Prima : le nouveau modèle de projection et d’analyse de la Banque du Canada – Une vue d’ensemble

Les pressions inflationnistes peuvent provenir de diverses sources et évoluer de différentes manières. Prima est un modèle qui permet d’évaluer ces pressions. Il s’appuie sur les fondements économiques des modèles qui l’ont précédé, tout en brossant un portrait plus détaillé des conditions propres à chaque secteur.

La Banque du Canada a commencé à utiliser Prima en septembre 2026 pour établir sa projection trimestrielle et évaluer les risques entourant ses perspectives d’inflation. Comme les modèles antérieurs de la Banque, Prima analyse comment la demande, l’offre, les attentes d’inflation et la politique monétaire influent sur l’inflation mesurée par l’indice des prix à la consommation (IPC). Ce qui distingue Prima, c’est qu’il fonde cette analyse sur les conditions de chaque secteur et relie ces conditions au reste de l’économie. Il est donc mieux adapté pour évaluer les effets inflationnistes des chocs qui viennent d’un secteur en particulier, ou les chocs à plus grande échelle dont les effets diffèrent d’un secteur à l’autre.

En tant que modèle de référence pour les projections et les analyses, Prima aide la Banque à :

  • cerner les facteurs à l’origine de l’inflation mesurée par l’IPC dans les secteurs qui produisent les biens et services consommés par les ménages
  • évaluer comment les chocs touchant différents secteurs peuvent se répercuter sur les coûts et les prix à la consommation
  • expliquer comment les coûts, les conditions de la demande et les attentes d’inflation influencent les pratiques d’établissement des prix des entreprises
  • analyser l’incidence de la politique monétaire sur les dépenses des ménages grâce à des canaux de consommation et de logement plus détaillés
  • comparer différents scénarios en suivant les effets que divers chocs et diverses hypothèses pourraient avoir sur les perspectives d’inflation

L’ancien cadre de la Banque

L’ancien modèle de la Banque évaluait surtout l’inflation en comparant la demande de biens et de services dans l’ensemble de l’économie avec la capacité de l’économie à fournir ces biens et services. Quand la demande devançait l’offre, les pressions inflationnistes tendaient à s’accentuer. Et quand la demande était insuffisante, elles tendaient à s’atténuer. Cette évaluation s’appuyait sur des estimations de la production potentielle, soit une mesure de référence de la capacité de production fondée sur les tendances du facteur travail et de la productivité. Le modèle tenait également compte des attentes d’inflation, des prix du pétrole et des prix des importations.

Un portrait détaillé des secteurs, des dépenses et des coûts

La flambée de l’inflation mesurée par l’IPC après la pandémie a montré à quel point il pouvait être difficile d’évaluer les pressions inflationnistes en mesurant les capacités excédentaires à l’échelle de l’économie lorsque l’offre, la demande et les coûts évoluent différemment d’un secteur à l’autre. Durant la pandémie, la demande a changé brusquement puis a rebondi, se heurtant à des perturbations de la production et à des goulots d’étranglement. Cette situation a fortement réduit l’offre et fait monter les coûts dans certains secteurs. Cette hausse des coûts s’est ensuite propagée dans les chaînes d’approvisionnement, créant des pressions à la hausse sur les prix dans l’ensemble des composantes de l’IPC.

Des difficultés comparables peuvent se présenter en contexte de tensions commerciales, d’évolutions géopolitiques, de perturbations du marché de l’énergie, de phénomènes climatiques et de contraintes sur le marché du logement. Ce sont là des facteurs qui peuvent influer sur l’offre, la demande et les coûts au niveau sectoriel et ainsi avoir des effets sur l’inflation globale.

Ce qui importe le plus pour évaluer l’inflation mesurée par l’IPC, c’est l’évolution de l’offre, de la demande et des coûts dans les secteurs qui produisent ce que les ménages consomment. Prima réunit les forces sectorielles et les décisions d’établissement des prix des entreprises dans un seul modèle. En s’appuyant sur les conditions actuelles de chaque secteur, il peut aider à déterminer comment les pressions sectorielles se propagent dans les chaînes d’approvisionnement et contribuent à l’inflation globale.

En comparaison, dans l’ancien modèle de la Banque, les pressions inflationnistes étaient analysées principalement selon l’équilibre entre l’offre et la demande à l’échelle de l’économie. Comme cette représentation de la capacité de production reposait sur les tendances du facteur travail et de la productivité à l’échelle de l’économie, elle n’était pas aussi appropriée pour rendre compte de perturbations soudaines et temporaires de l’offre dans des secteurs particuliers.

