Après le début du conflit au Moyen-Orient, les marchés à terme ont donné une idée du temps que les prix du pétrole pourraient rester au-dessus de leurs niveaux d’avant-guerre. Les options sur contrats à terme révèlent pour leur part comment les investisseurs perçoivent l’éventail et l’équilibre des risques liés aux prix futurs de l’or noir, ce qui aide les banques centrales à évaluer les risques pour l’inflation.

La guerre au Moyen-Orient et la fermeture du détroit d’Ormuz ont déstabilisé l’approvisionnement mondial en pétrole. Et la hausse subséquente des prix de l’essence s’est rapidement fait sentir par les consommateurs.

Deux questions se sont alors imposées tout aussi rapidement :

  • Pendant combien de temps les prix du pétrole allaient-ils rester élevés?
  • Quelle était l’ampleur du risque de nouvelles hausses de ces prix?

Les marchés à terme du pétrole aident à répondre à la première question en reflétant les attentes des investisseurs quant à l’évolution des prix. Les marchés des options sur contrats à terme pétroliers aident quant à eux à répondre à la seconde. Ils révèlent comment les investisseurs envisagent les divers scénarios plausibles d’évolution des prix et si la distribution présente une asymétrie vers la droite (prix plus élevés) ou vers la gauche (prix plus bas).

Les prix du pétrole sont un déterminant clé de l’inflation, d’où l’importance d’en déterminer la trajectoire éventuelle et les risques connexes pour la politique monétaire – surtout quand des tensions géopolitiques rendent les perspectives d’inflation plus incertaines qu’à l’habitude.

Les options apportent un éclairage complémentaire aux contrats à terme

Un contrat à terme est un engagement d’acheter ou de vendre des actifs – comme des barils de pétrole – à un prix déterminé et à une date fixée d’avance. Le prix des contrats à terme sur le pétrole pour une période donnée, par exemple un mois ou un an, reflète à la fois :

  • les attentes des investisseurs quant aux prix du pétrole au terme de cette période
  • une prime de risque, soit la compensation supplémentaire qu’exigent les investisseurs pour se prémunir contre des événements extrêmes comme une récession ou un conflit géopolitique

Les investisseurs peuvent acheter des options sur contrats à terme comme couverture financière contre les risques qu’ils redoutent le plus. Ces options leur donnent le droit, mais pas l’obligation, d’acheter ou de vendre les contrats sous-jacents à un prix déterminé, pendant une période donnée. Par exemple, un investisseur qui craint une flambée des prix peut se procurer une option d’achat. Contrairement au contrat à terme, qui vient fixer un prix, ce type d’option garantit un prix d’achat déterminé tout en permettant d’éviter les pertes financières en cas de baisse des prix à terme. À l’inverse, un investisseur qui craint une chute des prix peut acheter une option de vente, qui lui assure un prix de vente déterminé sans le priver de gains en cas de hausse des prix.

En ce sens, les contrats à terme représentent le scénario de référence des investisseurs pour les prix du pétrole, tandis que les options reflètent les scénarios de risques entourant cette projection.

Les marchés des options sont donc une mine d’information à la fois pour les décisionnaires et les investisseurs. En observant la propension des investisseurs à se procurer une protection à différents niveaux de prix et horizons, on peut quantifier les divers scénarios qu’ils appréhendent et déterminer si les risques semblent équilibrés.

Les risques à la hausse pour les prix du pétrole ont bondi au début de la guerre

La guerre au Moyen-Orient montre bien comment les marchés des options peuvent apporter un autre éclairage sur les risques entourant l’évolution des prix du pétrole lors d’un choc d’offre pétrolière.

Après le début du conflit, à la fin de février 2026, les prix des options semblaient indiquer que les investisseurs redoutaient une flambée des prix du pétrole plus forte que celle qui a été observée. Il s’agissait surtout d’une appréhension à très court terme (horizon d’un mois), qui s’est estompée avec le temps.

