Utiliser Prima pour suivre les effets d’un choc énergétique sur l’inflation

Rapport sur la politique monétaire – Octobre 2026 – Point de mire

Les hausses des prix de l’énergie jouent sur l’inflation en deux temps. D’abord, elles font rapidement monter les prix du carburant, ce qui augmente les coûts du transport et de la production intérieure. Ensuite, ces coûts plus élevés se répercutent graduellement sur les prix d’un vaste éventail de biens et de services.

Comme les modèles précédents de la Banque, Prima tient compte de l’incidence que la demande, l’offre, les attentes d’inflation et la politique monétaire ont sur l’inflation. Cependant, ces autres modèles évaluaient les pressions inflationnistes surtout en comparant la demande globale de l’économie avec sa capacité à fournir des biens et des services à moyen terme.

Prima commence par évaluer le rapport entre l’offre et la demande dans chaque secteur et l’effet qui en résulte sur le coût des intrants. Il prévoit ensuite la vitesse à laquelle les variations de coûts d’un secteur se répercutent sur d’autres secteurs et, ultimement, sur les prix à la consommation1.

Prima a servi à établir les perspectives du présent rapport, notamment à projeter comment la récente hausse des prix de l’énergie se propagerait dans l’économie jusqu’à se répercuter sur l’inflation. Dans cette section, on isole les conséquences que la hausse des prix de l’énergie a eues sur l’inflation depuis le Rapport de janvier (figure 1). On examine ensuite un scénario dans lequel les prix du Brent restent près de 100 $ US le baril pendant les deux prochaines années.

Figure 1 : Propagation d’un choc persistant des prix de l’énergie jusqu’à l’inflation

Principaux canaux modélisés dans Prima

Prima rend compte de l’effet direct sur les prix

Certains chocs se répercutent directement sur les prix à la consommation. Par exemple, la hausse récente des prix de l’énergie s’est vite transmise aux prix de l’essence, du diesel et d’autres carburants (Point de mire : Marges des raffineries et croissance persistante des prix de l’énergie).

Prima suit la propagation des coûts dans le réseau de production

Dans Prima, les secteurs s’achètent mutuellement des intrants intermédiaires, et certains ajustent leurs prix plus souvent que d’autres. Par conséquent, une hausse des coûts dans un secteur se propage aux autres secteurs de façon graduelle et inégale. Elle se manifeste d’abord dans les prix pratiqués entre entreprises, puis dans les prix de détail payés par les ménages.

L’énergie en donne un bon exemple, puisqu’elle constitue un intrant dans presque tous les secteurs de l’économie. Une hausse des prix du diesel et du carburant d’aviation accroît non seulement les coûts du transport de marchandises, mais aussi ceux de la production d’aliments, de la fabrication de biens et de la prestation de nombreux services. Une montée des coûts de l’énergie à l’étranger augmente aussi le prix des importations à forte intensité énergétique, ce qui accentue les pressions.

Pour illustrer ce mécanisme, on utilise Prima afin d’isoler les effets de la hausse des prix de l’énergie observée depuis le début de 2026. À leur plus fort, ces effets ajoutent environ 2 points de pourcentage à l’inflation au quatrième trimestre de 2026 (graphique 29). Au départ, ils proviennent surtout des répercussions directes sur les prix du carburant. Ils se propagent ensuite dans les chaînes d’approvisionnement pour toucher d’autres grandes composantes de l’indice des prix à la consommation, en particulier les biens hors aliments et énergie. Avec le recul des prix du pétrole et des marges des raffineries, les prix de l’énergie commencent à tirer l’inflation à la baisse vers la fin de 2027. Toutefois, les effets indirects sur d’autres composantes se dissipent plus lentement et continuent d’alimenter l’inflation pendant une bonne partie de 20282.


