui à l’activité des industries touchées et que l’incertitude pèse sur l’avenir de l’accord commercial entre le Canada, les États-Unis et le Mexique.

L’incertitude mondiale est également renforcée par la guerre au Moyen-Orient, qui a perturbé le transport du pétrole et d’autres produits de base dans le détroit d’Ormuz, causé des dommages aux infrastructures énergétiques de la région et fait monter les prix des produits de base. Même si les marchés de l’énergie et les marchés financiers ont réagi avec volatilité à l’évolution de la situation, ils ont continué à bien fonctionner jusqu’ici.

Dans ce contexte :

  • La situation financière des ménages et des entreprises reste généralement fidèle à celle présentée dans le Rapport précédent. Les indicateurs de tensions financières des ménages et des entreprises, qui augmentaient depuis 2022, se sont stabilisés au cours des 12 derniers mois. L’endettement des ménages demeure élevé, mais inférieur aux sommets atteints récemment, tandis que la richesse et les revenus des ménages ont augmenté. Les bilans des entreprises sont restés sains (Ménages, Entreprises non financières).
  • La résilience des grandes banques canadiennes s’est accrue grâce à leur rentabilité plus élevée et à la santé de leurs portefeuilles de prêts qui s’est stabilisée. En réponse au virage radical de la politique commerciale américaine et à son incidence sur l’économie, les banques ont également gardé plus de fonds en réserve pour couvrir d’éventuelles pertes de crédit (Banques).
  • Les vulnérabilités liées aux intermédiaires financiers non bancaires ont continué de s’accroître. Les gestionnaires d’actifs ont encore davantage recours aux marchés des pensions à des fins de levier1, ce qui les rend vulnérables à une augmentation soudaine des besoins de liquidité ou à une réduction du financement disponible sur ces marchés. Certains gestionnaires d’actifs ont toutefois pris des mesures pour réduire leur exposition au risque (Intermédiaires financiers non bancaires).
  • Les marchés financiers sont aussi devenus plus vulnérables. Leur volatilité s’est accrue par moments en raison de l’évolution de la situation géopolitique, alors que les valorisations des obligations de société et des actions sont tendues par rapport aux normales historiques. L’émission croissante des titres de dette souveraine à l’échelle mondiale contribue également à l’augmentation des primes de terme dans le rendement des obligations souveraines (Marchés financiers).

Les valorisations des actifs risqués demeurent élevées

Malgré la volatilité récente et les replis temporaires, l’évaluation des actifs risqués a continué d’augmenter sous l’effet des attentes élevées en matière de bénéfices et de la diminution des primes de risque.

En outre, une part croissante des capitalisations boursières est concentrée dans une poignée de grandes entreprises technologiques qui investissent massivement dans l’intelligence artificielle (IA). Vu cette forte concentration qui va croissant, une correction dans ces secteurs aurait un impact démesuré sur les grands indices boursiers.

Si une réévaluation subite ou une détérioration des facteurs économiques fondamentaux devait survenir, les gestionnaires d’actifs pourraient se retrouver aux prises avec des pertes importantes, voir leurs besoins de liquidité augmenter subitement et être forcés de vendre des actifs pour réduire leur levier d’endettement.

L’activité des fonds de couverture accentue les vulnérabilités dans les marchés de dette souveraine

Alors que l’émission de titres souverains est en hausse depuis quelques années, les fonds de couverture occupent aussi un rôle grandissant dans les marchés des obligations d’État. Au Canada, les fonds de couverture ont acheté plus de 40 % des obligations d’État lors d’adjudications, à peu près la même part qu’au moment de la parution du Rapport précédent. Ils sont également responsables d’environ le quart des opérations effectuées entre les courtiers en obligations canadiens et leurs clients, ce qui représente une légère diminution2. Cette activité améliore la liquidité et l’efficience des marchés de dette souveraine, mais elle entraîne aussi des vulnérabilités.

Les fonds de couverture ont généralement recours à un effet de levier moyennant du financement à un jour ou à court terme. Or, ils pourraient être amenés à vendre soudainement leurs obligations d’État si leur accès au financement était perturbé ou s’il survenait une variation marquée des prix des titres sous‑jacents à leurs opérations. Une telle situation pourrait entraîner des répercussions importantes pour l’ensemble du système financier (Point de mire : Un marché des pensions résilient est important pour la stabilité financière).