Prima brosse un portrait plus net des pressions qui importent le plus pour l’inflation mesurée par l’IPC. Il montre également de façon plus détaillée comment la politique monétaire influe sur les dépenses des ménages – notamment sur leurs décisions en matière de consommation et de logement – et comment ces effets se répercutent sur l’activité sectorielle et l’inflation.

Comment les chocs peuvent influer sur l’inflation au fil du temps

Même si certains chocs peuvent toucher plusieurs secteurs de l’économie à la fois, d’autres se manifestent dans un secteur et se propagent dans les chaînes d’approvisionnement. Comme les entreprises dépendent d’intrants fournis par d’autres entreprises, un choc qui fait monter ou baisser les coûts dans un secteur peut avoir des répercussions sur les coûts et les prix ailleurs dans l’économie.

Le point d’origine des chocs est un facteur important. Par exemple, une pénurie de semi-conducteurs peut faire monter les coûts des fabricants de véhicules automobiles, d’électroménagers, de matériel de bureau et d’autres produits ayant des composants électroniques. Par contre, les effets d’un choc qui touche principalement les prix des véhicules automobiles sont plus susceptibles de se limiter à cette composante de l’IPC. Prima aide la Banque à faire le lien entre le point d’origine d’un choc et ses effets probables sur les coûts et sur les prix à la consommation.

La durée attendue d’un choc compte aussi. Si les entreprises s’attendent à ce qu’une hausse de coûts soit de courte durée, elles auront tendance à l’absorber. Mais si elles s’attendent à ce que la situation perdure, elles seront davantage portées à monter leurs prix rapidement et de façon généralisée.

En général, les effets inflationnistes d’un choc dépendent :

  • de son ampleur et de sa durée attendue
  • de son point d’origine et de sa propagation
  • de la structure des coûts des entreprises
  • de la fréquence des ajustements de prix
  • des conditions de la demande et de la concurrence, qui influent sur la façon dont les entreprises ajustent leurs prix lorsque les coûts changent
  • des attentes d’inflation, qui influencent l’établissement des salaires et des prix

En réunissant tous ces facteurs, Prima aide la Banque à déterminer la probabilité que les effets d’un choc restent limités ou qu’ils se propagent dans l’économie et entraînent des conséquences plus durables sur l’inflation.

Données, jugement et évaluation des risques

Prima s’appuie sur un éventail de données historiques, notamment des données sur :

  • les prix et les quantités au niveau sectoriel
  • les salaires
  • les prix des produits de base
  • l’utilisation d’intrants industriels
  • la fréquence des modifications de prix

Ensemble, ces données aident Prima à établir des liens entre les conditions d’offre et de demande de chaque secteur et les coûts, les décisions d’établissement des prix et les prix à la consommation.

Malgré sa structure enrichie, Prima n’élimine ni l’incertitude ni la nécessité du jugement. Des informations externes au modèle – comme des indicateurs de court terme, des résultats d’enquêtes de la Banque et des observations recueillies auprès d’entreprises et de collectivités – peuvent être utilisées pour ajuster la prévision d’inflation à court terme. Prima interprète ensuite la prévision révisée sous l’angle de l’offre, de la demande, des coûts et des pratiques d’établissement des prix au niveau sectoriel, et en tient compte dans la projection.

Prima aide également la Banque à analyser des scénarios complexes sans devoir faire autant d’hypothèses en dehors du modèle. Puisque le modèle inclut d’emblée un plus grand nombre de relations économiques importantes, les scénarios peuvent être générés plus rapidement et sont plus cohérents entre eux. La Banque peut ainsi comparer plus facilement les conséquences d’un scénario à l’autre.

Implications pour la politique monétaire

L’objectif de la politique monétaire est de maintenir l’inflation à un niveau bas, stable et prévisible. Les chocs qui importent pour l’inflation ont tendance à se manifester dans des secteurs particuliers ou à toucher les secteurs de manière inégale. Ils peuvent influer sur les coûts d’un bout à l’autre des chaînes d’approvisionnement et avoir des conséquences importantes sur l’inflation.

Par rapport à l’ancien modèle, Prima offre à la Banque un outil plus intégré pour analyser les forces sectorielles et celles du côté de l’offre tout en préservant les principes macroéconomiques fondamentaux qui guident la politique monétaire. En reliant les évolutions sectorielles à l’économie en général, Prima renforce les analyses qui éclairent les décisions de politique monétaire et aident la Banque à atteindre sa cible d’inflation de 2 %.

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