Prima montre comment les coûts anticipés agissent sur l’inflation aujourd’hui

Comme la plupart des entreprises n’ajustent leurs prix que périodiquement, elles le font en fonction non seulement des coûts du moment, mais aussi de ceux qu’elles anticipent d’ici leur prochain ajustement. Prenons l’exemple d’une entreprise de camionnage qui revoit son tarif une fois par année. Si elle prévoit que la hausse des coûts du carburant ne durera que quelques semaines, elle peut décider de l’absorber en grande partie plutôt que risquer de perdre des clients. Mais si elle s’attend à ce que les coûts du carburant restent élevés, il est plus probable qu’elle fasse assumer cette hausse à sa clientèle en montant ses prix.

Prima intègre ces pratiques d’établissement des prix dans ses projections et ses analyses. Dans le modèle, les entreprises finissent par répercuter l’intégralité des hausses de coûts permanentes sur leurs prix. Mais l’ampleur de la répercussion initiale dépend de la persistance attendue des pressions sur les coûts et de la vigueur de la demande visant leurs produits.

Prenons par exemple un scénario dans lequel les prix du pétrole se maintiennent autour de 100 $ US le baril et les marges des raffineries restent élevées, plutôt que de redescendre graduellement comme dans le scénario de référence (graphique 30). Voici ce qui se produit dans cet autre scénario :

  • Au quatrième trimestre de 2026, les prix de l’énergie sont les mêmes que dans le scénario de référence, mais l’inflation est plus élevée de 0,1 point de pourcentage. Cela vient du fait que dans Prima, les entreprises établissent leurs prix du moment en tenant compte des hausses des coûts de l’énergie auxquelles elles s’attendent dans l’avenir.
  • Au troisième trimestre de 2027, l’inflation dépasse de 0,7 point de pourcentage celle du scénario de référence. Cette différence illustre la sensibilité des perspectives d’inflation aux hypothèses de prix du pétrole.

Prima tient compte des canaux de la demande et du commerce

Prima suit également les effets du choc énergétique sur les dépenses des ménages et, à terme, sur l’inflation (figure 1). Par exemple, la hausse des prix du carburant laisse à certains ménages moins d’argent à dépenser pour d’autres biens et services. Toutefois, comme le Canada est un exportateur net de pétrole, ses termes de l’échange sont meilleurs lorsque les prix de l’énergie sont plus élevés. Cette amélioration accroît la richesse, ce qui soutient les dépenses d’autres ménages. Les prix du pétrole plus élevés viennent aussi stimuler les bénéfices, les investissements et l’embauche dans le secteur pétrolier et gazier, tout en augmentant les recettes publiques.

Le choc énergétique agit aussi sur le commerce. En réduisant les revenus réels à l’étranger, la hausse des prix de l’énergie affaiblit la demande étrangère d’exportations canadiennes hors produits de base. En même temps, l’amélioration des termes de l’échange du Canada augmente la demande de dollars canadiens. L’appréciation du huard réduit alors le coût des importations hors énergie, mais pèse sur les exportations canadiennes en les rendant relativement plus chères. Dans l’ensemble, les exportations réelles du Canada augmentent légèrement.

Prima enrichit l’analyse de la dynamique de l’inflation

Prima permet à la Banque de mieux analyser la façon dont les chocs comme la hausse des prix de l’énergie agissent sur l’inflation. La Banque dispose ainsi d’un meilleur éclairage pour expliquer les perspectives d’inflation.

  1. 1. Voir Banque du Canada, « Prima : le modèle de projection et d’analyse de la Banque du Canada » (1er octobre 2026).[←]
  2. 2. Parmi les autres facteurs qui expliquent que l’inflation mesurée par l’IPC dépasse la projection de janvier, notons les prix plus élevés des importations provenant de diverses sources, les contre-mesures tarifaires du Canada et la dépréciation antérieure du dollar canadien. De plus, la fin de la suspension de la taxe d’accise fédérale sur le carburant fait monter l’inflation sur un an de façon temporaire en 2027.[←]

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