À l’heure où les entreprises du monde entier adoptent l’intelligence artificielle pour stimuler leur productivité, on en sait peu sur la façon dont les entreprises canadiennes l’utilisent. De nouveaux résultats d’enquête révèlent que bon nombre d’entre elles commencent tout juste à l’adopter, et qu’elles s’attendent à un effet graduel sur l’investissement et l’emploi.

D’abord perçue comme une curiosité, l’intelligence artificielle (IA) est rapidement devenue un outil de travail de tous les jours au pays. En fait, plus des deux tiers des leaders d’entreprise ayant participé à une récente enquête de la Banque du Canada ont affirmé utiliser personnellement des outils d’IA au cours d’une semaine de travail normale.

Même si les leaders sont nombreux à utiliser l’IA, les données de l’enquête montrent que son adoption à l’échelle des entreprises demeure limitée. Elle devrait toutefois se généraliser au fil du temps, à mesure que les entreprises intègrent l’IA à davantage de leurs activités.

Nous tirons cette conclusion à partir des réponses aux questions spéciales de l’édition de décembre 2025 du Pouls des leaders d’entreprises. Celles-ci visaient à recueillir des données manquantes sur la façon dont les entreprises canadiennes utilisent l’IA, ainsi que sur l’influence actuelle et future de cette technologie sur les entreprises. Les réponses offrent de nouvelles perspectives sur l’adoption de l’IA et son incidence sur les dépenses d’investissement et l’emploi.

L’utilisation de l’intelligence artificielle par les entreprises en est encore à ses débuts

Nous inspirant d’autres recherches sur l’adoption de l’IA, nous faisons la distinction entre l’utilisation individuelle et l’intégration aux activités des entreprises, en particulier dans les processus de production. L’utilisation individuelle entraîne généralement de petits gains de productivité dans les postes existants. Cependant, les effets économiques les plus importants viendront probablement des changements dans le fonctionnement des entreprises et leurs décisions en matière d’emploi et d’investissement.

Seulement 8 % des entreprises ayant participé à l’enquête ont déclaré utiliser l’IA de façon significative dans le cadre de leurs activités principales, tandis que 50 % d’entre elles ont affirmé l’utiliser peu ou de façon modérée (graphique 1). Par ailleurs, 11 % ont indiqué qu’elles pensent commencer à utiliser l’IA en 2026. Enfin, 28 % ont indiqué qu’elles n’utilisent pas l’IA et ne prévoient pas de l’adopter en 2026; bon nombre de ces entreprises jugent que l’IA ne leur est pas utile.


Les entreprises ont dit avoir recours à l’IA pour effectuer diverses tâches telles que la rédaction de documents, la génération de contenu et l’analyse de données. Elles s'en servent moins couramment pour des tâches plus complexes comme la robotique ou le traitement d’images avec l’apprentissage automatique. Cela dit, les entreprises prévoient d’accroître leur recours à l’IA pour effectuer des tâches plus complexes au cours des trois prochaines années.

Nous constatons également que l’adoption de l’IA varie selon la taille, la région et le secteur d’activité des entreprises.

  • Les petites entreprises sont moins susceptibles d’adopter l’IA que les grandes. C’est souvent le cas avec les nouvelles technologies, vu leurs ressources limitées pour l’essai de nouveaux outils.
  • Le taux d’adoption de l’IA est le plus élevé chez les entreprises du Québec et de l’Ontario, ce qui reflète probablement la répartition sectorielle de ces régions.
  • Les taux d’adoption sont les plus élevés dans les secteurs de l’hébergement, de la restauration et des services professionnels, et les plus faibles dans le secteur des ressources naturelles.

Dans l’ensemble, les résultats semblent indiquer que les entreprises canadiennes commencent tout juste à tirer parti des technologies d’IA, et qu’il y a encore place à une intégration plus poussée dans leurs activités essentielles.

Les investissements liés à l’intelligence artificielle devraient augmenter au fil du temps

Les investissements liés à l’IA peuvent prendre de nombreuses formes. Les entreprises peuvent par exemple acheter de la machinerie dotée de fonctionnalités d’IA, comme des capteurs pour de l’équipement agricole ou de l’équipement de fabrication. Elles peuvent aussi créer des outils sur mesure ou investir dans des technologies telles que les micropuces ou les robots.