Comme les fonds de couverture ont recours à diverses stratégies et effectuent des opérations sur de nombreux marchés différents, y compris au‑delà des frontières, ils peuvent être des vecteurs de tensions en période de turbulences.

Risques pour le système financier

Trois principaux risques se sont mis à peser sur le système financier

Les participants aux marchés doivent composer avec une série de chocs géopolitiques et économiques complexes qui ne cessent d’évoluer et qui sont entourés d’une grande incertitude, à savoir quand et comment leur dénouement se produira. Dans ce contexte de turbulences, trois principaux risques se dégagent : le commerce mondial, la situation géopolitique et l’intelligence artificielle.

L’incertitude liée aux droits de douane et à la politique commerciale des États‑Unis persiste

Si les États-Unis imposaient des droits de douane sur un plus grand éventail de biens ou majoraient les droits actuels, les conséquences sur le commerce transfrontalier pourraient avoir d’importants effets négatifs sur l’économie, semblables à ceux étudiés dans le scénario de guerre commerciale du Rapport de 2025 (Point de mire : Effets possibles d’une grave et longue guerre commerciale mondiale sur la stabilité financière).

Les risques géopolitiques se sont intensifiés

La guerre au Moyen-Orient a causé l’une des plus importantes perturbations de l’histoire dans les marchés mondiaux de l’énergie. La quasi-fermeture du détroit d’Ormuz bouscule les chaînes d’approvisionnement, ce qui pèse sur les prix de l’énergie et d’autres produits de base. Il en résulte une pression à la baisse sur la croissance mondiale et une pression à la hausse sur l’inflation. La volatilité ainsi créée sur les marchés a également causé des appels de marge et, par moments, restreint la liquidité sur certains marchés.

Une grande incertitude demeure en ce qui concerne l’escalade possible du conflit, sa durée, la façon dont il pourrait être résolu et ses conséquences sur les prix des produits de base et les conditions financières. Même après la fin des hostilités, il faudra probablement des mois pour que la production et la distribution de pétrole, de gaz naturel et d’autres produits de base reprennent leur cours normal. Plutôt que de s’effacer immédiatement, la hausse de la prime de risque des marchés pétroliers pourrait se résorber graduellement.

Dans le cas où les conditions financières amplifieraient un choc des prix du pétrole, la résilience du système financier pourrait être mise à l’épreuve (Point de mire : Comment une correction des marchés financiers pourrait aggraver les effets d’un choc pétrolier).

Les risques liés à l’IA s’accentuent

De nombreux risques liés à l’IA s’intensifient et devront faire l’objet d’une surveillance étroite.

Au fil du temps, l’IA pourrait accroître la productivité et soutenir la croissance, mais elle pourrait aussi créer des perturbations à mesure que son utilisation s’étend. Certaines entreprises de logiciels ont récemment vu le cours de leurs actions chuter en raison des préoccupations que soulève l’IA, ce qui démontre la rapidité avec laquelle les nouveaux développements peuvent influer sur les valorisations. Cette dynamique a déjà entraîné des tensions sur les marchés du crédit privé (Point de mire : La croissance rapide du crédit privé a engendré des vulnérabilités).

L’IA peut aussi accroître les risques liés à la cybersécurité dans l’ensemble du système financier en facilitant la découverte et l’exploitation des vulnérabilités logicielles. Les mises à jour logicielles devront alors être plus fréquentes et plus hâtives, ce qui pourrait engendrer des risques opérationnels.

La dépendance généralisée des institutions financières aux mêmes systèmes, fournisseurs et infrastructures vient encore amplifier ces risques. Une cyberattaque visant l’un ou l’autre de ces systèmes partagés pourrait avoir d’importantes répercussions. Par exemple, les services bancaires ou d’autres services financiers pourraient être perturbés, des données confidentielles pourraient être compromises et des plateformes de négociation ou de paiement pourraient être mises hors ligne.

Il existe également des risques liés à l’ampleur et au financement de l’expansion des infrastructures destinées à l’IA, qui devraient être de plus en plus financées par emprunt. Si le rendement n’est pas à la hauteur des attentes des investisseurs, ne serait-ce que pour quelques‑unes de ces entreprises, il pourrait y avoir une réévaluation marquée des actions et du crédit liés à l’IA.

