Le résumé qui suit rend compte des délibérations du Conseil de direction de la Banque du Canada ayant mené à la décision de politique monétaire annoncée le 15 juillet 2026.

Il reflète les discussions et les délibérations qu’ont tenues les membres du Conseil de direction à la troisième étape du processus entourant les décisions de politique monétaire, soit après avoir reçu toutes les informations et recommandations pertinentes du personnel.

Les réunions concernées, présidées par le gouverneur Tiff Macklem, ont débuté le 7 juillet 2026. La première sous-gouverneure Carolyn Rogers (à partir du 8 juillet), le sous-gouverneur Toni Gravelle, le sous-gouverneur Nicolas Vincent, la sous-gouverneure Michelle Alexopoulos et le sous-gouverneur Marc-André Gosselin y ont participé.

Économie internationale

Les membres du Conseil ont ouvert leurs délibérations en discutant de l’évolution de l’économie mondiale depuis la parution du Rapport sur la politique monétaire d’avril. La croissance mondiale avait été plombée par la guerre au Moyen-Orient et la flambée des prix du pétrole, mais on s’attendait à ce qu’elle se redresse dans la deuxième moitié de 2026, les prix du pétrole ayant baissé par rapport à leur sommet atteint en avril. Les investissements importants dans l’intelligence artificielle (IA) stimulaient l’activité économique dans un nombre croissant de pays.

L’inflation mondiale avait été poussée à la hausse par les augmentations des prix de l’énergie et les perturbations de l’approvisionnement liées à la guerre, mais il était attendu qu’elle se modère dans la foulée de la baisse des prix du pétrole. Cependant, l’impact sur l’inflation varierait d’un pays à l’autre, selon leur exposition au pétrole et aux biens transitant par le détroit d’Ormuz. Il était aussi possible que la transmission tardive des prix plus élevés de l’énergie à d’autres biens et services, ainsi que les perturbations durables des chaînes d’approvisionnement, créent une inflation plus persistante. De plus, une nouvelle escalade des hostilités survenue pendant les délibérations du Conseil faisait monter les prix mondiaux du pétrole une fois de plus et causait de nouvelles perturbations du transport, augmentant le risque d’une inflation plus élevée et assombrissant les perspectives de croissance.

On prévoyait que l’économie américaine allait progresser à un rythme solide au cours de la période de projection, malgré un certain ralentissement des dépenses de consommation au premier trimestre de 2026. On s’attendait à ce que les dépenses de consommation robustes et les investissements dans l’IA continuent d’être les principaux moteurs de la croissance américaine. Malgré le profil de croissance solide et un marché du travail équilibré aux États-Unis, les défauts de paiement sur cartes de crédit augmentaient et l’activité sur le marché du logement était plus faible que prévu, laissant présager des risques à la baisse pour la soutenabilité des dépenses des ménages. L’inflation aux États-Unis était restée au-dessus de la cible en raison des droits de douane, des prix plus élevés de l’essence et des pressions inflationnistes persistantes dans le secteur des services hors logement.

Dans la zone euro, la croissance était modérée vu la hausse des prix mondiaux de l’énergie, mais on s’attendait à ce qu’elle se redresse dans la deuxième moitié de l’année, en supposant que les prix de l’énergie baissent.

En Chine, l’économie continuait d’être portée par les exportations et le secteur manufacturier, tandis que l’activité intérieure était plombée par la faiblesse persistante du secteur du logement et des dépenses de consommation. Avec le temps, on s’attendait à ce que la croissance des exportations chinoises se modère et à ce que la demande intérieure se redresse graduellement, mais l’incertitude demeurait quant au moment et au succès de ce renversement.

On prévoyait que la croissance du produit intérieur brut (PIB) mondial allait ralentir pour s’établir à 2¾ % en 2026 – surtout à cause des effets du conflit au Moyen-Orient –, puis se redresser pour avoisiner 3¼ % en 2027 et 2028.