Environ 70 % des entreprises ont déclaré que l’IA n’aurait pas d’incidence importante sur leurs investissements en 2026 (graphique 2). Cette proportion comprend les entreprises qui ont indiqué ne pas utiliser l’IA et qui, par conséquent, n'envisagent aucun changement à leurs plans d’investissement. À l’inverse, environ 30 % des entreprises pensent augmenter leurs investissements au cours des 12 prochains mois en raison de l’IA.

Par ailleurs, le nombre d’entreprises qui s’attendent à investir davantage dans l’IA s’accroît à mesure que l’horizon de prévision s’allonge. Sur trois ans, près de 40 % des entreprises s’attendent à une hausse de leurs investissements en raison de l’IA. Plus précisément, environ une entreprise sur quatre s’attend à une légère hausse, tandis qu’une entreprise sur huit prévoit une forte hausse. Peu d’entreprises anticipent une diminution de leurs investissements liée à l’IA.


Les effets attendus sur l’emploi demeurent modestes

Comme pour les investissements, les entreprises s’attendent à ce que l’effet à court terme de l’IA sur l’emploi soit minime.

Toutefois, le portrait pour les trois prochaines années est légèrement négatif dans l’ensemble : 23 % des entreprises anticipent des répercussions négatives sur l’emploi, et 11 % anticipent des retombées positives (graphique 3). De plus, comparativement aux petites entreprises, les entreprises de 20 employés et plus sont davantage susceptibles de s’attendre à une diminution de leurs effectifs attribuable à l’IA au cours des trois prochaines années.


Pris ensemble, ces résultats indiquent que les niveaux d’emploi pourraient être plus bas au cours des trois prochaines années qu’ils ne le seraient sans l’IA.

Comme le soulignait un récent article de Sparks et Bank, l’IA ne semble pas refaçonner considérablement le marché du travail canadien pour l’instant, mais pourrait influencer les décisions d’embauche dans les domaines davantage exposés à l’IA. De même, les résultats présentés dans le Pouls des leaders d’entreprises peuvent masquer des difficultés propres à certains emplois ou groupes professionnels.

Comprendre comment les entreprises utilisent l’IA soutient l’élaboration de politiques efficaces

Les entreprises ont besoin d’un certain temps pour apprendre à tirer parti d’une nouvelle technologie. Il n’est donc pas surprenant que bon nombre d’entre elles cherchent encore la meilleure façon d’intégrer l’IA à leurs activités. Par conséquent, il faudra peut-être du temps avant que les effets économiques de l’IA ne se fassent sentir. Les répercussions les plus importantes pourraient en fin de compte se concentrer dans un sous-ensemble d’entreprises et de tâches.

Cela dit, l’adoption de l’IA est beaucoup plus rapide que celle d’Internet ou des ordinateurs personnels. Même si elle semble avoir une incidence limitée au Canada pour l’instant, la situation pourrait changer rapidement. Les capacités de l’IA évoluent à grande vitesse, tout comme les nouveaux cas d’utilisation de cette technologie.

En comprenant comment l’IA est utilisée par les entreprises et leurs attentes quant à son incidence potentielle sur les investissements et l’emploi, il est possible de mettre en lumière l’effet que cette technologie pourrait avoir sur la productivité, la croissance économique et le marché du travail au pays. Cela permet également de comparer l’adoption de l’IA au Canada à celle dans d’autres pays et d’évaluer comment les entreprises canadiennes se comparent à leurs homologues étrangères. Ces analyses peuvent aider les responsables des politiques à comprendre comment l’IA est susceptible d’influer sur l’inflation, que la Banque s’efforce de maintenir à un niveau bas et stable. C’est pourquoi il est important de suivre de près l’adoption de l’IA, ce que des enquêtes comme le Pouls des leaders d’entreprise nous permettent de faire.


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Avis de non-responsabilité

Les articles de Sparks et Bank traitent d’enjeux touchant l’économie et les politiques des banques centrales. Ils sont produits en toute indépendance du Conseil de direction de la Banque du Canada. Les opinions exprimées dans chaque article sont celles des autrices et auteurs uniquement, et ne reflètent pas nécessairement le point de vue officiel de la Banque.

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DOI : https://doi.org/10.34989/saba-20