Plusieurs vulnérabilités pourraient s’activer en même temps si un choc important survenait

Au cours des 12 derniers mois, le système financier mondial a fait face à une série de chocs économiques et géopolitiques. À ce jour, le système financier s’est montré résilient, en partie grâce à la confiance toujours solide des marchés.

Cependant, les vulnérabilités continuent de se développer. En temps normal, si l’une d’elles était soumise à un épisode de crise, son incidence serait limitée. Mais étant donné la volatilité et l’incertitude croissantes, il est maintenant plus probable qu’un choc important cristallise plusieurs vulnérabilités à la fois.

Advenant cette situation, il pourrait s’ensuivre une cascade d’événements où ces vulnérabilités interagissent et se renforcent mutuellement. Par exemple :

  • Une perte de confiance soudaine chez les participants aux marchés pourrait causer une importante réévaluation du risque qui, à son tour, pourrait entraîner une correction marquée de la valeur des actifs. Il pourrait en résulter des demandes de liquidité soudaines, comme des appels de marge ou des demandes de rachat par des porteurs de parts, ce qui pourrait ensuite forcer la vente d’actifs. Si des actifs traditionnellement sûrs et liquides, comme les obligations d’État, étaient aussi touchés par la correction, cela pourrait mener à d’autres pertes et à de nouveaux besoins de liquidité. À l’extrême, les actions prises par certains participants aux marchés pourraient engendrer une spirale de liquidité3 qui se renforcerait d’elle‑même.
  • Une chute marquée de l’appétit des investisseurs pour les titres de dette souveraine pourrait réduire la liquidité des marchés ou, dans un scénario extrême, perturber les marchés de financement essentiels. Cela créerait également des tensions sur d’autres marchés de titres à revenu fixe, ce qui aurait une incidence sur tout instrument utilisant des obligations d’État à des fins de référence, de couverture ou de garantie. Les banques et les gestionnaires d’actifs qui dépendent des marchés des pensions pourraient voir leurs liquidités fortement contraintes.

Il pourrait aussi y avoir d’autres boucles de rétroaction. Si une évolution défavorable du système financier devait accroître la volatilité économique, la croissance pourrait être plus faible et l’incertitude pourrait être plus grande pour les ménages, les entreprises et les participants aux marchés. Ces effets pourraient à leur tour étendre encore davantage les vulnérabilités dans le système financier.

Le système financier canadien a démontré sa résilience face aux chocs survenus récemment

Le système financier canadien a montré qu’il pouvait résister aux tensions. De nombreux chocs importants se sont produits au cours des 12 derniers mois. Bien que ces chocs aient engendré des périodes de volatilité accrue des marchés et des tensions de courte durée sur la liquidité dans les marchés des obligations d’État, ils n’ont pas entraîné de tensions dans l’ensemble du système financier.

La Banque continuera à surveiller et à évaluer la santé du système financier canadien. L’objectif est d’en renforcer la stabilité et la résilience afin qu’il puisse absorber les chocs et aider l’économie à traverser les périodes de turbulence.

  1. 1. Une opération de pension est essentiellement un prêt garanti à court terme. Il s’agit d’un contrat financier selon lequel une partie convient d’acheter ou de vendre des titres tout en s’engageant à les revendre ou à les racheter à une date ultérieure à un prix fixé à l’avance.[]
  2. 2. Pour en savoir plus, voir A. Uthemann et A. Walton, « Les fonds de couverture et leurs stratégies de négociation sur le marché des obligations du gouvernement du Canada », Sparks et Bank, Banque du Canada (février 2026).[]
  3. 3. Les gestionnaires d’actifs conservent des actifs liquides en cas de besoins de liquidité importants. S’ils sont nombreux à tenter de vendre ces actifs en même temps, il se peut que des réductions de prix considérables se révèlent nécessaires pour équilibrer le marché. S’il en résulte une chute marquée des cours, cela peut intensifier la volatilité et le besoin en liquidités de ces gestionnaires, alimentant ainsi une spirale descendante. À l’extrême limite, cette dynamique peut tarir la liquidité des marchés des titres à revenu fixe.[]

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