Les membres ont discuté de la façon dont les prix des produits de base et les conditions financières avaient évolué depuis la parution du Rapport d’avril. Les cours mondiaux du pétrole avaient considérablement baissé par rapport au sommet d’environ 120 $ US le baril atteint en avril, mais ils avaient de nouveau augmenté en juillet avec la reprise des hostilités au Moyen-Orient. Les prix du cuivre et de l’aluminium avaient monté en raison des contraintes d’approvisionnement et du raffermissement de la demande mondiale. Les marchés boursiers mondiaux avaient enregistré des gains, les investisseurs se concentrant moins sur le conflit au Moyen-Orient et davantage sur les bénéfices solides et constants dans les secteurs liés à l’IA. Les rendements des obligations américaines avaient augmenté à la faveur de bonnes nouvelles macroéconomiques, tandis que ceux des obligations canadiennes avaient peu changé. Cet écart grandissant des rendements obligataires avait contribué à la dépréciation du dollar canadien.

Économie canadienne et perspectives d’inflation au pays

Les membres du Conseil ont discuté de l’évolution de l’économie canadienne. Leur constat était que l’économie faisait du surplace. Le PIB n’avait pas progressé entre le premier trimestre de 2025 et le premier trimestre de 2026, et les données avaient été volatiles d’un trimestre à l’autre durant cette période. Les droits de douane américains et l’incertitude entourant les politiques commerciales avaient eu pour effet combiné de maintenir l’économie en situation d’offre excédentaire.

Les indicateurs plus récents montraient des signes que l’économie se redressait au deuxième trimestre de 2026, et que la croissance se diversifiait au lieu de dépendre des dépenses de consommation et des dépenses publiques.

Après s’être contractées, les exportations avaient repris leur croissance, mais en suivant une trajectoire plus basse. Les exportations canadiennes étaient soutenues par la vigueur de l’économie américaine, et les prix plus élevés du pétrole à l’échelle mondiale stimulaient les exportations d’énergie. Les entreprises avaient indiqué qu’elles s’adaptaient au nouveau contexte commercial. Selon les réponses à l’enquête sur les perspectives des entreprises, les clients américains étaient moins nombreux à retenir leurs commandes en raison de l’incertitude commerciale, et certains répondants adaptaient leurs façons de faire en matière de production, d’expédition et de douane. Toutefois, les exportations dans les secteurs directement touchés par les droits de douane américains affichaient toujours une baisse par rapport à avant le conflit commercial. Plus récemment, les exportations d’aluminium avaient bénéficié des prix mondiaux élevés et des pénuries en Europe.

On s’attendait à ce que les investissements dans le secteur pétrolier et gazier contribuent à un redressement des investissements des entreprises à court terme. Sur la période de projection, on prévoyait que les sources de croissance des investissements allaient se diversifier.

L’activité sur le marché du logement était encore faible, mais il y avait des signes que l’activité de revente avait renoué avec une croissance positive au deuxième trimestre après s’être contractée au cours des deux trimestres précédents, malgré des disparités régionales.

Les données de l’Enquête sur la population active de mai et juin montraient que la croissance de l’emploi avait repris. Le chômage chez les jeunes avait baissé, plus d’étudiants ayant trouvé un emploi d’été. Le taux de chômage avait légèrement diminué pour s’établir à 6,5 % en juin, mais se situait toujours dans la fourchette de 6½ à 7 % où il avait été pendant la majeure partie de la dernière année. Dans l’ensemble, les membres s’entendaient pour dire que le marché du travail restait détendu.

Au vu des données, les membres ont estimé que la croissance économique au deuxième trimestre allait rebondir pour atteindre environ 2,5 %. À mesure que l’économie continuerait de s’ajuster, on prévoyait que la croissance allait se renforcer et passer de 0,7 % en 2026 à 1,8 % en 2027 et 2028; les capacités excédentaires dans l’économie se résorberaient ainsi graduellement.