Dans les semaines suivant l’arrêt quasi complet du passage des pétroliers dans le détroit d’Ormuz, les attentes à court terme des investisseurs quant aux prix du pétrole ont nettement changé (graphique 1).

  • Le prix moyen attendu du baril de Brent est passé d’environ 73$ US le 27 février (veille du déclenchement de la guerre) à 115 $ US le 4 mai (moment où les prix à terme à un mois ont atteint leur plus haut niveau en deux ans). Cette hausse s’explique par le recul marqué de l’offre mondiale de pétrole, alors que la demande est restée stable.
  • La variance des prix à terme à un mois autour de la moyenne a nettement augmenté: l’écart entre les 10e et 90e percentiles a plus que doublé, passant d’environ 30 $ US le 27 février à 70 $ US le 4 mai. Cette dispersion accrue témoigne d’une plus grande incertitude des marchés quant aux trajectoires possibles des prix du pétrole et au moment d’un retour à la normale du trafic pétrolier dans le détroi
  • L’asymétrie de la distribution est devenue nettement positive, les investisseurs étant prêts à payer des prix élevés pour se prémunir contre une éventuelle hausse des prix du pétrole à court terme.

La distribution a toutefois encore changé quelques semaines après le pic. À la fin juin, sa forme se rapprochait de celle d’avant la fermeture du détroit, signe que l’incertitude extrême entourant les prix du pétrole s’était largement atténuée.


En revanche, la distribution des prix à terme du pétrole pour l’horizon d’un an est demeurée globalement inchangée pendant cette période (graphique 2). Il y a donc lieu de croire que les investisseurs s’attendaient à une résolution du conflit – et à un retour à des conditions plus normales sur le marché mondial du pétrole – dans les 12 mois subséquents.


L’incertitude élevée ne se limite pas aux marchés pétroliers

L’incertitude et les inquiétudes marquées concernant la durée et l’issue du conflit au Moyen‑Orient ne se sont pas limitées aux marchés pétroliers. Parallèlement à l’évolution et à la variance des prix à terme du Brent à un mois, les rendements des obligations d’État et les swaps indexés sur l’inflation – des instruments financiers qui reflètent les attentes des investisseurs quant aux taux d’intérêt et à l’inflation – ont eux aussi augmenté (graphique 3).

L’évolution concordante de ces indicateurs laisse supposer qu’ils sont influencés par un facteur commun. Les craintes d’une nouvelle flambée des prix du pétrole, dans un contexte où l’offre mondiale pourrait demeurer limitée, semblent nourrir les attentes à l’égard d’une hausse de l’inflation et d’un resserrement de la politique monétaire.


Les marchés des options peuvent éclairer la politique monétaire

Les fluctuations des prix du pétrole peuvent jouer un rôle important dans la dynamique de l’inflation. Il faut donc aller au-delà du prix moyen attendu et analyser toute la distribution implicite tirée des marchés des options pour obtenir un portrait plus complet des risques anticipés par les acheteurs et les vendeurs de ces instruments à l’égard de l’inflation.

Ces données sont particulièrement utiles quand l’ampleur et la durée d’un choc des prix du pétrole sont incertaines. Les mesures tirées des options peuvent indiquer si les risques entourant ces prix sont orientés davantage à la hausse ou à la baisse, et à quelle vitesse ils devraient se dissiper selon les investisseurs. Elles aident les décisionnaires à évaluer si les pressions inflationnistes seront temporaires ou plus persistantes, ce qui éclaire leurs interventions de politique monétaire.


Recevez une alerte par courriel chaque fois que de nouvelles recherches sont publiées dans le site Web.

Avis de non-responsabilité

Les articles de Sparks et Bank traitent d’enjeux touchant l’économie et les politiques des banques centrales. Ils sont produits en toute indépendance du Conseil de direction de la Banque du Canada. Les opinions exprimées dans chaque article sont celles des autrices et auteurs uniquement, et ne reflètent pas nécessairement le point de vue officiel de la Banque.

En savoir plus

DOI : https://doi.org/10.34989/saba-17