Les variations des prix de l’essence avaient une influence prépondérante sur l’évolution de l’inflation. La guerre au Moyen-Orient avait fait bondir le prix de référence mondial du pétrole à environ 120 $ US le baril. Combinée à l’augmentation des marges des raffineries, cette situation avait fait monter en flèche les prix de l’essence. L’inflation, qui avait tourné autour de la cible de 2 % pendant plus d’un an et demi, avait grimpé à 3,2 % en mai. L’inflation hors essence s’était établie à 2,2 %, tandis que les mesures de l’inflation fondamentale étaient demeurées autour de 2 %.

Les membres ont discuté des attentes d’inflation, soulignant que celles à court terme avaient fluctué en phase avec les variations des prix de l’essence. Les signes d’une dérive à la hausse des attentes d’inflation à moyen terme préoccupaient une partie des membres, mais tous et toutes étaient unanimes pour dire que les attentes à long terme restaient bien ancrées.

Les membres ont longuement discuté des perspectives d’inflation. À la négociation d’un accord provisoire entre les États-Unis et l’Iran en juin, les cours mondiaux du pétrole avaient reculé pour s’établir à environ 75 $ US le baril, mais demeuraient volatiles. En même temps, la réduction de la capacité de raffinage mondiale maintenait les marges des raffineries élevées, et donc aussi les prix de l’essence.

L’offre excédentaire persistante et la croissance lente des coûts unitaires de main-d’œuvre exerçaient des pressions à la baisse sur d’autres prix, en particulier ceux des services hors logement. La croissance des prix des services liés au logement ainsi que celle des loyers avait ralenti, en partie sous l’effet d’une demande plus faible en contexte de ralentissement démographique. Ces facteurs avaient aidé à compenser la répercussion des prix plus élevés de l’essence et des pressions sur les coûts liées à la guerre sur certains prix à la consommation, qui avait été jusqu’à présent limitée.

Pris ensemble, ces facteurs donnaient à penser que l’inflation allait vraisemblablement diminuer graduellement au cours des prochains mois, à supposer que les prix du pétrole continuent de baisser. Si les cours mondiaux du pétrole chutaient conformément aux attentes du marché au moment de la publication du Rapport de juillet et que les marges sur l’essence se resserraient comme prévu, on s’attendait à ce que l’inflation diminue pour s’établir à environ 2½ % dans la deuxième moitié de 2026, avant d’atteindre la cible de 2 % au début de 2027. L’inflation devrait ensuite se situer autour de 2 % en moyenne en 2027 et 2028, malgré quelques fluctuations d’un mois à l’autre en raison des effets de glissement annuel.

La reprise des hostilités au Moyen-Orient durant les délibérations du Conseil a mis en évidence l’incertitude entourant les perspectives d’inflation.

Considérations pour la politique monétaire

Les membres ont discuté des risques pesant sur leurs perspectives de croissance et d’inflation, et des incidences de ceux-ci sur l’orientation de la politique monétaire.

La discussion a d’abord porté sur les deux principaux risques cernés, soit le risque à la hausse pour l’inflation découlant de la guerre au Moyen-Orient et le risque à la baisse pour la croissance attribuable à la politique commerciale des États-Unis.

La situation au Moyen-Orient restait volatile. Même si les prix du pétrole avaient chuté par rapport à leurs sommets d’avril, de nouvelles frappes près du détroit d’Ormuz signalaient qu’il y avait encore des risques à la hausse pour l’inflation. Si les prix du pétrole augmentaient et demeuraient élevés, les répercussions sur d’autres prix pourraient s’accentuer, augmentant ainsi le risque que l’inflation se généralise. Un tel scénario nécessiterait probablement la prise de mesures de politique monétaire.

Parallèlement, le passage à une révision annuelle de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique signifiait que l’incertitude commerciale persistait, même si certaines entreprises semblaient s’adapter au nouveau contexte. La possibilité que de nouveaux droits de douane américains soient imposés représentait un risque à la baisse omniprésent pour la croissance.

Les membres ont aussi discuté de plusieurs risques liés à l’économie canadienne. Malgré la volatilité et les turbulences géopolitiques, les membres étaient d’accord pour dire que selon les données récentes et les résultats d’enquêtes auprès des entreprises, l’économie s’ajustait aux chocs après une année de faible croissance. Le Conseil avait donc une confiance accrue dans la projection selon laquelle la croissance allait se renforcer dans la deuxième moitié de cette année. Plusieurs risques étaient toutefois susceptibles de compromettre la durabilité de cette croissance plus tard dans la période de projection :

  • Le redressement de la croissance pourrait s’essouffler si les entreprises ne continuaient pas de s’adapter aux droits de douane américains et de se restructurer au fil du temps.
  • Il était possible que la reprise de la croissance des exportations et des investissements des entreprises ne se concrétise pas, ces deux indicateurs n’ayant pas toujours été à la hauteur des attentes par le passé.
  • La reprise de l’activité dans le secteur du logement pourrait stagner étant donné les stocks considérables de copropriétés à Toronto et à Vancouver, la faible croissance de la population et les problèmes d’abordabilité persistants.
  • Il était possible que la résilience des dépenses de consommation s’érode si les conditions du marché du travail demeuraient faibles et que l’embauche ne reprenait pas.

Dans l’ensemble, à la lumière des données récentes, le Conseil était convaincu que la croissance du PIB allait rebondir au deuxième trimestre. Les avis parmi les membres étaient toutefois partagés quant à la durabilité du rebond au-delà du court terme. Les membres ont convenu qu’il leur fallait suivre de près les données pour être à l’affût de signes indiquant que la croissance se généralisait comme prévu dans le Rapport de juillet.

Outre les risques évidents attribuables au conflit au Moyen-Orient, les membres ont discuté d’autres risques pour les perspectives d’inflation :

  • La guerre avait perturbé les chaînes d’approvisionnement et le transport, ce qui avait accentué les pressions sur les coûts pour plusieurs industries liées aux produits de base et industries productrices de biens. On ne savait pas encore dans quelle mesure ces coûts seraient répercutés sur les prix à la consommation. Les marges des raffineries d’essence étaient également élevées, et si elles ne se normalisaient pas, cela pourrait amplifier les pressions sur l’inflation.
  • La faiblesse des investissements des entreprises pourrait réduire la productivité et limiter la capacité de l’économie à croître sans créer de pressions inflationnistes.
  • Il était possible que l’offre excédentaire soit moins importante que supposé dans la projection, et que les pressions inflationnistes s’intensifient plus tôt pendant la reprise économique.

Dans l’ensemble, après une période de faible croissance et une montée de l’inflation, la croissance reprenait et l’inflation ralentissait. Pour les membres, cela signifiait que l’arbitrage auquel était confrontée la politique monétaire s’était amoindri. Mais l’incertitude restait élevée.

Décision de politique monétaire

Les membres ont examiné les perspectives de croissance et d’inflation, les risques pesant sur celles-ci et les implications pour le taux directeur.

Puisqu’il était attendu que la croissance se raffermisse dans la deuxième moitié de l’année et que l’inflation ralentisse pour se rapprocher de la cible de 2 % d’ici le début de 2027, le Conseil a décidé de maintenir le taux directeur à 2¼ %.

Les membres se sont mis d’accord pour faire abstraction des effets directs de la hausse des prix mondiaux du pétrole sur l’inflation. Jusque-là, il y avait peu de signes que cette hausse se répercutait sur les prix d’autres biens et services. Mais plus les prix du pétrole restaient élevés longtemps, plus leurs effets inflationnistes risquaient de se généraliser. Le Conseil a décidé de réitérer dans ses communications qu’il ne laisserait pas les prix plus élevés du pétrole se transformer en inflation persistante.

S’appuyant sur la projection, les membres ont convenu que l’orientation actuelle de la politique monétaire était appropriée pour soutenir la reprise économique et ramener l’inflation à la cible. Une grande incertitude entourait toutefois la projection. Le Conseil a souligné qu’il allait continuer d’évaluer la vigueur de l’économie canadienne et les perspectives d’inflation. Il s’est dit prêt à ajuster la politique monétaire selon les besoins pour préserver la confiance des Canadiennes et Canadiens dans la stabilité des prix.

Sur cette page
Table des matières